S’inventer

En juillet dernier je me suis livrée dans l’article S’épuiser. Je vous avais annoncé une suite, pour raconter ce que je faisais de mon temps libéré après avoir quitté le salariat. Vos nombreuses réactions me font croire que ça vous intéresse. Alors, c’est l’heure !

Une story Instagram de Pauline Harmange me fait découvrir Eva Kirilof . (Elle travaille sur le lien Art & Féminisme, sujet que j’aimerais moi-même explorer plus en profondeur et que je déploierai prochainement dans la rubrique Mère(s) et Créatrice(s) ).
En furetant sur sa page je tombe sur un post à propos des bilans de fin d’année. En voici un extrait:

[…] 2020 n’a pas été une année d’opportunités pour tout le monde (opportunité d’enfin bosser sur ce projet qu’on avait mis de côté dans un coin de notre tête, opportunité de tirer des leçons de la situation que nous vivons, opportunité de ralentir pour prendre soin de soi, etc), 2020 ,a des degrés différents bien entendu, a été une année où on a sûrement toustes a un moment ou un autre activé notre mode survie. être en pilote automatique pour digérer les traumatismes auxquels le monde fait face. digérer la perte de repères, le manque des autres, la solitude, l’injustice, la violence. quelle année violente 2020.

[…]

c’est ma façon de vous dire de ne pas vous dévaloriser ou culpabiliser si vous n’avez pas utilisé cette année pour faire quoi que ce soit, si vous n’avez pas eu de grandes révélations, si cette année a juste été une longue et douloureuse épreuve , vous y avez survécu c’est déjà pas mal.

La synchronicité des choses… Lire ça le jour où je projette de mettre ma petite pierre à l’édifice des « Bilans ».
J’en ai ma claque moi aussi, des gourous du développement personnel qui se cachent derrière des comptes colorés, de professionnels comme d’amateurs, qui utilisent la pandémie comme arme massive d’introspection et de dépassement de soi. Des gens meurent, des gens souffrent, des gens tombent dans la misère. Tous les autres combats sont mis de côté et vont nous revenir en pleine gueule comme un boomerang. Avis posé là, pour que mes propos soient justement contextualisés. Car 2020, je l’avais programmé, devait être mon année d’introspection et d’essais. Rien à voir avec un confinement, en janvier j’étais au chômage et mon nouveau travail c’était inventer ma suite.

Voilà 2 3 fois que je commence à vous écrire ce qu’ont été mes 12 derniers mois, et que j’efface. Qu’est-ce-qui est intéressant pour vous ? Mais aussi, qu’est-ce que j’ai fait en 2020 ? Qui ai-je été finalement ?

J’ai plus que jamais dû prendre mes responsabilités d’adulte. Ca n’a pas été facile. Il m’était nécessaire de renouer avec moi-même, mon corps, mes besoins, mes rêves. Mais la vie m’a rappelé chaque jour, plus que jamais, qu’il y avait tous mes choix passés à assumer. En premier lieu mon mariage et mes enfants. Confinés ensemble, nous avons d’abord dû prendre soin de nos besoins – inégaux – de solitude et de temps de travail individuel à accomplir, puis prendre soin de nos relations. Ce n’est pas pour rien que je le note dans cet ordre. Les semaines de huis clos, à quatre, ont petit à petit repositionné les objectifs que je m’étais posés quand les journées étaient vides, vides de gens dans ma maison. Au printemps, chaque seconde était pleine des autres. Du devoir que nous avions d’être attentifs les uns aux autres. J’ai eu l’impression de revivre une expérience faite il y a plus de 10 ans, au Canada, lorsque j’ai appris à vivre dans la neige, par -20 degrés. Nous devions former des binômes, au sein desquels pendant 48h nous veillerions sur l’autre pour s’assurer qu’il n’était pas en hypothermie (engelures sur le visage, signe de divagation de l’esprit, difficulté à parler… ). En plus de cette attention mutuelle, une équipe de formateurs se relayait pour nous observer et soutenir. Notre vie en dépendait, littéralement. En 2020 il a fallu faire ça 3 mois, et même un peu plus puisque depuis novembre la maison est plus que jamais le lieu quasi exclusif de vie.
Dans le quotidien que je vis habituellement, les membres de ma famille vivent des choses loin de moi, d’autres veillent sur eux en mon absence, leurs besoins sont assouvis par diverses sources. En mars, du jour au lendemain, tout reposait sur notre duo parental en ce qui concernait nos enfants, et tout reposait sur chacun.e de nous deux pour notre conjoint.e. Comment ça s’est passé ?
J’ai paniqué bien sûr 😉

Puis nous avons inventé notre vie de famille. Nous nous en sommes convenablement sortis. Pourtant elle n’est toujours pas merveilleuse à chaque instant, il n’y a pas eu de révélation mystique  » Oh oui retirons nos enfants de l’école et chargeons-nous de leur enseignement pour toujours !  »  » Partons vivre au milieu d’un champ, auto-suffisants en nourriture comme en affection !  » Pour ma part j’ai compris ce qui était de mon devoir de mère, ce que j’étais capable de prendre en charge et ce que je devais partager avec d’autres. Surtout je sais, et j’ai validé par l’expérience, que l’amour ne peut pas tout, que l’amour ne suffit pas, que je n’ai pas un profil de Mère Teresa (mon mec le savait depuis toujours lui, moi il m’a fallu une pandémie pour le valider, voilà voilà…) et que tout ça, CE N’EST PAS GRAVE. En fait c’est la vie réelle.

Dans cette vie réelle je suis fière d’avoir porté mon nouveau projet professionnel, devenir écrivaine publique spécialisée en récits de vie ( j’en parlerai un peu plus ici lorsque mon site pro sera en ligne). Les derniers mois m’ont confirmé, bien que sur ce sujet je n’avais plus de doute, que pour être bien dans mes relations je devais être en accord avec mes ambitions. Comme je l’ai écrit dans l’article S’épuiser j’ai cru un moment que ces ambitions avaient une certaine couleur, en 2020 je pense avoir trouvé les bons tons. Ceux qui me mettent le sourire, me font travailler sans voir les heures passer et me donnent une juste place dans la société. SPOILER: ça ne fait pas tout. Il y a des jours où j’ai la flemme, des jours où je ne sais pas comment avancer, des jours où j’ai la trouille de ne pas avoir assez d’argent, des jours où je me pense incapable de fonctionner en free-lance et où je regarde les offres d’emploi. Heureusement 1000 signes m’ont été adressés prouvant que je faisais le bon choix. Une de mes formations a été financée par ma région, des gens ont toqué à mon écran pour me proposer de l’aide, des contrats, des encouragements, et mon savoir-faire se confirme. Contrairement à ce que j’ai connu par le passé, je ne vis que de petits questionnements sur ma légitimité et ceux-ci sont toujours moteurs pour avancer.

Ce qui a le plus fait défaut à mes espoirs pour 2020, ont été les sorties culturels, les escapades seule ou à deux, les temps entre ami.e.s et les nouvelles rencontres. Cependant, en regardant derrière moi, je salue toutes les opportunités que j’ai su saisir, entre deux confinements ou grâce aux outils numériques. J’ai notamment pu prendre le temps d’approfondir certains sujets de société, dont le patriarcat et les relations féminisme(s)/maternité(s)/Art. J’ai lu des femmes combattantes, qui m’obligent à me questionner au plus profond des mes convictions. A me construire de nouvelles convictions surtout.

Finalement c’est sur ça que je clôturerai cette rétrospective  » Ma vie, mon œuvre, comment je me suis dépatouillée de 2020 « : l’envie de me faire un avis personnel sur ce qui est important pour moi, l’acceptation que cet avis est 1-mouvant, 2- non universel, le besoin de débattre VRAIMENT et pour ça de côtoyer des personnes de tendances multiples, enfin la nécessité de retrouver un rôle actif dans notre société.

J’espère discuter de tout cela avec vous, peut-être sous ce texte ou plus tard, par voies numériques comme autour d’une bière 😉
Qu’avez-vous inventé vous, en 2020?

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