Être libre.

Une question me taraude depuis longtemps, depuis qu’il pèse dans ma vie un comportement dont je n’arrive pas à me défaire. Pourquoi est-ce que je m’inflige des actions qui me font du mal? Pourquoi je le fais en conscience et malgré mon envie d’arrêter?

Alors pour rassurer le lecteur qui passerait par là j’écris tout de suite ce dont je ne parle pas: je ne me scarifie pas, je ne me drogue pas, je ne suis pas alcoolique et je n’ai pas de problème clinique de relation avec la nourriture. Avec le sexe non plus (sait-on jamais ce que tu as en tête lecteur?).

Mais je fais chaque jour, plusieurs fois par jour, quelque chose dont je sais que ça me rend malheureuse à petit feu, comme si je prenais une dose de poison qui additionnée aux précédentes m’enfonçait dans mon marasme et me conduisait à ma perte certaine.

Ce comportement fête cet automne ses 10 ans. Depuis presque le même nombre d’années je sais qu’il ne devrait pas faire partie de ma vie que je veux libre et… non libre est l’adjectif qui convient le mieux et se suffit.

La liberté à mes yeux est le bien le plus précieux, qui ne coûte que de la volonté et du courage mais qui rend fière et épanouie. C’est sans vantardise que je qualifie l’enfant et l’adolescente que j’ai été libre. Même si le regard et les avis des autres, surtout de mes compagnons d’école, avaient un certain poids sur mes épaules, mon caractère fait que j’ai toujours fait et dit ce qui me paraissait bon malgré eux. J’ai construit mon univers, j’ai tracé ma route, entourée de ceux qui me faisaient du bien.

Entrée à l’âge adulte j’ai fait mes propres choix, mes propres erreurs, la tête haute et ne m’en prenant qu’à moi-même en cas de regrets ou remords. Personne jamais n’a eu d’emprise au point de me dicter mes actes ou mes comportements. Et mes héroïnes sont des femmes dont la vie entière porte cette fraîcheur et audace.

Je suis loin de cette période aujourd’hui, et mon caractère est toujours celui-là. Au fond. Car bien sûr il y a eu les coups durs, les moments plus fragiles, les ardoises qui pèsent un peu et entravent parfois. Mais je sais que je suis cette femme, et surtout je veux l’être. Pourtant, une addiction m’empêche d’aller aussi loin que je le voudrais dans cette liberté.

Si j’utilise ce mot addiction, c’est après différentes lectures pour en comprendre les mécanismes, notamment celle que je fais en ce moment même du professeur Michel Lejoyeux, Du plaisir à la dépendance, Nouvelles addictions, nouvelles thérapies. Alors quels signes m’ont fait comprendre que j’étais addicte et donc en nécessité de me soigner sans compromis?

  • j’y passe plus de temps que je ne le voudrais vraiment
  • je fais cette action de manière automatique
  • cette activité comble des trous sans me satisfaire (sans aucun jeu de mot, décidément coquin de lecteur!)
  • je manque de temps pour faire des choses identifiées qui m’épanouiraient
  • je sais pour l’avoir analysée que cette activité engendre un mal être chez moi, qu’elle est nocive pour ma santé
  • quand j’ai réussi à m’être en pause cette activité je m’en suis rapidement trouvée mieux
  • malgré ce savoir je continue cette activité

Et pourquoi alors me demanderas-tu?

Parce que j’y trouve certains côtés agréables et positifs. Mais aussi parce que j’y suis addicte. Surtout pour ça en fait si je suis honnête.

Cette activité, je t’ai fait languir, c’est l’utilisation des réseaux sociaux.

J’ai un peu honte de l’écrire, de le crier ici. Mais un peu moins depuis que j’ai appris du professeur Lejoyeux que bien des facteurs involontaires prédisposaient une personne à un comportement addictif à telle ou telle substance. Donc tout n’est pas de mon fait dans cette situation.

Ce qui dépend de moi c’est de prendre le taureau par les cornes pour me sortir de cela, comme un fumeur mâcherait de la gomme nicotinique, et surtout mettrait en place des astuces pour changer ses habitudes. Je te donne les astuces que je m’applique à partir de demain

  • Choisir une date de fin de la pratique, la noter d’une pierre blanche et faire comme tu vois dans les films dans des réunions d’alcooliques anonymes « Cela fait 10 jours que je ne suis plus allée consultée le réseau social numérique qui me pourrissait » (Note à moi-même: créer et commercialiser des badges jours/semaines/mois/année?)
  • Supprimer mes différents comptes (Instagram, Facebook, Twitter). Tu le sais, celui qui a décidé de totalement arrêter de boire ne reprend pas « un verre comme ça juste un ». No, 0.
  • Remplacer cette habitude par d’autres que je trouve meilleures. Pour le moment je pense à ne rien faire pour vider mon esprit, être concentrée sur ce qui se passe autour de moi, appeler un ami, lire un article du journal auquel je suis abonnée, cuisiner, ouvrir un roman, marcher, colorier un putain de mandala à la mode Hugge Hygge

Mais mais mais, je me relis et je vois que je ne t’ai pas expliqué en quoi ce comportement était nocif pour moi.

D’abord sache qu’il est nocif pour tout le monde. Je te mets ce lien vers cette vidéo qui a accéléré mon envie de changer, évidemment tu trouveras pléthore de documentation dans le même sens. Je suis aussi la démarche du blogueur Ploum qui a terminé de me convaincre en exposant les bienfaits d’une déconnexion adaptée à ses besoins réels.

Pour ma petite personne égocentrée, quels effets nocifs à reprocher à mon utilisation des réseaux sociaux (je te parle de Facebook et Instagram)

  • une comparaison aux autres toujours en ma défaveur
  • une surcharge mentale insupportable
  • un temps volé qui s’oppose à ma recherche de liberté

C’est tout, mais c’est beaucoup. Car ceci entraine fatigue mentale, baisse de mes capacités de concentration, difficultés à créer, culpabilité, et manque de place pour faire ce qui me rend vraiment heureuse.

Et ma liberté est entravée. Je fais quelque chose contre ma volonté. Insupportable!

Je m’arrête là pour ce texte.
Mais je te préviens qu’un prochain traitera de la surcharge mentale, notion que j’ai envie de plus explorer.

Si tu veux on peut aussi discuter dessous de tes propres entraves à ta liberté.

A bientôt.

 

Courir.

On marche. Il y a des sols durs et gris, d’autres verts et humides. De l’herbe, j’adore. Je voudrais observer chaque brin. Au milieu il y a toujours quelque chose à trouver. Et c’est beau surtout, ces longues tiges aux nuances si diverses. Chacune est différente, je voudrais toutes les connaitre.

Ils ne m’en laissent pas le temps.

Je m’approche de l’eau.

« Non! Reviens. »

Je vais sur l’asphalte au milieu de la chaussée. Elle renvoie la chaleur du soleil et mes pieds claquent dessus.

« Non, il y a des voitures, c’est dangereux! »

On me tire par le bras.

Je dois rester dans le maigre espace qu’on me délimite, et aller tout droit, en avant. Toujours en avant, ne jamais s’arrêter, aller plus vite. On a un but, lequel je ne sais pas mais eux l’ont en tête et n’aiment pas que je les fasse dévier.

Ils me gonflent.

Je retourne vers l’eau.

« NON! »

Je vais sur la chaussée.

« Mais c’est pas vrai ça qu’est-ce-qu’on t’a dit?! »

Alors je regarde droit devant, là où ils veulent m’emmener. Et je cours.

J’entends qu’on me dit de ralentir, d’attendre. Ils ne savent pas ce qu’ils veulent.

Je me retourne pour les regarder. Ils sont lents et mal assortis à cette journée si belle et pleine de promesses. Les pauvres, si lourds. Leurs corps sont vieux, leurs mouvements sont balauds, leurs rêves sont aussi étroits que leurs trottoirs.

Et moi je vole. Je souris.

Elle me renvoie ce sourire, et là, elle rit. Elle se met à courir.

Je reporte mon regard devant, nous courrons. Nos cris s’envolent et repoussent les nuages. Le soleil est plus orange, l’air s’est adouci. Elle se rapproche. J’aimerais m’arrêter et me laisser aller dans ses bras. Mais plus tard. Son rire est si beau. Mêlé au mien c’est le son des anges.

Elle arrive à me doubler, elle s’arrête devant moi.

Elle n’a pas pu se retenir, elle.

Elle se baisse, écarte les bras.

Je lui fonce dessus. Et je m’enfouis dans sa chaleur. C’est bon…

Dans son cou ça sent le mer, le sel. Sa joue est douce. Je ne comprends pas bien ce qu’elle dit mais ça a le son de l’amour. Hmmmmm.

Elle se relève, son sourire me regarde, ses  yeux sont fiers de moi.

Nous reprenons la marche.

Des canards sortent de l’eau et viennent à moi. Je voudrais les toucher.

« NON! »

Allons droit devant.

 

#PumpkinAutumnChallenge Octobre 2018

En ce premier vrai mois d’automne j’ai fait trois lectures prenantes qui en plus (!) me font avancer dans le challenge de Guimause.

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Je vous en ai parlé fin septembre dans cette première revue de lecture, ce type de défi littéraire me met en joie! J’y rencontre des lecteurs toqués tout comme moi, qui aiment fureter en bibliothèque, librairie, sur des pages numériques dédiées, pour se repaitre de couvertures, titres, résumés livresques. Qui adorent acheter, emprunter, récupérer en boites à livres, bien plus que leur temps et leur cerveau pourront jamais leur permettre de lire. Oh oui c’est bon de se sentir faisant partie d’une famille, cinglée mais accueillante [larmes].

Comme nous avons aussi, quand même, envie de lire nos acquisitions, certains d’entre nous créent des challenges dans le but de faire descendre cette pile à lire. Et donc comme je l’écrivais en septembre, je tente de me montrer digne de l’option Ca s’appelle avoir les crocs, et j’ai continué sur ma lancée avec 3 sous-catégories validées. Mais ce qui t’intéresse ce sont ces titres et auteurs à découvrir…

Catégories Le cri de la Banshee
Empire des chimères d’Antoine Chainas

Coup de cœur pour le thème de ce roman de la rentrée littéraire à la lecture d’une très courte chronique dans un fil de réseau social. Je le commande dans ma librairie. Je le récupère et là, « Oh c’est magnifique un Série Noir Gallimard grand format! Mais argh 658 pages, Ouf! »
J’ai vraiment une prédilection pour les longs romans c’est vrai. Je me délecte de la plongée longue dans un univers, de suivre des personnages pendant plusieurs semaines. J’aime que l’auteur prenne le temps de tisser son intrigue, de monter un décor évolutif. De promener le lecteur. En ces premières semaines de rentrée, bien denses pour moi, j’ai quand même eu peur de ce pavé qui narguait ma capacité de concentration et mes maigres plages horaires de temps disponibles. Et puis à transporter dans le bus, on a vu plus pratique…

Bref si je l’avais tenu entre mes mains avant de le commander j’aurais certainement renoncé. Quel dommage… Parce que là bingo! Je ne connais pas les 5 premiers romans de l’auteur, mais Antoine quelle imagination! Quel esprit dérangé! Merci!

Pour le résumé c’est ici.

Je ne peux pas en dire beaucoup sans gâcher le plaisir. Il faut se perdre avec les protagonistes dans ces lieux sombres, se laisser engluer dans la moisissure. Ca te donne envie hein?

Sache que le style est fluide, que l’action est percutante et que les personnalités sont tout sauf lisses. Tu vas aimer jouer avec tout ce petit monde.

Catégorie Au détour de Brocéliande
Désolations de David Vann

Alors si tu n’as pas lu Sukkwan Island du même auteur, commence donc par là.
Si c’est déjà fait, tu sais que David se positionne pas mal niveau esprit dérangé. Il confirme ici son talent pour chercher dans l’âme humaine et la vie quotidienne de gens sans éclat (comme toi et moi quoi) le sombre, le tortueux, la goutte d’essence qui n’attend qu’une flamme pour tout faire péter.

Ici j’ai été un peu lassée par certains passages redondants, mais je crois que ces répétitions participent à vivre la morosité et l’ennui des protagonistes. Et donc à mieux les comprendre. Les descriptions des paysages d’Alaska n’ont rien du guide de voyage alléchant, mais tu y es, dans le froid, l’humidité, l’espace sans fin.

Va voir le petit speech sur l’intrigue, qui ne dit pas grand chose mais tant mieux.

Catégorie Cristaux, tarots et encens
Lacrimae, t2 des Mystères de Druon de Brévaux d’Andrea H.Japp

Pour la présentation de la sage commence par le T1.

Sur l’autrice, et bien je dirai qu’une passionnée du Moyen-Âge a fusionné avec Agatha Cristie. J’aime sa plume précise mais pas ampoulée. Son érudition mise au service de sa passion pour les crimes, l’ésotérique, les destins tourmentés et les femmes de caractère. C’est un plaisir pour moi de plonger dans un univers historique touffu, d’errer dans des forêts sombres en abord de villages mal famés et de chercher avec notre héroïne le pourquoi-du-comment-on-a-trucidé-untel-et-untel-et-oh-untel-aussi.

Une lecture de soirées fraiches, d’irish coffee ou grog divers, de grosses chaussettes. Bref un tue l’amour mais tu n’en auras rien à secouer quand tu voudras à tout prix résoudre les enquêtes de Druon.

Belles lectures!
(Et #balancetestitres )

Fantôme.

C’est une histoire de fantôme. Ca commence par un plancher qui grince. Il est minuit et dix-huit minutes. 25 novembre 2018. Tu frissonnes et ouvres les yeux.
Le vent dehors, sa plainte sur le toit, les arbres qui pleurent. Le rideau laisse entrer une lumière orange de crépuscule, là sur le mur en face de toi. Tu transpires, ton cœur s’accélère, tu es paralysé.

C’est une histoire d’enfance. Ca commence par un coup frappé sur le plancher au-dessus de ta tête. 25 novembre 1992. Un sursaut, tu es réveillé, tu regardes le plafond.
Paf encore un. On dirait un meuble que l’on a déplacé. Non, une jambe de bois qui traine derrière son propriétaire. Ou la lourde chaussure de l’arrière-tante boiteuse morte avant même la naissance de papa. Oui c’est ça, c’est le bruit d’un pied bot. N’est-ce pas le rire étouffé d’une revenante caché par les grincements du bois de la bâtisse?
Le bruit s’éloigne.
Le bruit revient. Ailleurs, moins haut, plus près… LA! Au bout du couloir. La claudication caractéristique. Tu peux déjà voir le corps décharné, la chaire qui pend, le regard mauvais. Béatrice, c’est ça Béatrice. Elle ne doit plus ressembler du tout à la photo en noir et blanc du gros album du salon. Elle doit avoir faim, et porter beaucoup de rancœur. N’est-elle pas morte à 27 ans, vieille fille moquée de tous? Les enfants ne lui crachaient-ils pas dessus dans la rue quand elle se portait jusqu’à la boulangerie? Les enfants, mais oui elle les a en horreur. Là elle t’a senti, elle est revenu pour toi.
Pas PAS pas PAS pas PAS.

Clac.
Blam.

AHHHHHHHHHHHHHHH!

C’est une histoire de souvenirs. Il est minuit et vingt minutes. 25 novembre 2018. La maison n’est pas la même. Le bruit est différent. Tu n’es pas seul dans ton lit. Mais tout est pareil: les boyaux qui se tordent, le corps tendu, les pieds qui cherchent la protection de la couverture, la main qui hésite à allumer la lampe de chevet, quand le choix entre voir et ignorer n’est pas si aisé.
Ce que tu n’arrives pas à déchiffrer, c’est que l’angoisse qui t’étreint cette nuit est d’oublier Béatrice, d’oublier le bruit de cette maison, de perdre le regard énigmatique de ta grand-mère au matin qui te raconte entre deux tartines qu’en effet, elle aussi entend untel et untel faire leurs vies au second étage quand les vivants dorment. Tu crèves de trouille de ne plus pouvoir raconter à tes enfants d’où ils viennent, de devenir, surtout, un adulte sans mémoire, un être sans histoire.

Alors tu refermes les yeux, tu sers fort le corps chaud qui partage ton sommeil et tu écoutes le battement dans tes tempes.

PaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAs

30 octobre

Tu t’es assise sur les marches qui descendent de la grande porte vitrée de la salle à manger. Tu parais bien petite de loin, encadrée par les volets rouges des multiples entrées de ta grande maison. Mais quand on se rapproche on voit mieux ta stature digne, ton regard volontaire et on sait tout de suite que c’est toi la maitresse des lieux.

Tu tiens ton thé de 16h d’une main, et tu regardes le lourd figuier trônant dans l’herbe, de l’autre côté du tas de bois qui délimite la fin de la terrasse. Quand as-tu cueilli les dernières figues de la saison? Il y a quelques jours. Non plus que ça. Mais l’été a duré tout septembre cette année.

Tu croques dans une grosse merveille recouverte de sucre et luisante de gras. Tes enfants trouvent toujours que tu en achètes trop. A quelle époque a-t-on commencé à se préoccuper de ces questions de nutrition? Toi tu ne t’es jamais inquiétée de trop manger. Tu as eu si peur de te consumer toi-même quand tout manquait dans ton adolescence.

Tu te lèves pour arracher une mauvaise herbe. Puis tu portes ton regard au dessus du marronnier. Ses feuilles rouges tiennent bons, les bogues forment un tapis épais autour du large tronc. Tu observes le ciel, ce bleu métallique de  temps froid qui rappelle tes  prunelles. La même dureté, la même limpidité. Cette assurance d’avoir toute sa place dans le monde.

A quoi penses-tu vraiment?

Si j’étais avec toi dans ton parc, j’admirerai la nature d’automne qui célèbre la fin des mois lourds passés à l’ombre des volets tirés. Je laisserai le froid m’engourdir un peu sans aller chercher de manteau, pour le plaisir de sentir ma peau se hérisser et mes muscles se tendre. Je ne dirais rien en espérant que tu me parles. Je savourerais cette pause, heureuse à l’idée de finir la journée devant la flambée que tu auras allumée dans le salon de bois sombre. Je passerai mes jours à ramasser des châtaignes dans les bois proches, mes nuits à lire sous les édredons qui ont réchauffé bien des aïeux. Nous ramasserions les feuilles pour faire de grands feux sous le cèdre, devant le portique de balançoires. Je savourerai tes soupes en bidons et tes pâtes toujours trop cuites mais onctueuses de fromage et recouvertes de sauce que je n’ai jamais réussi à refaire.

Si le temps le permet, j’irai finir ma ricorée du matin dehors, encore en pyjama. Et j’écouterais la nature qui s’éveille. Nous sillonnerions la campagne en voiture, pour prendre des photos dans les endroits les plus improbables et dangereux.

Si j’étais chez toi je ne penserais plus à demain. Le temps est si présent, les heures sont ouvertes à tout. Aucune obligation, seul les impératifs de la maison imposent leur rythme. Mettre des bûches autour de l’âtre et aller chercher du fioul au garage pour le poêle. Préparer le prochain repas, le prochain thé, le prochain déjeuner de famille. Repeindre un volet peut-être, aller arroser les plantes, donner à manger aux chats errants. Faire du feu, ne pas laisser les noisettes aux vers.

Quand  je suis chez toi maintenant, je vais sur le pré-rond devant l’entrée principale de la maison. La terrasse en dalles noircies accueillait nos déjeuners d’été, ceux qui commençaient toujours par du melon. Mon regard se lève sur les chaises blanches oubliées dans l’herbe, et j’entends les discussions un peu mondaines de tous nos 15 août rituels. C’est si vide aujourd’hui.

Alors mes yeux vont plus loin, ils se portent au-dessus du pigeonnier et je regarde l’église du village qui surplombe la propriété. A ses pieds je sais que se trouve le cimetière. Je lui fais un clin d’œil et retourne à tes arbres, à tes murs recouverts de vigne vierge, à tes pots de fleurs. Comme tu l’as voulu rien n’a changé ici. Mais sans toi plus personne n’y trouvera de place.

Je suis bien loin en ce 30 octobre, mais les feuilles rouges de mon jardin et la tasse fumante dans ma main me rapprochent. Je te vois entre ses volets rouges, tu me regardes. Je sais maintenant que les figues et les noisettes n’auront plus jamais le même goût. Mais jamais je ne l’oublierai.

#PumpkinAutumnChallenge septembre 2018

PAC sept

Je lis au lit.

Un peu dans les transports. Pas mal dans mon canapé.

Surtout le soir. Avec un plaisir certain en journée.

C’est mon moment, mon voyage, mon retour en moi-même, ma déconnexion du monde et mon aventure.

Tout titre attise ma curiosité, toutes pages brochées sont dignes que j’y pose le regard.

J’ai des préférences c’est sûr. Des a-priori ça oui.

Mais rien ne me plait plus que de plonger à corps perdu dans une histoire pas vraiment choisie, rencontre improbable dûe à un certain hasard.

Le Pumpkin Autumn Challenge

J’ai découvert il y a peu l’univers des booktubeurs, et avec eux les challenges de lecture.

Cet automne je me lance dans mon 3ème pari thématique, avec des lecteurs nombreux et lointains qui se rapprochent en partageant leurs goûts, coups de coeur et déceptions.

Le Pumpkin Autumn Challenge a commencé le 1er septembre. Toutes les infos sont données par son organisatrice Guimause. Voici mon point à un mois de lecture.

Je me suis donné comme objectif de réaliser le parcours Ca s’appelle avoir les crocs, soit de faire 8 lectures dans des genres qui s’éloignent de ma zone habituelle de chasse.

En ce début octobre je peux vous partager 5 récits dans 3 catégories du challenge.

La feuille d’auomne emportée par le vent, en rondes monotones, tombant, tourbillonant + Balai Pattes!

J’avais dans ma PAL (si tu n’es pas encore initié.e à cet univers, c’est le petit nom Pile à Lire pour les bouquins entassés chez toi et pas encore ouverts) des titres aux couleurs de l’automne, alors hop je m’y suis plongée. Il s’est trouvé que ces deux histoires mettaient en avant des héroïnes aux prises avec les obligations de leur sexe et bien décidées à s’en extraire. J’ai donc validé la catégorie Balai Pattes! en même temps.

Calpurnia, de Jacqueline Kelly

Coup de coeur de mon libraire, ce roman jeunesse avait fini dans mon sac d’achat en m’étonnant moi-même car je ne lis plus ces titres enfant-ados depuis longtemps. Mais j’ai été aimantée par l’histoire de cette gamine de 11 ans, pleine de rêves et curieuse du monde qui l’entoure, dans le Texas de la fin du 19° . Bien m’en a pris.

Outre la qualité du récit, des personnages, de la reconstitution historique, j’ai admiré au fil des 500 pages la vision du monde et l’énergie de Calpurnia, tout en m’interrogeant sur mon propre parcours. Car ici il est questin d’une jeune fille se découvrant une passion pour la vie animale et les techniques scientifiques de naturalisme. Tandis que son milieu, le monde dans lequel elle évolue, la destinent au rôle de parfaite candidate au mariage, puis d’épouse et enfin de mère, c’est à dire de cuisinière, couturière, gentille compagne de conversation mondaine et autres activités réalisables en corset et coiffe soignée.

Ce roman, non content de nous faire découvrir la science naturaliste, traite bien sûr de la place réservée à la femme dans l’espace publique et domestique, et de la manière dont le genre brise les rêves après avoir conditionné les goûts de chacun. Calpurnia ne renonce pas à sa passion pour l’observation du monde, aux escapades en nature et à la recherche scientifique. Elle m’a renvoyé à ma propre adolescence, à l’influence sur moi des médias et aux choix faits à l’époque. Je suivrai la suite de son parcours avec plaisir dans le second volume.

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans, de Marie-Fleur Albecker

Titre découvert grâce à Piko et ses choix de la rentrée littéraire 2018. Ce rouge, la flamboyance du titre et ma curiosité pour cette maison d’édition (Les forges de Vulcain) m’ont convaincue de faire un achat, bien que le but du challenge soit en partie de faire descendre son propre stock.

L’écriture de Marie-Fleur Albecker est percutante, originale, entrainante. J’ai aimé dès les premières pages l’utilisation du langage bien XXI°siècle, parlé, populaire. Pourtant nous sommes en 1381 au Royaume d’Angleterre. Parfois aussi les tournures de l’autrice m’ont lassée, j’y ai trouvé des lourdeurs. Mais ce parti pris stylistique n’a d’autre but que de raconter notre monde d’aujourd’hui au prétexte de narrer une révolte paysanne d’un siècle passé. Nous sommes charriés par le récit comme les personnages par le cours des événements. Le pari est gagné. Les tyrans, le pouvoir du milieu social, la place des femmes dans le débat publique et la difficulté de chacun à s’extraire de ses propres petits enjeux personnels pour voir plus loin et plus grand, rien ne semble avoir changé en 450 ans. C’est ce que l’on comprend au fur et à mesure des pages. Et on ressort fataliste, amer. Ou en colère, combattant.

Le libraire m’avait prévenue que Les Forges de Vulcain ne choisissaient pas la facilité. En effet avec ce titre j’ai été dérangée, déplacée. J’en lirai donc d’autres!

Pomme au four, tasse de thé et bougie

Le début des jours de pluie, les températures qui invitent à s’enrouler de couvertures et écharpes ainsi que le rythme dense de la rentrée, m’ont amenée vers des lectures Doudou, ou tasse de thé donc.

Le dernier des nôtres, Adélaïde de Clermont-Tonnerre

J’ai lu en 2017 Fourrure de la journaliste, son premier roman. J’en avais été renversée. J’ai retrouvé ici ce qui m’avait plu.

D’abord, la précision des descriptions, tant d’actions, que de sentiments. On vit les bombardements de Dresde avec les sauveteurs de la Croix Rouge, on hait les anciens bourreaux SS des victimes qui cherchent à se venger, on rompt avec le héros qui peut être si macho quand son amie le fait. On a envie d’en gifler certains, d’en prendre d’autres dans nos bras. On respire les odeurs de mort de la fin de la seconde guerre mondiale, et celle de ville géante du New-York du début des 70’S.

Ensuite Adélaïde de Clermont-Tonnerre arrive à recréer des microscosmes sociaux en quelques lignes. Ici le New-York des artistes underground, celui des self-made-men américains d’un monde en plein essor, comme la petite bourgeoisie allemande prise dans le fléau hitlérien. Ca fourmille, ça vit, ça transpire, ça rêve et ça pleure.

Enfin l’intrigue, que l’on croit simple, que l’on questionne, puis qui nous retourne comme une pauvre crêpe.

A lire donc.

Enola Holmes T4, Serena Blasco- Nancy Springer
Les Carnets de Cerise T2, Joris Chamblain – Aurélie Neyret

Je monte pour mes filles une bibliothèque BD, dont elles ne peuvent pas encore profité mais de laquelle je tire moi-même un certain plaisir. Ayant du mal à trouver en littérature petite enfance des héroïnes récurrentes (non, Tchoupi n’est pas unisexe et P’tit Loup ne peut pas passer pour une fille) je me fais plaisir dans ce rayon.

Deux détectives en herbe, l’une soeur de Sherlock l’autre apprentie écrivaine. Vraiment de belles réalisations tant pour les scénarios que les graphismes. Deux petites douceurs d’après-midi trainant.

Le Pumpkin Autumn Challenge continue. J’ai pour ma part encore une quinzaine de livres sélectionnés pour continuer à faire de chouettes découvertes. Je vous tiens au courant.

Décider pour soi.

Sans ordre et comme ça me vient, je voudrais:

  • m’occuper du mieux possible de mes enfants
  • être une super amante pour mon homme
  • être la meilleure amie de cet homme
  • avoir une carrière intéressante
  • être musclée, sculptée
  • manger sain
  • manger équitable, local, fait maison, sans gaspillage
  • savoir me coiffer
  • assortir mes tenues à mes bijoux
  • décorer ma maison
  • sortir et m’encanailler
  • être une bonne vivante
  • rester des journées entières avec un livre, sous un plaid
  • écrire, écrire, écrire bien, de mieux en mieux
  • apprendre à dessiner
  • danser
  • profiter de mes amis
  • prendre soin d’eux
  • me rapprocher de ma famille
  • prendre soin d’elle
  • jardiner
  • lire la presse
  • retenir tout ce que je lis
  • être une femme idéale
  • me foutre des dictats et ne surtout pas chercher à être une femme idéale
  • ne pas compter les verres de vin et les parts de gâteaux au chocolat. Et surtout oublier que je ne les compte pas
  • m’aimer
  • être aimée
  • être libre. Vraiment.
  • être reliée à ceux qui comptent
  • qu’on puisse compter sur moi
  • ne devoir de comptes à personne
  • .
  • ..

Cette liste prend étrange tournure.

Je crois comprendre d’où vient ce constant sentiment d’inconstance,

cette culpabilité de ne pas être assez volontaire ni persévérante

ce goût râpeux trop souvent sur ma langue.

C’est le bordel dans ma tête.

Mais là dans ce début de fouillis mis en mots, commence à poindre une ligne directrice. Moi. Je suis là, sous les désirs des autres, sous les injonctions des biens pensants à la mode, sous l’éducation qui m’a faite, sous les certitudes qu’un jour j’ai crue miennes et qu’aujourd’hui je veux déconstruire.

Je vais continuer cette liste, je vais faire la poussière sur mes étagères trop remplies, je vais remplacer l’obsolète par les bonnes idées qui ont poussé dessus. Je vais mettre plus de moi dans mon cockpit secret. Et me réinstaller aux manettes.

« Go! Voguons moi et moi, à la conquête de l’univeeeeeeeers!!!! »