Tag: Ma PAL et moi

Je l’avoue, j’adore regarder dans les bibliothèques des autres, et particulièrement quand elles et ils en font des vidéos. C’est d’ailleurs en découvrant les booktubeuses et booktubeurs (des passionnés de lecture qui partagent leur hobby sur Youtube) que j’ai pu mettre un nom sur le tas de livres non lus qui me suivaient de déménagement en déménagement, enflant au fil des ans: la Pile à Lire, ou PAL pour les intimes. Ce fut une libération (rien de moins, tu le pressens il n’y aura aucune emphase dans cet article), une joie de constater que d’autres lectrices et lecteurs partageaint mon toc: être incapable de sortir d’une librairie les mains vides, et s’entourer de colonnes de papier plus prestement que de lire ceux déjà acquis.

Alors ce tag « Ma PAL et moi » créé par Séverine de la chaine Il est bien ce livre, après avoir fait mes délices de spectatrice un peu voyeuse, me donne l’occasion de mettre des mots, ici, sur cet aspect de ma personnalité. C’est un peu un questionnaire de Proust finalement, héhé.

Séverine nous soumet 10 questions au sujet de notre bibliothèque de livres en attente d’être ouverts. Si tu veux tu peux aussi en commentaire, sur ton blog, tes réseaux sociaux, nous partager tes réponses #mapaletmoi . Pour ma part, curieuse de découvrir le rapport à l’objet livres de collègues d’écriture, je tague Lénaïc des Bacs à Sable. (Tu nous diras si tu t’y es prêté?)

1 ) Combien de livres as-tu dans ta PAL ?
Il y a quelques mois je me suis offert une après-midi de toquée, j’ai entré tous les livres de ma PAL sur mon compte Livraddict1. Je savais que j’avais beaucoup de titres sous la main, mais ça m’a fait tout drôle de constater que, à mon rythme de lecture classique, j’avais 2 ans et demi de stock devant moi. Soit 150 livres environ à ce jour. J’ai entré tous les romans et BD sur ma bibliothèque numérique, et commencé à y mettre les essais, mais il en reste qui se cachent dans mes rayonnages sans que je les ai encore listés.
Je me souviens avec émotion des premières fois où j’ai acquis des livres neufs. Je commençais à gagner un peu d’argent par moi-même, et alternais de plus en plus les sorties bibliothèque avec celles en librairie. C’était assez magique de lire des nouveautés, de choisir un élu parmi des milliers et de pouvoir le garder, ami habillant petit à petit, avec ses frères, les murs de ma chambre.
Mes premiers livres hardback (pas au format poche) viennent du stand Gallimard du salon du livre de Paris, où une partie de ma « rémunération » de libraire stagiaire avait consisté à repartir avec 150 euros de livres choisis dans le stock restant. Cela me combla davantage que les euros de dédommagement.

2 ) D’où viennent principalement les livres de ta PAL ? Achats neufs, occasion, services presse, cadeaux ?
D’abord de mes visites en librairie. J’aime en découvrir de nouvelles autant que d’aller régulièrement dans celles autour de chez moi. Je m’y sens toujours comme à la maison. Et il est très difficile pour moi d’en ressortir sans rien. J’achète principalement en me laissant porter par les conseils des libraires ou mon regard furetant sur les tables et étagères. Plus rarement en cherchant un titre précis sélectionné en amont.
Mes autres lieux d’approvisionnement sont les boites à livres. Si mes pas me font passer devant l’une d’elles, ma curisosité me fait toujours ouvrir la porte! Mais ici je ne prends que les auteurs dont j’avais déjà envie de découvrir la plume, ou les classiques dont je pense que la lecture serait bénéfique pour ma culture et mon plaisir.
Tu comprends comment j’arrive à avoir plus de livres dans ma chambre que de nuits pour m’y plonger?

3 ) Quelle relation entretiens-tu avec ta PAL ? Angoisse, Amour, Indifférence ?
Amour d’abord (tu m’imagines en train d’embrasser les dos de mes poches hein là?). C’est pour ça qu’elle est encore si imposante après les tris réguliers que j’y fais.
Un peu d’angoisse quand je regarde la réalité en face: il y a tellement de bons livres à découvrir et je n’ai qu’un seul cerveau disponible…

4 ) Quel livre est depuis le + longtemps dans ta PAL ?

Cadeau de fin de stage à la librairie La Machine à Lire de Bordeaux, en 2004. Choisi avec amitié par les libraires.
Sa taille ainsi que les premières phrases lus m’intimident. Pourtant je ne suis plus la jeune lectrice qui venait d’avoir son bac?

Achetés au Salon du livre de Montréal 2008, de deux auteurs canadiens. Ils ont traversé l’Atlantique, et survécu à plusieurs tris, ce sont des survivors 😀
Seront-ils lus un jour…?

Acheté parce que j’avais vu quelque part que c’était un classique. Je ne sais plus quand mais au moins dans une autre décénnie. Il m’a suivi partout depuis, pourtant les premières pages lues ne m’ont pas du tout convaincue! Mais comme c’est un classique, je n’ose pas m’en débarrasser…

5 ) Quels sont les 3 livres de ta PAL que tu vas lire très prochainement ?

Excellente question! Je viens justement d’en finir un, donc je suis dans mon moment préféré de lectrice: regarder tous les livres qui peuplent ma maison et choisir… Hihihi!

J’ai découvert cette autrice lilloise sur instagram, et elle autant que la magnifique couverture m’ont donné envie de découvrir ce texte. Il était mis en avant dans ma médiathèque lors de mon dernier passage, hop il trône maintenant face à mon lit.
(Oui de temps en temps je m’ajoute une PAL d’emprunts, j’aime aussi les bibliothèques publiques.)
Novembre me semble une très bonne période pour le lire.

Découvert par le biais de L’affranchie, librairie lilloise indépendante « qui milite pour les littératures théâtrales et féministes. Fan absolue d’oralité, de poésie et d’amour. » Leur site présente des titres par dossiers thématiques, super intelligent!
Je parlerai ici bientôt de mes recherches sur les femmes et la création, intérêt qui motive aussi cette lecture (d’ailleurs as-tu vu ma nouvelle rubrique « Mère(s) et créatrice(s) »?).

J’ai déjà lu le premier et le 6° tome de cette saga Matthew Shardlake. Voici le n°2. J’aime le style érudit et entrainant de l’auteur autant que l’ambiance du Londres du XVI° siècle. Depuis mes lectures hivernales d’Harry Potter enfant, la fin d’année est la période où je me délecte de thrillers, et particulièrement quand ils sont historiques (chacun ses lubies n’est-ce-pas?)

6 ) Quel est le dernier livre arrivé dans ta PAL ?

En personne sensée et adulte, le jeudi avant notre nouveau « confinement », j’ai couru acheter mes doudous de la froide saison: 3 auteurs de thriller dont j’aime les plumes, 3 suspenses qui promettent la grande évasion. Deux textes nordiques pour des intrigues contemporaines, et une énigme moyenâgeuse. J’ai déjà lu Le Léopard, qui a parfaitement rempli son office (et m’a encore questionnée sur le pourquoi de ce plaisir à lire des histoires sanguinolantes et perverses…). Les deux autres ne devraient pas passer l’hiver non plus 😉

7 ) Quels sont les 3 livres que tu n’arrives pas à sortir de ta PAL ? Pourquoi ?

Apparemment il y a au moins les livres les plus anciens présentés en question 4.
Mais aussi:

J’ai lu le volume 1 l’hiver dernier, mon premier King. Et j’ai tout aimé: l’histoire, les personnages, le rythme, la critique sociale…
Je devais lire la suite au printemps, mais c’était trop anxiogène pour moi par rapport à l’actualité. Il est sorti pour mes lectures du trimestre, mais en aurais-je le courage?

Je redécouvre grâce à mon outil livraddict que j’ai ce bouquin depuis bientôt un an, alors qu’il est face à mon lit depuis avec l’impression de l’avoir acheté hier… Pour en avoir lu du bien, par le thème, pour mes préoccupations féministes et créatives, ce livre me parait fait pour moi! Mais à chaque fois je lui préfère un autre titre. La taille? La peur de me retrouver face à une expérimentation littéraire trop abstraite? Le fait qu’il soit écrit par une prix Nobel de littérature?

Long trajet en voiture pour revenir d’un enterrement. Mon cousin me parle de ce livre avec des trémolos d’admiration dans la voix, jalousant ma chance de ne pas encore connaitre ce texte. Quelques semaines plus tard, en plein confinement je le vois dans le supermarché où je suis. Une fois chez moi j’essaie quelques pages, impossible de plonger dedans. Je ne suis pas une lectrice de SF c’est vrai. Les choix narratifs me paraissent difficules à suivre. Mais je retenterai.

8 ) Quels sont les 3 livres de ta PAL considérés comme des chef-d’oeuvres ?

Eh bien La horde du Contrevent apparemment. L’Amour au temps du choléra aussi. Et le Carnet d’Or donc. Mais comme je ne les ai pas encore lus…
Puis:


Celui-ci aussi. L’auteur est prix Nobel de littérature. J’ai commencé à le lire il y a quelques temps (années?), il est pourtant toujours en attente d’être fini. L’histoire ne m’a pas emportée.

9 ) Quelles maison d’éditions sont les + représentées dans ta PAL ?

Colle. J’ai principalement du poche (Folio, 10/18, Points, Le livre de Poche). Mais je ne regarde que rarement qui a édité les titres en premier.

10 ) Comment envisages-tu les années à venir avec ta PAL ? Des conseils ?
J’ai toujours l’ambition de lire plus que d’acheter. Cependant fouiner en librairie ou médiathèque, lire et regarder des critiques, organiser ma PAL et me créer des PAL intermédiaires thématiques font tout autant partie de mes plaisirs de lectrices.
J’ai donc bon espoir que ma PAL et moi passions encore de nombreuses années de bonheur ensemble!

  1. Site de lecteurs et lectrices qui partagent leurs critiques de livres, mais aussi le contenu de leur bibliothèque et envie d’acquisition. Oui, un truc de geek de lecture 😉

Souvenirs involontaires -Retour de lecture

Je ne me souviens pas pourquoi j’avais décidé de lire du Madeleine Chapsal. Cela a un rapport avec mes cours d’écriture créative et mon envie de me nourrir de récits d’autrices. Dans ma médiathèque de quartier il y avait son autobiographie, Souvenirs involontaires. Ça tombait bien. J’aime lire des auto et biographies, et j’aime lire sur l’écriture. À 95 ans et une centaine de livres écrits, Mme Chapsal avait certainement des choses à me dire.

Je n’ai pas été déçue par la plongée dans un monde lointain, celui des intellectuels parisiens de l’après-guerre. Madeleine fréquente du beau monde, et l’on croise dans ses pages Françoise Giroud, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jérôme Lindon, Françoise Dolto, et bien d’autres journalistes, éditeurs, auteurs, psychanalistes, etc. Le mode de vie flamboyant constitue en soi un roman, pour peu qu’on vive très loin de cet univers. Les moeurs amoureuses, combinant beaux mariages avec amants et maitresses, reflètent pour moi une époque semblant révolue d’équilibre entre apparences et coeurs, « raison et sentiments ». Une certaine liberté d’esprit, où chacun.e veut accepter les différentes facettes des êtres aimé.e.s, leur laisser de l’espace.

La vie d’autrui questionne toujours la mienne. Comment est-ce que j’exerce, moi, ma liberté au quotidien? Suis-je satisfaite de ma propre vie amoureuse? Pourquoi est-ce que j’envie cette vie sociale animée, ces liaisons formant un riche patchwork? Mais on comprend vite que Madeleine subit plus qu’elle ne maitrise ses relations avec les hommes. Elle semble se plier à leurs désirs, accueillir leurs besoins plus que respecter les siens. On ne sait vraiment si elle en souffre, si elle aspire à autre chose. Mais elle conclut, plus de 70 ans après sa première nuit d’amour, « On naît seul, on vit seul, on meurt seul, mieux vaut l’accepter pour profiter de tout le reste. Jusqu’à en rire, car être seul, telle est la condition humaine! Et finir par s’en accomoder, par en tirer du bonheur en compagnie d’un autre solitaire, c’est peut-être ce qu’on appelle l’amour. »

Sur l’écriture l’autrice est finalement moins prolixe. Là aussi c’est pour suivre son mari qu’elle débute sa carrière de journaliste, et sur demande d’un éditeur qu’elle transforme un texte personnel en premier roman. Son envie profonde n’est pas très explicite. Elle se présente comme désirée, écrivaine de commande. Mais je prends note de son expérience de l’exclusion comme tremplin pour la découverte de soi et occasion de rencontrer des « personnes meilleures ». Virée de l’Express où elle travaillait depuis 25 ans, Madeleine Chapsal connait une traversée du désert. « Après plusieurs années de pointage au chômage, parvenue en fin de droits, refusée par tous les journaux, je me suis mise à écrire sérieusement des livres, et cela devint mon gagne-pain. »

Ce récit autobiographique est construit par succession de courts chapitres, développements d’une idée, d’un thème. Le titre d’ailleurs n’a pas toujours à voir avec le contenu, et entre la première phrase et la dernière on peut avoir balayé plusieurs sujets. L’écriture est fluide, allant à l’essentiel. On voit très bien les lieux, les personnes évoqués. Cependant il y a beaucoup de redites entre les chapitres, comme s’ils avaient été écrits à plusieurs années d’intervalles et agglomérés en un recueil sans relecture.

Un paragraphe m’a fait sursauter. Mme Chapsal y donne son point de vue sur le mariage homosexuel, parfaitement conservateur et décorellé du monde. Elle parle de valeurs bafouées et le compare aux relations entre frère et soeur (!). D’abord cela tombe comme un cheveu sur la soupe au milieu du reste du récit puisque nul part ailleurs elle ne parle d’homosexualité, d’évolution sociétale ou de politique. Ensuite son propos parait caduque de la bouche d’une femme qui a largement outrepassé ce qui est attendu habituellement du mariage. Là aussi je me demande quelle relecture l’éditeur a fait de ce texte…

Il est en tout cas intéressant de se promener dans une une scénarisation de soi singulière: ici par souvenirs transformés en espèces de petits tableaux. Madeleine se présente principalement comme victime de la jalousie, des désirs et des trahisons des autres, mais victime presque consentante. Ce qu’il en est de ses propres faiblesses et mauvaises actions, nous n’en saurons rien. Mais la question nous est posée à chaque page: sur qui peut-on vraiment compter?

Lever du dimanche.

Tu l’entends avant même qu’elle soit dans l’escalier. Ce côté instinctif t’étonne toujours. Mais quand elle ouvre la porte de ta chambre il est encore trop tôt. Tu acceptes qu’elle envahisse ton lit pour serrer son corps chaud contre toi, et vivre encore un peu cette proximité des peaux qui ne durera pas. Les souvenirs des premiers jours te reviennent, lorsqu’être dans tes bras était toute sa vie. Tu regrettes déjà d’avoir cherché si vite à reprendre ta liberté, et aujourd’hui c’est elle qui rationne ses câlins.

Tu as des principes, 6h45 un dimanche matin ce n’est vraiment pas correct. Mais te rendormir avec cette enfant sous ta couette est perdu d’avance. Quelques minutes grapillées cheveux emmêlées, mains contre le dos et respirations accordées… Puis elle sort de l’étreinte, gigote, ses pieds sont de petits marteaux en perpétuel mouvement, ses bras n’ont jamais pris tant de place. Tu tentes de voler encore quelques instants les yeux fermés, avant de te résigner. Il va falloir se lever.

Ta responsabilité de mère devrait suffire. Tu as en fait besoin d’un moteur plus fort pour quitter l’insouciance du sommeil et endosser ton rôle de la journée. Celui qui te demande patience, rigueur, empathie, inventivité. Alors tu penses à la prochaine pause, la sieste d’après déjeuner. Tu décides de l’endroit où tu passeras cette heure – ton lit – , de commencer le nouveau roman posé sur ton buffet et de fermer les yeux jusqu’au prochain câlin.

Tes pieds trouvent les chaussons, tu tends les bras vers les rideaux: la journée peut commencer.

Octobre est le mois du dessin, du moins sur les réseaux, sous le hashtag #inktober. Chacun.e se challenge, en dessinant chaque jour, la plupart du temps en suivant une liste de thèmes. C’est comme ça que je suis tombée sur la liste d’Alessandra Criseo (@mais2_art).

Je ne dessine pas. Mais pourquoi pas écrire, chaque jour, un poème, une description, un billet d’humeur, que sais-je! En tout cas venir ici chaque jour, faire jouer ma plume.

Ce week-end j’écris sur l’envie de se lever.

#mais2thinkanddraw #memymuse

Le vieux lion

Il entre dans la place. Le silence se fait.

Chacun le toise. Son allure accroche la rétine.
D’un commun accord, tous le placent au-dessus de la mêlée. Il les surpasse, c’est sûr.

La conscience de sa position est réelle. Ils voient leurs yeux, leurs nuques légèrement affaissées. Sans même s’en rendre compte il redresse la tête et bombe le torse.
La responsabilité le tient debout.

Pourtant, dans son cœur, la peur a pris ses quartiers. Ce n’est pas nouveau et ça ne changera plus. On compte sur lui, on le proclame magicien, grand solutionneur. Mais lui aussi s’inquiète, lui non plus ne sait rien.

Alors il fait comme toujours, et c’est ce qui l’a conduit jusque-là, il parle plus fort, il frappe du point sur la table et il ment en regardant droit dans les yeux. Cela doit convaincre les autres autant que lui-même.

L’assurance reprend le dessus un moment, réchauffe le cœur et illusionne le cerveau. Des idées bourgeonnent, il les cueille sans attendre et les jette devant lui. Comment ne pas croire celui qui a réponse à tout? Il suffit de parler, sans arrêt, sans blanc dans lequel le doute trouverait place.

C’est comme ça qu’on devient, et qu’on reste, chef de meute.

Octobre est le mois du dessin, du moins sur les réseaux, sous le hashtag #inktober. Chacun.e se challenge, en dessinant chaque jour, la plupart du temps en suivant une liste de thèmes. C’est comme ça que je suis tombée sur la liste d’Alessandra Criseo (@mais2_art).

Je ne dessine pas. Mais pourquoi pas écrire, chaque jour, un poème, une description, un billet d’humeur, que sais-je! En tout cas venir ici chaque jour, faire jouer ma plume.

Hier nous étions le 7 octobre, j’ai écrit à partir de mon signe du Zodiac.

#mais2thinkanddraw #memymuse