Comment rater l’essentiel.

J’écoute un épisode de La Poudre (podcast de Lauren Bastide produit par Nouvelles Ecoutes) qui invite chaque mois une femme à se raconter pendant une heure. Une femme engagée en politique, en art, dans un métier, un militantisme. Aujourd’hui je fais connaissance de Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG Bloom qui lutte pour la préservation des océans. Et récente lauréate du prix Goldman, prix pour l’écologie comparé au Nobel .

Je ne la connais pas mais je suis embarquée par ses paroles dans un vif esquif qui me dévoile des terres rares et désirables. Elle parle d’engagement, non de plus que ça, de comment nos actions donnent du sens à notre vie. De se regarder dans la glace en pouvant être serein de qui on y voit. Elle décrit si intensément les fonds marins que depuis mon TER tristoune je plonge et voyage comme si j’y étais. Elle cite des philosophes, abordent la question de son rôle de parent tout en portant des projets qui se veulent universels et pour la survie de l’humanité entière. Elle évoque à mots couverts les agressions dont elle et son équipe sont victimes par les lobbys désireux de faire échouer toute action internationale limitant leurs  profits financiers. Je suis indignée, je ne comprends pas que nous laissions collectivement des profiteurs égoïstes avoir de telles pratiques. Comment pouvons-nous protéger ceux qui se battent pour nous ?

Ce qui fait écho chez moi par ce matin de janvier, c’est son appel à prendre chacun notre part pour sauver notre planète. Une part à la mesure de nos compétences, de nos possibilités quotidiennes. Claire Nouvian en prend une grosse, ce qu’elle explique par son caractère. Je suis admirative, mais je ne me sens pas dévalorisée, j’entends « Regarde toi dans les yeux et fais ce qui est en ton pouvoir ». J’ai envie de lire ce qu’elle conseille, de me désaxer un brin pour moi aussi me regarder sereine chaque soir dans un miroir. Et surtout merde je sais maintenant que je ne veux plus fermer les yeux sur les sujets importants qui touchent à notre vie commune et impacteront mes enfants très vite (genre la catastrophe climatique d’une ampleur inenvisageable que nous sommes en train de créer).

Mais écoute Claire Nouvian, t’as compris elle te racontera tout ça avec beaucoup plus de fond (je ne voulais pas faire ce jeu de mot pourri mais maintenant qu’il est là…).

Une fois l’émission finie, j’assouvis ma curiosité en cherchant à quoi ressemble cette femme qui parle si bien et fait de si belles choses. Sur ma page de résultats, quelques photos et des articles de presse. Ma curiosité immédiate est rassasiée, je veux maintenant donner à manger à ma curiosité plus profonde : qu’a-t-elle fait d’autre cette Claire ? C’est quoi la loi qui veut protéger les grands fonds marins ? etc. J’ouvre une page de Libération datée du printemps.

C’est quoi cette blague ?!

La journaliste a eu la chance de rencontrer une détentrice de Nobel, une femme dont je sais par l’interview que je viens d’écouter qu’elle a de quoi raconter, sur la mission qu’elle s’est donnée, sur les lobbys qui nous polluent, sur la quête universelle du sens de la vie. Bref je ne te la refais pas.

Mais non, ce qui intéresse cette « reporter », c’est le look de Claire Nouvian, sujet qui débute l’article puis le clôt. Pardon, rien d’autre ne me vient à la langue,mais WHAT THE FUCK ?!

Alors alors alors, comment mettre de l’ordre dans tout ce que me renvoie ce traitement journalistique…

Décrédibilisation

Misogynie

Oui c’est ça.

D’abord en mettant sur le même plan la manière dont son sujet s’habille et son travail. La destruction des océans devient finalement aussi crucial qu’un look. Les compétences de la lauréate sont contrebalancées par son goût approximatif en matière de mode 2018 (oui tu comprendras assez vite que la journaliste n’a pas beaucoup de considération pour la ballerine).

Ensuite en choisissant pour comparaison un bon stéréotype qui renverra tout de suite une image précise et mettra en condition le lecteur de Libération : la mère de famille BCBG qui sort de la messe. « Vous la voyez bien là ? Allez maintenant venez je vais vous raconter rapidement les 2 3 trucs qu’elle fait quand même de sa vie qu’on se marre. »

Et là ça va plus loin dans ma tête, pourquoi une mère de famille BCBG ne pourrait être considérée comme un être pensant, actif, inséré dans la société et dont les actions mériteraient un article de presse touffu ? Mais c’est un autre sujet.

Je n’ai pas fait d’étude statistique poussée sur la question du traitement médiatique des personnalités femmes et hommes. Mais quand dans la dernière phrase l’interviewée explique que Barack Obama aussi porte chaque jour la même tenue pour se libérer du temps à faire ce qui lui importe vraiment, je me demande quand même si la journaliste aurait choisi le même angle pour un équivalent masculin.

Je te passe l’étude sémiotique de l’article, ne te donne qu’un exemple de qualificatif donnée au militantisme de Claire Nouvian : La Pasionaria. Voilà on est bien dans la femme émotive survoltée auquel personne ne peut porter crédit.

Qui est-ce qui dit merci à Libération ? Les lobbys qui avec ce même type de campagne de décrédibilisation tente d’empêcher les avancées écologiques seules à pouvoir sauver notre monde.

Allez, bonne introspection à toi.

#PumpkinAutomnChallenge Novembre 2018

NOV2018

Novembre fut un mois de lectures grises et longues, avec un abandon.

Je les classe dans des menus du Pumpkin Autumn Challenge (cf les deux précédents retours de lectures), et ensuite je vous explique pourquoi je fais une pause challenge.

Catégorie Au détour de Brocéliande
Trois saisons d’orage de Cécile Coulon

Voilà un roman qui s’est retrouvé sans préméditation dans mon sac de courses en librairie. Il était exposé sur table et le résumé m’a emballée-pesée-c’est-vendu. La couverture grise et l’avis du bandeau « Une histoire comme un paquet de dynamite dont un démon caché aurait allumé la mèche » m’a fait l’ouvrir pour commencer novembre. Oui j’étais totalement conditionnée par l’ambiance Booktube de frissons relayée sur différentes chaines et challenges. Et c’était bon.

Je n’ai pas ressenti le coup de dynamite. Au contraire j’ai trouvé que les destins s’entremêlaient petit à petit, et que l’on se retrouvait avec nos personnages pris dans une vaste toile d’araignée en se disant, avant de se faire croquer, « Mais bien sûr comment ne l’avons-nous pas vu venir! ».

Les caractères sont aussi sombres et brutes que le décor de l’intrigue, village sans charme à quelques kilomètres de Lyon qui prospère au fil des générations quand nos héros semblent dépérir. On est pris dans une sorte de huis clos sentimental, découvrant à chaque page ce qui se cache dans les âmes de chacun. Oui j’ai eu le sentiment de me promener dans une forêt touffu dans laquelle bien des dangers sourds rodent.

Attention lecteur pas de mystères à lever ni de rebondissements, il s’agit d’une histoire de famille banale et douce amère. Mais relevée par le décor et la narration dans laquelle l’autrice la place.

Catégorie Le cri de la Banshee
Le fléau de Stephen King, mis en BD par Aguirre, Sacasa, Perkins, Martin
Tome 1

Là aussi mon choix a été guidé par moult retours de lectures croisées de ci de là sur ce roman. Tombant dessus en BD à la médiathèque j’ai pensé que c’était un bon moyen d’y jeter un œil par moi-même.

Le speech ici.

Je me suis retrouvée de nombreuses années en arrière découvrant le comic The Walking Dead. Même ambiance fin du monde, même superposition de personnages pour mettre en place l’intrigue dont tu comprends qu’elle se lancera vraiment dans un tome suivant. Je n’ai pas vraiment accroché aux dessins, j’ai été dégoutée par l’illustration de la maladie qui produit vomissements, pustules, écoulements en tous genres.

Je ne me suis pas attachée à un personnage en particulier. Je n’ai pas senti une originalité de l’histoire qui me tiendrait en haleine.

Bref je ne compte pas lire les tomes suivant. Mais peut-être devrais-je reprendre The Walking Dead que j’avais stoppé aux alentours du dixième tome alors que l’intrigue sociale m’intéressait vraiment.

Catégorie Le fantôme de l’opéra
Le fantôme de la Mary Celeste de Valérie Martin

Trouvé en table de médiathèque le 31 octobre. Envie d’une histoire de fantôme, qui me permettait en plus d’avancer dans le Pumpkin Autumn Challenge.

C’est un roman d’aventure qui tient ses promesses.

On découvre l’univers naissant du spiritisme dans les Etats-Unis de la seconde moitié du 19°. Et celui des traversées marchandes en bateau. L’histoire suit une famille de capitaines de navires, leur vie à terre et en mer. Et on cherche ce qui est arrivé au navire La Mary Celeste dont tout l’équipage a mystérieusement disparu.

Outre le propos, la construction du récit, qui alterne les narrateurs, les décennies et les supports (articles, témoignages, journaux intimes) est à la fois déroutante et très astucieuse pour ajouter du suspense à l’intrigue.

J’ai aimé voguer sur les mers à bord de trois mats malmenés par les éléments. J’ai été intriguée par ces médiums dialoguant avec les morts et créant autour d’elles un tel engouement. Je me suis sentie concernée par le destin des femmes dans cette société et leurs questions existentielles malgré les carcans qui devraient contenir tout avis personnel.

Une lecture de voyage à travers les époques et le globe.

Catégorie Clochette, Grimoire et Chandelle
Uter Pandragon de Thomas Spok

Il me fallait un titre pour cette catégorie du challenge. Je ne lis jamais de ce genre. Là aussi c’est la trouvaille en médiathèque avec le souvenir d’une évocation dans une vidéo booktube qui m’a fait me lancer dans cette lecture. Et avec la véritable arrivée de l’automne froid et pluvieux, j’avais envie d’histoire ancienne et de forêt magique.

Ce livre y invite totalement en réécrivant le début du cycle du Graal. Mais alors le style, aïe aïe aïe! L’auteur a voulu créer une ambiance prophétique en utilisant des phrases qui fonctionnent par le sous-entendu et la métaphore. Au point de me perdre totalement.

Peut-être les amateurs des histoires arthuriennes, connaisseurs déjà, seront-ils comme des poissons dans l’eau et sauront-ils apprécier une plume originale. Moi j’ai abandonné à la moitié, abandonnant un des héros en bien mauvaise posture mais lassée de devoir relire certains passages trois fois pour tenter d’en comprendre l’essence.

 

Cette lecture, plus une overdose des revues d’avancées du challenge sur la page facebook dédiée, m’ont amenée à questionner le plaisir pris dans ce type de challenge. Le Cold Winter Challenge a été lancé au même moment. J’y avais participé avec beaucoup de plaisir l’an dernier. Mais là j’ai l’impression d’être arrivée au bout de ce que je pouvais en retirer.

Si je prends ces menus et catégories comme une occasion de sortir de ma zone de confort de lecture, je dois me rendre à l’évidence au regard de mes dernières lectures que celles qui m’on apporté le plus de bonheur ont été choisies par hasard sur une table de librairie ou médiathèque. En suivant mes goûts et mon instinct, ou la mise en avant par un librairie ou bibliothécaire. Et finalement pourquoi sortir de ma zone de confort? Il y a dans les styles que j’affectionne bien des histoires qui me sont encore inconnues et des heures de lectures haletantes à vivre.

J’ai constitué pour cet hiver une belle sélection, avec du thriller, du fantastique et du récit de voyage psychologique ou physique. Je viendrai vous raconter tout ça.

Belles lectures!

 

 

Être libre.

Une question me taraude depuis longtemps, depuis qu’il pèse dans ma vie un comportement dont je n’arrive pas à me défaire. Pourquoi est-ce que je m’inflige des actions qui me font du mal? Pourquoi je le fais en conscience et malgré mon envie d’arrêter?

Alors pour rassurer le lecteur qui passerait par là j’écris tout de suite ce dont je ne parle pas: je ne me scarifie pas, je ne me drogue pas, je ne suis pas alcoolique et je n’ai pas de problème clinique de relation avec la nourriture. Avec le sexe non plus (sait-on jamais ce que tu as en tête lecteur?).

Mais je fais chaque jour, plusieurs fois par jour, quelque chose dont je sais que ça me rend malheureuse à petit feu, comme si je prenais une dose de poison qui additionnée aux précédentes m’enfonçait dans mon marasme et me conduisait à ma perte certaine.

Ce comportement fête cet automne ses 10 ans. Depuis presque le même nombre d’années je sais qu’il ne devrait pas faire partie de ma vie que je veux libre et… non libre est l’adjectif qui convient le mieux et se suffit.

La liberté à mes yeux est le bien le plus précieux, qui ne coûte que de la volonté et du courage mais qui rend fière et épanouie. C’est sans vantardise que je qualifie l’enfant et l’adolescente que j’ai été libre. Même si le regard et les avis des autres, surtout de mes compagnons d’école, avaient un certain poids sur mes épaules, mon caractère fait que j’ai toujours fait et dit ce qui me paraissait bon malgré eux. J’ai construit mon univers, j’ai tracé ma route, entourée de ceux qui me faisaient du bien.

Entrée à l’âge adulte j’ai fait mes propres choix, mes propres erreurs, la tête haute et ne m’en prenant qu’à moi-même en cas de regrets ou remords. Personne jamais n’a eu d’emprise au point de me dicter mes actes ou mes comportements. Et mes héroïnes sont des femmes dont la vie entière porte cette fraîcheur et audace.

Je suis loin de cette période aujourd’hui, et mon caractère est toujours celui-là. Au fond. Car bien sûr il y a eu les coups durs, les moments plus fragiles, les ardoises qui pèsent un peu et entravent parfois. Mais je sais que je suis cette femme, et surtout je veux l’être. Pourtant, une addiction m’empêche d’aller aussi loin que je le voudrais dans cette liberté.

Si j’utilise ce mot addiction, c’est après différentes lectures pour en comprendre les mécanismes, notamment celle que je fais en ce moment même du professeur Michel Lejoyeux, Du plaisir à la dépendance, Nouvelles addictions, nouvelles thérapies. Alors quels signes m’ont fait comprendre que j’étais addicte et donc en nécessité de me soigner sans compromis?

  • j’y passe plus de temps que je ne le voudrais vraiment
  • je fais cette action de manière automatique
  • cette activité comble des trous sans me satisfaire (sans aucun jeu de mot, décidément coquin de lecteur!)
  • je manque de temps pour faire des choses identifiées qui m’épanouiraient
  • je sais pour l’avoir analysée que cette activité engendre un mal être chez moi, qu’elle est nocive pour ma santé
  • quand j’ai réussi à m’être en pause cette activité je m’en suis rapidement trouvée mieux
  • malgré ce savoir je continue cette activité

Et pourquoi alors me demanderas-tu?

Parce que j’y trouve certains côtés agréables et positifs. Mais aussi parce que j’y suis addicte. Surtout pour ça en fait si je suis honnête.

Cette activité, je t’ai fait languir, c’est l’utilisation des réseaux sociaux.

J’ai un peu honte de l’écrire, de le crier ici. Mais un peu moins depuis que j’ai appris du professeur Lejoyeux que bien des facteurs involontaires prédisposaient une personne à un comportement addictif à telle ou telle substance. Donc tout n’est pas de mon fait dans cette situation.

Ce qui dépend de moi c’est de prendre le taureau par les cornes pour me sortir de cela, comme un fumeur mâcherait de la gomme nicotinique, et surtout mettrait en place des astuces pour changer ses habitudes. Je te donne les astuces que je m’applique à partir de demain

  • Choisir une date de fin de la pratique, la noter d’une pierre blanche et faire comme tu vois dans les films dans des réunions d’alcooliques anonymes « Cela fait 10 jours que je ne suis plus allée consultée le réseau social numérique qui me pourrissait » (Note à moi-même: créer et commercialiser des badges jours/semaines/mois/année?)
  • Supprimer mes différents comptes (Instagram, Facebook, Twitter). Tu le sais, celui qui a décidé de totalement arrêter de boire ne reprend pas « un verre comme ça juste un ». No, 0.
  • Remplacer cette habitude par d’autres que je trouve meilleures. Pour le moment je pense à ne rien faire pour vider mon esprit, être concentrée sur ce qui se passe autour de moi, appeler un ami, lire un article du journal auquel je suis abonnée, cuisiner, ouvrir un roman, marcher, colorier un putain de mandala à la mode Hugge Hygge

Mais mais mais, je me relis et je vois que je ne t’ai pas expliqué en quoi ce comportement était nocif pour moi.

D’abord sache qu’il est nocif pour tout le monde. Je te mets ce lien vers cette vidéo qui a accéléré mon envie de changer, évidemment tu trouveras pléthore de documentation dans le même sens. Je suis aussi la démarche du blogueur Ploum qui a terminé de me convaincre en exposant les bienfaits d’une déconnexion adaptée à ses besoins réels.

Pour ma petite personne égocentrée, quels effets nocifs à reprocher à mon utilisation des réseaux sociaux (je te parle de Facebook et Instagram)

  • une comparaison aux autres toujours en ma défaveur
  • une surcharge mentale insupportable
  • un temps volé qui s’oppose à ma recherche de liberté

C’est tout, mais c’est beaucoup. Car ceci entraine fatigue mentale, baisse de mes capacités de concentration, difficultés à créer, culpabilité, et manque de place pour faire ce qui me rend vraiment heureuse.

Et ma liberté est entravée. Je fais quelque chose contre ma volonté. Insupportable!

Je m’arrête là pour ce texte.
Mais je te préviens qu’un prochain traitera de la surcharge mentale, notion que j’ai envie de plus explorer.

Si tu veux on peut aussi discuter dessous de tes propres entraves à ta liberté.

A bientôt.

 

Courir.

On marche. Il y a des sols durs et gris, d’autres verts et humides. De l’herbe, j’adore. Je voudrais observer chaque brin. Au milieu il y a toujours quelque chose à trouver. Et c’est beau surtout, ces longues tiges aux nuances si diverses. Chacune est différente, je voudrais toutes les connaitre.

Ils ne m’en laissent pas le temps.

Je m’approche de l’eau.

« Non! Reviens. »

Je vais sur l’asphalte au milieu de la chaussée. Elle renvoie la chaleur du soleil et mes pieds claquent dessus.

« Non, il y a des voitures, c’est dangereux! »

On me tire par le bras.

Je dois rester dans le maigre espace qu’on me délimite, et aller tout droit, en avant. Toujours en avant, ne jamais s’arrêter, aller plus vite. On a un but, lequel je ne sais pas mais eux l’ont en tête et n’aiment pas que je les fasse dévier.

Ils me gonflent.

Je retourne vers l’eau.

« NON! »

Je vais sur la chaussée.

« Mais c’est pas vrai ça qu’est-ce-qu’on t’a dit?! »

Alors je regarde droit devant, là où ils veulent m’emmener. Et je cours.

J’entends qu’on me dit de ralentir, d’attendre. Ils ne savent pas ce qu’ils veulent.

Je me retourne pour les regarder. Ils sont lents et mal assortis à cette journée si belle et pleine de promesses. Les pauvres, si lourds. Leurs corps sont vieux, leurs mouvements sont balauds, leurs rêves sont aussi étroits que leurs trottoirs.

Et moi je vole. Je souris.

Elle me renvoie ce sourire, et là, elle rit. Elle se met à courir.

Je reporte mon regard devant, nous courrons. Nos cris s’envolent et repoussent les nuages. Le soleil est plus orange, l’air s’est adouci. Elle se rapproche. J’aimerais m’arrêter et me laisser aller dans ses bras. Mais plus tard. Son rire est si beau. Mêlé au mien c’est le son des anges.

Elle arrive à me doubler, elle s’arrête devant moi.

Elle n’a pas pu se retenir, elle.

Elle se baisse, écarte les bras.

Je lui fonce dessus. Et je m’enfouis dans sa chaleur. C’est bon…

Dans son cou ça sent le mer, le sel. Sa joue est douce. Je ne comprends pas bien ce qu’elle dit mais ça a le son de l’amour. Hmmmmm.

Elle se relève, son sourire me regarde, ses  yeux sont fiers de moi.

Nous reprenons la marche.

Des canards sortent de l’eau et viennent à moi. Je voudrais les toucher.

« NON! »

Allons droit devant.

 

#PumpkinAutumnChallenge Octobre 2018

En ce premier vrai mois d’automne j’ai fait trois lectures prenantes qui en plus (!) me font avancer dans le challenge de Guimause.

WIN_20181101_18_06_40_Pro

Je vous en ai parlé fin septembre dans cette première revue de lecture, ce type de défi littéraire me met en joie! J’y rencontre des lecteurs toqués tout comme moi, qui aiment fureter en bibliothèque, librairie, sur des pages numériques dédiées, pour se repaitre de couvertures, titres, résumés livresques. Qui adorent acheter, emprunter, récupérer en boites à livres, bien plus que leur temps et leur cerveau pourront jamais leur permettre de lire. Oh oui c’est bon de se sentir faisant partie d’une famille, cinglée mais accueillante [larmes].

Comme nous avons aussi, quand même, envie de lire nos acquisitions, certains d’entre nous créent des challenges dans le but de faire descendre cette pile à lire. Et donc comme je l’écrivais en septembre, je tente de me montrer digne de l’option Ca s’appelle avoir les crocs, et j’ai continué sur ma lancée avec 3 sous-catégories validées. Mais ce qui t’intéresse ce sont ces titres et auteurs à découvrir…

Catégories Le cri de la Banshee
Empire des chimères d’Antoine Chainas

Coup de cœur pour le thème de ce roman de la rentrée littéraire à la lecture d’une très courte chronique dans un fil de réseau social. Je le commande dans ma librairie. Je le récupère et là, « Oh c’est magnifique un Série Noir Gallimard grand format! Mais argh 658 pages, Ouf! »
J’ai vraiment une prédilection pour les longs romans c’est vrai. Je me délecte de la plongée longue dans un univers, de suivre des personnages pendant plusieurs semaines. J’aime que l’auteur prenne le temps de tisser son intrigue, de monter un décor évolutif. De promener le lecteur. En ces premières semaines de rentrée, bien denses pour moi, j’ai quand même eu peur de ce pavé qui narguait ma capacité de concentration et mes maigres plages horaires de temps disponibles. Et puis à transporter dans le bus, on a vu plus pratique…

Bref si je l’avais tenu entre mes mains avant de le commander j’aurais certainement renoncé. Quel dommage… Parce que là bingo! Je ne connais pas les 5 premiers romans de l’auteur, mais Antoine quelle imagination! Quel esprit dérangé! Merci!

Pour le résumé c’est ici.

Je ne peux pas en dire beaucoup sans gâcher le plaisir. Il faut se perdre avec les protagonistes dans ces lieux sombres, se laisser engluer dans la moisissure. Ca te donne envie hein?

Sache que le style est fluide, que l’action est percutante et que les personnalités sont tout sauf lisses. Tu vas aimer jouer avec tout ce petit monde.

Catégorie Au détour de Brocéliande
Désolations de David Vann

Alors si tu n’as pas lu Sukkwan Island du même auteur, commence donc par là.
Si c’est déjà fait, tu sais que David se positionne pas mal niveau esprit dérangé. Il confirme ici son talent pour chercher dans l’âme humaine et la vie quotidienne de gens sans éclat (comme toi et moi quoi) le sombre, le tortueux, la goutte d’essence qui n’attend qu’une flamme pour tout faire péter.

Ici j’ai été un peu lassée par certains passages redondants, mais je crois que ces répétitions participent à vivre la morosité et l’ennui des protagonistes. Et donc à mieux les comprendre. Les descriptions des paysages d’Alaska n’ont rien du guide de voyage alléchant, mais tu y es, dans le froid, l’humidité, l’espace sans fin.

Va voir le petit speech sur l’intrigue, qui ne dit pas grand chose mais tant mieux.

Catégorie Cristaux, tarots et encens
Lacrimae, t2 des Mystères de Druon de Brévaux d’Andrea H.Japp

Pour la présentation de la sage commence par le T1.

Sur l’autrice, et bien je dirai qu’une passionnée du Moyen-Âge a fusionné avec Agatha Cristie. J’aime sa plume précise mais pas ampoulée. Son érudition mise au service de sa passion pour les crimes, l’ésotérique, les destins tourmentés et les femmes de caractère. C’est un plaisir pour moi de plonger dans un univers historique touffu, d’errer dans des forêts sombres en abord de villages mal famés et de chercher avec notre héroïne le pourquoi-du-comment-on-a-trucidé-untel-et-untel-et-oh-untel-aussi.

Une lecture de soirées fraiches, d’irish coffee ou grog divers, de grosses chaussettes. Bref un tue l’amour mais tu n’en auras rien à secouer quand tu voudras à tout prix résoudre les enquêtes de Druon.

Belles lectures!
(Et #balancetestitres )

Fantôme.

C’est une histoire de fantôme. Ca commence par un plancher qui grince. Il est minuit et dix-huit minutes. 25 novembre 2018. Tu frissonnes et ouvres les yeux.
Le vent dehors, sa plainte sur le toit, les arbres qui pleurent. Le rideau laisse entrer une lumière orange de crépuscule, là sur le mur en face de toi. Tu transpires, ton cœur s’accélère, tu es paralysé.

C’est une histoire d’enfance. Ca commence par un coup frappé sur le plancher au-dessus de ta tête. 25 novembre 1992. Un sursaut, tu es réveillé, tu regardes le plafond.
Paf encore un. On dirait un meuble que l’on a déplacé. Non, une jambe de bois qui traine derrière son propriétaire. Ou la lourde chaussure de l’arrière-tante boiteuse morte avant même la naissance de papa. Oui c’est ça, c’est le bruit d’un pied bot. N’est-ce pas le rire étouffé d’une revenante caché par les grincements du bois de la bâtisse?
Le bruit s’éloigne.
Le bruit revient. Ailleurs, moins haut, plus près… LA! Au bout du couloir. La claudication caractéristique. Tu peux déjà voir le corps décharné, la chaire qui pend, le regard mauvais. Béatrice, c’est ça Béatrice. Elle ne doit plus ressembler du tout à la photo en noir et blanc du gros album du salon. Elle doit avoir faim, et porter beaucoup de rancœur. N’est-elle pas morte à 27 ans, vieille fille moquée de tous? Les enfants ne lui crachaient-ils pas dessus dans la rue quand elle se portait jusqu’à la boulangerie? Les enfants, mais oui elle les a en horreur. Là elle t’a senti, elle est revenu pour toi.
Pas PAS pas PAS pas PAS.

Clac.
Blam.

AHHHHHHHHHHHHHHH!

C’est une histoire de souvenirs. Il est minuit et vingt minutes. 25 novembre 2018. La maison n’est pas la même. Le bruit est différent. Tu n’es pas seul dans ton lit. Mais tout est pareil: les boyaux qui se tordent, le corps tendu, les pieds qui cherchent la protection de la couverture, la main qui hésite à allumer la lampe de chevet, quand le choix entre voir et ignorer n’est pas si aisé.
Ce que tu n’arrives pas à déchiffrer, c’est que l’angoisse qui t’étreint cette nuit est d’oublier Béatrice, d’oublier le bruit de cette maison, de perdre le regard énigmatique de ta grand-mère au matin qui te raconte entre deux tartines qu’en effet, elle aussi entend untel et untel faire leurs vies au second étage quand les vivants dorment. Tu crèves de trouille de ne plus pouvoir raconter à tes enfants d’où ils viennent, de devenir, surtout, un adulte sans mémoire, un être sans histoire.

Alors tu refermes les yeux, tu sers fort le corps chaud qui partage ton sommeil et tu écoutes le battement dans tes tempes.

PaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAs

30 octobre

Tu t’es assise sur les marches qui descendent de la grande porte vitrée de la salle à manger. Tu parais bien petite de loin, encadrée par les volets rouges des multiples entrées de ta grande maison. Mais quand on se rapproche on voit mieux ta stature digne, ton regard volontaire et on sait tout de suite que c’est toi la maitresse des lieux.

Tu tiens ton thé de 16h d’une main, et tu regardes le lourd figuier trônant dans l’herbe, de l’autre côté du tas de bois qui délimite la fin de la terrasse. Quand as-tu cueilli les dernières figues de la saison? Il y a quelques jours. Non plus que ça. Mais l’été a duré tout septembre cette année.

Tu croques dans une grosse merveille recouverte de sucre et luisante de gras. Tes enfants trouvent toujours que tu en achètes trop. A quelle époque a-t-on commencé à se préoccuper de ces questions de nutrition? Toi tu ne t’es jamais inquiétée de trop manger. Tu as eu si peur de te consumer toi-même quand tout manquait dans ton adolescence.

Tu te lèves pour arracher une mauvaise herbe. Puis tu portes ton regard au dessus du marronnier. Ses feuilles rouges tiennent bons, les bogues forment un tapis épais autour du large tronc. Tu observes le ciel, ce bleu métallique de  temps froid qui rappelle tes  prunelles. La même dureté, la même limpidité. Cette assurance d’avoir toute sa place dans le monde.

A quoi penses-tu vraiment?

Si j’étais avec toi dans ton parc, j’admirerai la nature d’automne qui célèbre la fin des mois lourds passés à l’ombre des volets tirés. Je laisserai le froid m’engourdir un peu sans aller chercher de manteau, pour le plaisir de sentir ma peau se hérisser et mes muscles se tendre. Je ne dirais rien en espérant que tu me parles. Je savourerais cette pause, heureuse à l’idée de finir la journée devant la flambée que tu auras allumée dans le salon de bois sombre. Je passerai mes jours à ramasser des châtaignes dans les bois proches, mes nuits à lire sous les édredons qui ont réchauffé bien des aïeux. Nous ramasserions les feuilles pour faire de grands feux sous le cèdre, devant le portique de balançoires. Je savourerai tes soupes en bidons et tes pâtes toujours trop cuites mais onctueuses de fromage et recouvertes de sauce que je n’ai jamais réussi à refaire.

Si le temps le permet, j’irai finir ma ricorée du matin dehors, encore en pyjama. Et j’écouterais la nature qui s’éveille. Nous sillonnerions la campagne en voiture, pour prendre des photos dans les endroits les plus improbables et dangereux.

Si j’étais chez toi je ne penserais plus à demain. Le temps est si présent, les heures sont ouvertes à tout. Aucune obligation, seul les impératifs de la maison imposent leur rythme. Mettre des bûches autour de l’âtre et aller chercher du fioul au garage pour le poêle. Préparer le prochain repas, le prochain thé, le prochain déjeuner de famille. Repeindre un volet peut-être, aller arroser les plantes, donner à manger aux chats errants. Faire du feu, ne pas laisser les noisettes aux vers.

Quand  je suis chez toi maintenant, je vais sur le pré-rond devant l’entrée principale de la maison. La terrasse en dalles noircies accueillait nos déjeuners d’été, ceux qui commençaient toujours par du melon. Mon regard se lève sur les chaises blanches oubliées dans l’herbe, et j’entends les discussions un peu mondaines de tous nos 15 août rituels. C’est si vide aujourd’hui.

Alors mes yeux vont plus loin, ils se portent au-dessus du pigeonnier et je regarde l’église du village qui surplombe la propriété. A ses pieds je sais que se trouve le cimetière. Je lui fais un clin d’œil et retourne à tes arbres, à tes murs recouverts de vigne vierge, à tes pots de fleurs. Comme tu l’as voulu rien n’a changé ici. Mais sans toi plus personne n’y trouvera de place.

Je suis bien loin en ce 30 octobre, mais les feuilles rouges de mon jardin et la tasse fumante dans ma main me rapprochent. Je te vois entre ses volets rouges, tu me regardes. Je sais maintenant que les figues et les noisettes n’auront plus jamais le même goût. Mais jamais je ne l’oublierai.