Décider pour soi.

Sans ordre et comme ça me vient, je voudrais:

  • m’occuper du mieux possible de mes enfants
  • être une super amante pour mon homme
  • être la meilleure amie de cet homme
  • avoir une carrière intéressante
  • être musclée, sculptée
  • manger sain
  • manger équitable, local, fait maison, sans gaspillage
  • savoir me coiffer
  • assortir mes tenues à mes bijoux
  • décorer ma maison
  • sortir et m’encanailler
  • être une bonne vivante
  • rester des journées entières avec un livre, sous un plaid
  • écrire, écrire, écrire bien, de mieux en mieux
  • apprendre à dessiner
  • danser
  • profiter de mes amis
  • prendre soin d’eux
  • me rapprocher de ma famille
  • prendre soin d’elle
  • jardiner
  • lire la presse
  • retenir tout ce que je lis
  • être une femme idéale
  • me foutre des dictats et ne surtout pas chercher à être une femme idéale
  • ne pas compter les verres de vin et les parts de gâteaux au chocolat. Et surtout oublier que je ne les compte pas
  • m’aimer
  • être aimée
  • être libre. Vraiment.
  • être reliée à ceux qui comptent
  • qu’on puisse compter sur moi
  • ne devoir de comptes à personne
  • .
  • ..

Cette liste prend étrange tournure.

Je crois comprendre d’où vient ce constant sentiment d’inconstance,

cette culpabilité de ne pas être assez volontaire ni persévérante

ce goût râpeux trop souvent sur ma langue.

C’est le bordel dans ma tête.

Mais là dans ce début de fouillis mis en mots, commence à poindre une ligne directrice. Moi. Je suis là, sous les désirs des autres, sous les injonctions des biens pensants à la mode, sous l’éducation qui m’a faite, sous les certitudes qu’un jour j’ai crue miennes et qu’aujourd’hui je veux déconstruire.

Je vais continuer cette liste, je vais faire la poussière sur mes étagères trop remplies, je vais remplacer l’obsolète par les bonnes idées qui ont poussé dessus. Je vais mettre plus de moi dans mon cockpit secret. Et me réinstaller aux manettes.

« Go! Voguons moi et moi, à la conquête de l’univeeeeeeeers!!!! »

Si belle.

Sa peau veloutée sent la cacahouète. Le creux de sa hanche annonce le mont de ses fesses. Ses jambes ne battent pas le pavé, elles soulèvent et font danser les herbes volantes et le pollen qui épaissit l’air de la ville. Elle habite le monde.

Dans ses yeux l’énergie, sur sa bouche la gourmandise, dans ses cheveux la volupté des ébats, derrière son oreille les mots suaves partagés. Il voudrait la croquer, lécher chaque centimètre carré de son corps, la posséder toute entière. Il la trouve si belle.

– J’ai encore grossi. Je le sens ma robe me boudine, j’ai l’air d’avoir 50 ans sous ce gras. Ma peau respire la fille qui se relâche. Négligée, j’ai l’air négligée. Je suis négligée. Comment font-elles les femmes, les vraies femmes qui gardent leur ventre plat, leurs bras longilignes, leurs jambes musclées? Comment font-elles pour se coiffer si bien, pour s’habiller avec tant de goût? Je suis si moche.

Une femme, il aime une femme et c’est si bon. De sentir son corps doux, vibrant. De visiter ses paysages toujours inattendus, qui éblouissent à chaque fois, au détour d’une épaule, dans le creux d’un genou, entre les seins gonflés, au sommet du mont de Vénus. Elle est si désirable. Quelle chance d’être accepté d’elle.

C’est si beau de la voir bouger, se déplacer, porter, cuisiner, révasser, dormir, caresser une joue, croquer dans un dessert, savourer un vin, danser dans la cuisine, pleurer de bonheur, crier de colère, rire de toutes ses dents, proférer des injures injustes, lire les yeux plissés, se hisser sur la pointe des pieds pour attraper le chocolat, s’accroupir pour faire une grimace à l’enfant sur son tapis. Plus les années passent plus son regard est plein, plus ses gestes sont assurés, plus ce corps est habité. Se doutent-elles du pouvoir qu’elle a sur lui?

– Le temps passe et je me flétris. Où est passée la fille légère et sans défaut qui était moi ? Comment ai-je perdu ce corps facile à habiller, cette peau tendue, cette fluidité des mouvements? Je me sens avachie et molle. On ne voit que ça. Je dois faire pitié.

Elle est si forte. Elle porte ses rêves, elle construit sa vie. Elle étreint ceux qui ont besoin d’elle, elle se couche après les autres pour finir une tâche, elle se lève avant eux pour choisir un vêtement, dessiner un œil coquin. Elle exige d’elle-même le sourire face aux événements, l’action face aux difficultés. Elle choisit de construire son bonheur, tous les matins quand elle éveille son corps pour la journée qui arrive.

Il le voit dans chacun de ses gestes, dans les nuances colorées de sa peau, dans les nouveaux pleins et déliés de sa silhouette. Il sait ce que veut dire ce pli au coin de son sourire, ces griffures rouges sur les hanches. Il est si fier de faire parti de ces événements qui l’ont construite. Que tout le monde le voit! Que ce corps crie au monde leur amour!

Comment faire pour me reprendre?

Comment continuer de la faire rire?

Pourrais-je m’accepter un jour toute entière?

Faire silence.

Il n’en peut plus.

Ses pensées ne peuvent plus donner quoi que ce soit, elles vont et viennent comme les vagues sur la plage, sans qu’il puisse les saisir.

Cette chaleur tout à coup, l’impression d’être une cocotte minute. Le bruit, les données qui se succèdent, jamais le silence, jamais le vide. Il est plein. Il va déborder.

Je me lève avec la radio. Elle me réveille puis me tient compagnie sous la douche. Quand mes mains sont libres je navigue sur mon téléphone. Dans les transports j’écoute mes podcast fétiches. Arrivé au bureau, après les discussions de machine à café ce sont les mails, toute la journée les mails, interrompus par des essais de tâches de fond. Puis le soir cela recommence dans l’autre sens, podcast, internet, série et musique pour trouver le sommeil. Desécrans-dutexte-duson-desimages-desmots-dits-rédigés-affichés-hurlés-desconcepts-desinfos-desnouvelles-deslike-desmiley-lafamille-lesinconnus
WHAAAAAAA!

Il est 7h et il éteint la radio aussitôt qu’il ouvre les yeux.
Le silence de la salle de bain est de la même chaleur douce que l’eau qui coule sur sa peau. Les muscles se détendent, il repense à cette fille croisée à Nation et ça lui donne un peu plus chaud encore. Il sourit.

Le bruit de la cafetière semble si vivant, tout comme son odeur amère qui mêlée à celle des miettes noires du fond du grille-pain annonce le commencement de la journée.

Manger avec pour accompagnement les bruits des autres appartements (l’eau qui coule dans toutes les tuyauteries, Télématin au 5°gauche, les cris des parents pressés au 5°droite, les éboueurs au pied de la fenêtre et la porte d’entrée qui claquera 43 fois) c’est être au cœur de la vie de l’immeuble.

A Nation il se croit dans un film de Woody Allen et il cherche la fille.
Mais couper ses prothèses numériques ne transforme quand même pas la vie en comédie romantique.

Avec son deuxième café, au bruit de gobelet éjecté des circuits cette fois, il écoute pour la première fois Pierre parler de son petit garçon.

– Ce gars a une famille?! Mais depuis quand?

Devant son ordinateur il prend la grande décision de ne lire ses mails qu’en arrivant puis de se plonger dans ses vraies tâches pour de bon. Il se sent compétent, concentré, grand, fort…

Je suis génial.

Comme il a du temps et l’esprit clair en arrivant chez lui, il décide de rappeler enfin son frère qui lui avait laissé un message il y a 10 jours. C’était sympa.

– C’est vrai que c’était cool.

Après avoir regardé un film, et pas seulement vu comme il faisait en checkant ses fils d’actualité divers hier encore, il décide de reprendre un abonnement au cinéma. Un pour deux personnes.

On sait jamais.

Il se couche, fatigué mais pas vidé. Il n’aurait jamais cru que faire silence le nourrirait autant.

Accoucher est toujours héroïque.

Il se trouve que mon deuxième accouchement a eu lieu sans péridurale, sortie du bébé par « voie naturelle » comme disent les pro et les mamans. J’en avais l’envie, entourée de plein de si (si CA ne dure pas trop longtemps, si LA Douleur n’est pas trop grosse, si Je le sens sur le moment…). Et cela s’est fait.

A la maternité, puis lors de mes divers RDV médicaux post-partum, tout le monde me félicitait. « Bravo c’est courageux! » « Vous avez réalisé une sacrée prouesse! ». Une sage-femme que je n’avais vue que quelques minutes en étant prise en charge aux urgences est même descendue en salle de naissance après pour me féliciter en personne d’avoir mené à bien « mon projet ». J’avais l’impression d’être une héroïne, Laure Manaudou au sortir du bassin après un record battu devant les caméras du monde entier.

Ayant vécu un premier accouchement avec péridurale, je me crois en bonne position pour donner un avis. Et puis, j’en ai envie.

En me posant calmement plusieurs semaines après ces événements, et en examinant rationnellement mon expérience personnelle de l’accouchement (environ 25 heures en cumulées, l’équivalent d’une bonne formation professionnelle), me vient cette analyse toute simple et modérée:

WHAT THE FUCK?!

Ou en langage plus profane,

c’est quoi le délire bordel?!

Alors là dans ma tête c’est la tempête Irma, toutes les idées me viennent d’un coup, englobées dans un sentiment de colère ininterrompu. Mettons-y un peu d’ordre.

1- Accoucher est toujours une expérience traumatisante pour le corps.

La douleur, aucune femme qui parle de mise au monde ne l’oublie dans son récit. Quelle ai lieu pendant les semaines de grossesse par des maux divers, et/ou pendant l’accouchement, pendant les heures de travail et/ou au moment de la délivrance, et/ou après lorsque le corps doit se remettre d’avoir sorti un être vivant de quelques grammes à quelques kilos, par « voie naturelle » ou par césarienne (à croire que la peau de l’utérus et la paroi abdominale ne sont pas naturelles… bref).

J’en ai vues, et lues, des femmes qui ayant accouché par césarienne se rappelaient longtemps ce moment par des douleurs lancinantes et une cicatrice difficile à cacher. Des femmes ayant eu une péridurale, mais devant supporter plusieurs semaines après une douleur si grande au périnée qu’elles ne pouvaient plus s’asseoir ni marcher.

Moi même j’ai eu le temps de bien sentir dans ma chaire ce qu’était le « travail », pendant les sept premières heures avant que l’on puisse me poser le fameux analgésique, mais aussi les suivantes et jusqu’au grand déchirement final. J’ai pleuré, j’ai crié, j’ai juré qu’on ne m’y prendrait plus, pendant mes deux accouchements tout autant.

Et je choisis ici de ne pas parler des souffrances psychologiques, pouvant aller du baby blues à la dépression sévère, choisissant leur proie au hasard et demandant beaucoup de force et de courage pour en guérir.

2- Quelques avantages de la non péridurale quand on peut accoucher par « voie basses »(autre nom pour dire par le petit trou du vagin, comme « voie naturelle »).

Pour être tout à fait transparente, en comparant mes deux expériences, et sans vouloir les élever au rang de vérité universelle, je retenterai le « sans péridurale » si j’étais assez folle pour me relancer dans une grossesse si la vie m’offrait un troisième enfant.

Pour une raison toute simple, mon corps s’est beaucoup mieux remis. Sans doute parce que j’ai pu bouger comme je voulais pendant tout le travail, et sentir les mouvements adéquates à faire avec plus d’instinct et de sensations, évitant ainsi les courbatures et douleurs musculaires post-crispation que j’avais connues suite à la péridurale.

Petit détour rapide pour casser un mythe cependant (mythe auquel tu t’intéresses si toi même tu te prépares à pondre un mini mammifère, sinon il est quand même moins connu que celui d’Hercule, par exemple). Je me suis préparée à la naissance de mes filles en faisant de l’haptonomie, sciences qui te permet de communiquer et de jouer avec ton bébé in utero. (Enfin lui il est in utero, toi tu restes gentiment de l’autre côté de la porte. Mais ça marche, pour de vrai.) J’ai fait du yoga. J’ai lu un bouquin sur la gestion de la douleur sans analgésique. J’ai écouté les méditations de Christophe André. Et le papa s’est formé aussi et s’il souhaite se reconvertir, franchement c’est le meilleur coach en accouchement que je connaisse. Les sages-femme voulaient toutes me le piquer des papillons dans les yeux (pour le boulot ou plus, je n’ai pas demandé…). Bref, j’étais « préparée » pour un accouchement physiologique, celui que tu as la chance de pouvoir choisir en toute sécurité si tu vis dans un pays avec un bon système de santé. Dans d’autres endroits les femmes prient simplement pour ne pas mourir, ni leur bébé.
Mais donc j’étais la bonne candidate pour me passer de péridurale et faire partie du mythe de la naissance douce, naturelle, beaucoup plus simple et sereine pour ton bébé.

Mwahahahaha!!!!

J’ai déjà écrit plus haut non j’ai pleuré, j’ai crié, j’ai juré qu’on ne m’y prendrait plus?
Je rajoute:
– j’ai mordu tout ce qui me passait sous la dent, bras de mon mec inclus
– j’ai engueulé la sage-femme (pourtant super, mais quand elle m’a dit que ma seule chance pour m’en sortir était de faire sortir le crâne et les épaules qui dépassaient de mon col, alors que moi je voulais juste qu’on arrête le schmilblik et qu’on me laisse pioncer tranquille, j’avoue que j’ai haussé le ton)
– j’ai hurlé « Sortez-moi de cette baignoire de dilatation je vais mourir dans votre truc si on me laisse une minute de plus! »
– je n’ai jamais réussi à m’accroupir vraiment ni à utiliser une quelconque position « physiologique-tu-vas-voir-accoucher-c’est-naturel-et-merveilleux-si-tu-écoutes-ton-corps »
D’ailleurs une fois que tout était fini et calme (je confirme, une fois que la tête et tout le reste sont sortis de ton vagin tu te sens beaucoup plus zen, la nature est pas si mal faite…) la sage-femme m’a dit
« Votre accouchement m’en a rappelé un autre fait il y a quelques jours dans un dispensaire au fin fond d’un pays d’Afrique où je vais en tant que bénévole. Cette femme aussi avait complètement perdu pied. »
!

Donc si je peux conseiller à quiconque de choisir cette option, c’est surtout pour les avantages APRES. Dès l’enfant posé sur moi, j’étais d’aplomb et prête à vivre mon bonheur de mère. Pas de vapes, pas de tuyaux dans le dos qui me gênaient. Avec la médicalisation accentuée de la péridurale, j’avais l’impression d’être une malade et cela créait en moi sentiment de faiblesse et d’infériorité par rapport au corps médical. Sans cela, je me suis crue plus maitresse de la situation, et tout simplement jeune accouchée qui se dit « ça c’est fait, aller la suite, Hop on y va! ». C’est très psychologique et personnel, difficilement exprimable et si tu ne comprends pas ce que je veux dire ce n’est pas grave, je passe à la partie 3.

3- Comment accoucher est-il devenu un défi à relever et un élément de comparaison entre mères?

Dans mon cercle rapproché, et par les choix de professionnels de santé que j’ai fait, l’accouchement par voie basse et sans péridurale est clairement le Graal. Il est prôné pour des vertus médicales (travail plus rapide, moins de déchirures et d’épisiotomie) mais aussi (et surtout?) pour des combats idéologiques (les femmes reprennent le contrôle de leur accouchement, le bébé n’est pas abandonné tout seul à la douleur quand la mère se prélasse tranquille avec son anesthésie (LOL tu l’as compris.) ). Loin de moi l’idée de juger les choix de quiconque à ce sujet, chaque couple est libre, et je suis bien placée pour savoir que cet événement est tellement énorme dans une vie qu’on a le droit de le préparer de la manière que l’on juge la plus appropriée.

Moi-même j’ai voulu tenter l’aventure de la non péridurale, et les circonstances m’ont permis de la vivre dans les meilleures conditions possibles en France en 2018.

Mais vraiment, vraiment, vraiment, en quoi suis-je plus méritante que celle de la salle d’à côté qui avait une anesthésie, ou celle de la salle d’opération qui subissait une césarienne?

Surtout pourquoi lorsque j’ai accouché avec péridurale personne ne m’a félicité comme on l’a fait alors? Pourquoi ne m’a-t-on pas dit « Bravo madame vous avez vécu plus de 16 heures d’accouchement, vous allez devoir vous remettre d’une cicatrice à l’endroit le plus intime et le plus sollicité de votre corps, de 9 mois de grossesse et tout ça sans vous reposer sur vos lauriers car il y a ce bébé qui a besoin de vous en forme. » ?

Quand est-ce que accoucher naturellement est devenu un fantasme porté par tant, une image d’Epinal de la femme naturelle, sorte d’Eve béate dans son jardin d’éden malgré les marmots qui lui déchirent les entrailles? Savent-ils qu’un demi million de femmes meurent chaque année de leur accouchement, principalement dans les endroits du monde où les naissances ont lieu de façon naturelle?

Si je me tourne vers mon propre cas, le seul sans doute sur lequel je sois légitime pour parler, je crois qu’il me fallait me prouver quelque chose. Je sais bien que je suis une petite femme bien à l’abri dans mon monde occidental, à la vie facile. Et je tenais là, encouragée par des sage-femmes militantes, une occasion d’être autre chose. D’être une sorte d’Amazone immortelle, une femme forte qui défie les épreuves de la vie, et sans se plaindre s’il vous plait. Reste de ce rêve sans doute, lorsque j’ai été recousue, sans analgésique donc, avec un fil qui ressemblait au contact à celui qu’on utilise pour ficeler un rôti, j’ai souri en me prenant pour Rambo.

Non mais franchement?!

Donner la vie est quelque chose de magique si on l’a voulu et qu’on y arrive.
C’est une épreuve, toujours et quelle que soit la forme. Alors que tu aies eu ton enfant en accouchant par césarienne ou par voie basse, avec ou sans péridurale, bravo tu es une héroïne.
Et ne l’oublies jamais car ce n’est que le début d’une aventure bien plus grande, bien plus difficile et qui demande bien plus de courage encore, celle d’élever un autre être humain.

Attendre du printemps.

Attendre le soleil d’abord surtout oh oui le soleil.
La lumière qui se réveillerait avant nous, préparant notre lever en parant la rue de gaieté. Elle dirait dans le salon « Bonjour! », dans la cuisine « Bon matin! » , dans la salle de bain « La journée sera belle, profites-en. »

Attendre le chant des oiseaux dans les arbres rhabillés. L’herbe verte partout où elle peut pousser. Les fleurs toutes petites qui percent l’asphalte et le pied des arbres.

Attendre les jours les plus longs, les soirées qui n’en finissent pas, et les plats de fruits sucrés à manger dehors. Le temps doux qui nous déshabille, les chemisettes fines parfois soulevées par une brise légère, les jambes trop blanches dévoilées avec gourmandise.

Faire des balades à n’en plus pouvoir, marcher au bord de l’eau douce, salée, calme, tumultueuse, dans les sous-bois un peu frais, dans les parcs trop remplis, dans les champs vides. Faire des haltes, souvent, aux terrasses des cafés, au bord des fontaines publiques, sur les parvis des gares, profitez du bus en retard pour rester un peu plus là, dehors.

Faire des fêtes pour rien et de rien. Boire un coup, manger un gâteau, grignoter des tapas, sortir le barbecue. Et inviter des amis, des voisins, mettre une nappe comme on ne le fait jamais et des bougies dessus, des fleurs dans les vases, une bonne bouteille et du saucisson.

Croquer les tomates rouges, ranger les légumes racines qu’on ne peut plus voir.
Faire son lit de draps légers, ranger les couvertures polaires.
Eteindre la télé et faire l’amour sur le canapé.

Vivre et ne plus penser. Ne plus attendre.
Vivre ce jour de printemps ensoleillé ou pluvieux, en tenue légère ou encore en manteau.

Vivre cette ville où le vert est trop absent, et lever le nez pour constater que le ciel est bien là quand même. Vivre le quotidien qui ne ressemble pas encore aux vacances, et ouvrir ses yeux pour voir qu’il est beau pareil. Vivre ce que l’on choisit et ce que l’on ne choisit pas. Mais choisir plus.

Faire son printemps.

Pourquoi j’écris.

Qu’est-ce qui fait qu’on a besoin de prendre un stylo et de sortir des mots?

Je vais devant vous glisser sur mon écran comme on surfe, et prendre ce qui vient pour tenter de répondre.

D’abord c’est ça écrire, c’est laisser sortir les flots de ma pensée par mes doigts. En passant par l’outil d’écriture, elle prend forme et devient quelque chose de beau. De beau forcément oui car aimée, polie, créée par volonté.

L’écrit est alors autre chose que ce qui flottait dans mon esprit. Le contenu s’est affiné, transformé. Et les rebus sont étrangement réintégrés au matériau de départ et pourront fournir d’autres récits. Car quand on écrit on se rend compte que rien n’est figé ni sûr, tout est possible.

Ce que produit mon esprit chaque minute va, vient, vit et telle l’eau de l’océan prend 1000 formes pour 1000 voyages.

Ensuite je regarde ce qui est produit, l’examine en toutes coutures, puis sort couteau et lame pour terminer en détails l’Œuvre. Lorsque je suis plus satisfaite que sceptique, je dis: « c’est fini! ».

Mais quel plaisir cela apporte-t-il?

En fait je ne sais pas. J’écris comme je marche dans la rue, parce qu’il le faut, parce que c’est ma vie, parce que je suis bien quand je le fais et après aussi. Je sens que cela me nourrit, que c’est mon carburant et mon bonheur, une des activités qui fait que j’aime vivre.

Quand j’écris pour moi seule, je médite, j’examine, j’essaie de me comprendre. Et je prends de la hauteur. Ainsi ce que je vis m’apprends et je me vois bouger, changer, peut-être devenir une meilleure version de moi-même.

Quand j’écris des phrases courtes sur un réseau social, je veux souvent divertir et alors je joue avec la réalité. Les traits sont amplifiés, les faits remodelés, j’invente une petite histoire en quelques signes. Je produis une sorte de strip dessiné de lettres. Alors je me fais rire, ou hurler, tout en sentiments forts, d’abord pour moi et si cela marche sur d’autres aussi, tant mieux.

Maintenant que j’écris ici, qu’est-ce que je cherche?
Je continue à marcher, simplement. Mais je prends un sentier que je ne connais pas encore, un peu différent de ceux que j’arpente d’habitude.
Je cherche le plaisir de découvrir de nouveaux paysages, la griserie d’un effort plus dense qu’au quotidien, un défi aussi lancé à moi-même.
Alors écrire devient une activité plus choisie, plus guidée, « Et qu’ça m’plaise! ».

 

Se débattre.

Elle se voudrait forte et ancrée dans le sol. Mais elle n’est que fétu de paille ballotté par le mauvais vent.

Un embryon recroquevillé au fond d’un utérus, voilà la place qu’elle voudrait reprendre. Mais elle ne le peut, ni pour de vrai bien sûr ni symboliquement. Ce serait s’avouer vaincue. Non, avouer aux autres plutôt qu’elle est faible. Et ce n’est pas l’orgueil qui la retient. Elle sent que cet aveu finirait de la mettre à terre. Un dernier coup de massue qui la ramènerait définitivement à l’état de boule trainant au sol, dans un coin oubliée.

Alors je me débats au quotidien pour incarner celle que je dois être et m’arracher à ma vraie nature qui m’appelle sans cesse. Je ne sais pas s’il serait plus doux de tout lâcher mais je sais que si j’abandonnais une fois je ne pourrais pas revenir en arrière.

Le vent est particulièrement fort ce soir.

Elle lutte.

Demain l’accalmie lui donnera un nouveau souffle.

– Comment font les autres? Eux aussi cachent-ils au fond d’eux une lâcheté enfantine?

Si chacun refusait de jouer le rôle que les ans et l’âge lui ont assigné, que serait le monde? Jamais elle ne le saura.