Les belles images, Simone de Beauvoir

Ce livre était posé en face de mon lit depuis 10 mois. J’avais déjà lu du Simone de Beauvoir, mais il s’agissait de son essai Le deuxième sexe, et du début de son autobiographie Mémoires d’une jeune fille rangée. Jamais de roman. J’avais peur. Ce que je savais – ou croyais savoir – d’elle me donnait à penser que la plume allait être laborieuse, trop intellectuelle. Le récit ennuyeux. C’est le thème qui m’avait donné envie, mais je n’arrivais pas à ouvrir la première page.

Les belles images raconte une mère trentenaire, d’un milieu parisien bourgeois, juste avant mai 68. Elle flotte dans sa vie sans aucune accroche émotionnelle. C’est sa fille de 11 ans qui la réveille, avec ses questions et angoisses d’adolescente. Ses proches lui conseillent d’agir comme il a été fait avec elle au même âge : la remettre dans le droit chemin, celui d’une jeune fille qu’on élève à être une charmante jeune femme mariable et souriante.

J’ai d’abord été marquée par la fluidité de la narration, et la précision des mots choisis pour aller à l’essentiel. Le texte est court et dit beaucoup. À un moment de ma lecture j’ai reproché à l’autrice de ne pas approfondir les sentiments de l’héroïne, d’être presque superficielle. Quelle erreur ! Le récit est comme un puzzle, les morceaux sont posés petit à petit, de manière éparse, puis l’ensemble est là devant nos yeux. Et tout devient limpide.

Le livre est sorti en 1966. Simone de Beauvoir n’a pas eu d’enfant. La modernité de ses propos, et à mon œil la compréhension de la posture maternelle, sont prégnants dans ce texte. C’est grâce à sa fille que la mère parvient à s’émanciper. Pour elle autant que par le miroir qu’elle lui tend. La question du mariage et de la destinée traverse tout le texte. Pourquoi épouse-t-on cet homme plutôt qu’un autre ? « On se trouve embringuée pour la vie avec un type parce que c’est lui qu’on a rencontré quand on avait dix-neuf ans. » (P:66, édition Folio) Et alors toute notion d’amour disparait des possibles, les hommes sont interchangeables. C’est ailleurs que dans ces relations qu’il faut chercher à exister. Le salut réside en soi, et dans la sororité.

Enfin la liberté et l’originalité de la narration reposent sur un effet osé mais qui fonctionne très bien : le texte est écrit à la troisième personne et à la première. Laurence, l’héroïne, est vue depuis l’œil d’un narrateur externe, mais souvent elle reprend la parole au « Je ». C’est évidemment une transcription de sa lutte, redevenir un individu, faire ses propres choix, défendre ses avis.

L’histoire de Laurence résonne face à mes propres questionnements du moment. Et je trouve intéressant ce postulat que la libération peut advenir de la contrainte (ici la fonction de mère). C’est très fort de proposer aux femmes l’émancipation comme action éducative pour leurs filles. Et une émancipation qui n’exclue pas mais au contraire embarque les enfants.

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