Souvenirs involontaires -Retour de lecture

Je ne me souviens pas pourquoi j’avais décidé de lire du Madeleine Chapsal. Cela a un rapport avec mes cours d’écriture créative et mon envie de me nourrir de récits d’autrices. Dans ma médiathèque de quartier il y avait son autobiographie, Souvenirs involontaires. Ça tombait bien. J’aime lire des auto et biographies, et j’aime lire sur l’écriture. À 95 ans et une centaine de livres écrits, Mme Chapsal avait certainement des choses à me dire.

Je n’ai pas été déçue par la plongée dans un monde lointain, celui des intellectuels parisiens de l’après-guerre. Madeleine fréquente du beau monde, et l’on croise dans ses pages Françoise Giroud, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jérôme Lindon, Françoise Dolto, et bien d’autres journalistes, éditeurs, auteurs, psychanalistes, etc. Le mode de vie flamboyant constitue en soi un roman, pour peu qu’on vive très loin de cet univers. Les moeurs amoureuses, combinant beaux mariages avec amants et maitresses, reflètent pour moi une époque semblant révolue d’équilibre entre apparences et coeurs, « raison et sentiments ». Une certaine liberté d’esprit, où chacun.e veut accepter les différentes facettes des êtres aimé.e.s, leur laisser de l’espace.

La vie d’autrui questionne toujours la mienne. Comment est-ce que j’exerce, moi, ma liberté au quotidien? Suis-je satisfaite de ma propre vie amoureuse? Pourquoi est-ce que j’envie cette vie sociale animée, ces liaisons formant un riche patchwork? Mais on comprend vite que Madeleine subit plus qu’elle ne maitrise ses relations avec les hommes. Elle semble se plier à leurs désirs, accueillir leurs besoins plus que respecter les siens. On ne sait vraiment si elle en souffre, si elle aspire à autre chose. Mais elle conclut, plus de 70 ans après sa première nuit d’amour, « On naît seul, on vit seul, on meurt seul, mieux vaut l’accepter pour profiter de tout le reste. Jusqu’à en rire, car être seul, telle est la condition humaine! Et finir par s’en accomoder, par en tirer du bonheur en compagnie d’un autre solitaire, c’est peut-être ce qu’on appelle l’amour. »

Sur l’écriture l’autrice est finalement moins prolixe. Là aussi c’est pour suivre son mari qu’elle débute sa carrière de journaliste, et sur demande d’un éditeur qu’elle transforme un texte personnel en premier roman. Son envie profonde n’est pas très explicite. Elle se présente comme désirée, écrivaine de commande. Mais je prends note de son expérience de l’exclusion comme tremplin pour la découverte de soi et occasion de rencontrer des « personnes meilleures ». Virée de l’Express où elle travaillait depuis 25 ans, Madeleine Chapsal connait une traversée du désert. « Après plusieurs années de pointage au chômage, parvenue en fin de droits, refusée par tous les journaux, je me suis mise à écrire sérieusement des livres, et cela devint mon gagne-pain. »

Ce récit autobiographique est construit par succession de courts chapitres, développements d’une idée, d’un thème. Le titre d’ailleurs n’a pas toujours à voir avec le contenu, et entre la première phrase et la dernière on peut avoir balayé plusieurs sujets. L’écriture est fluide, allant à l’essentiel. On voit très bien les lieux, les personnes évoqués. Cependant il y a beaucoup de redites entre les chapitres, comme s’ils avaient été écrits à plusieurs années d’intervalles et agglomérés en un recueil sans relecture.

Un paragraphe m’a fait sursauter. Mme Chapsal y donne son point de vue sur le mariage homosexuel, parfaitement conservateur et décorellé du monde. Elle parle de valeurs bafouées et le compare aux relations entre frère et soeur (!). D’abord cela tombe comme un cheveu sur la soupe au milieu du reste du récit puisque nul part ailleurs elle ne parle d’homosexualité, d’évolution sociétale ou de politique. Ensuite son propos parait caduque de la bouche d’une femme qui a largement outrepassé ce qui est attendu habituellement du mariage. Là aussi je me demande quelle relecture l’éditeur a fait de ce texte…

Il est en tout cas intéressant de se promener dans une une scénarisation de soi singulière: ici par souvenirs transformés en espèces de petits tableaux. Madeleine se présente principalement comme victime de la jalousie, des désirs et des trahisons des autres, mais victime presque consentante. Ce qu’il en est de ses propres faiblesses et mauvaises actions, nous n’en saurons rien. Mais la question nous est posée à chaque page: sur qui peut-on vraiment compter?

Lire sur la condition féminine: roman afghan #FeminiBooksChallenge

Je me souviens de ce jour d’automne où j’ai refermé Mille soleils splendides. L’estomac noué, le regard comme plus ouvert sur le monde, le cœur poignardé. Ca te donne envie de le lire hein?

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Forcée d’épouser un homme de trente ans son aîné, Mariam ne parvient pas à lui donner un fils. Après dix-huit années de soumission à cet homme brutal, elle doit endurer une nouvelle épreuve : l’arrivée sous son propre toit de Laila, une petite voisine de quatorze ans. Enceinte, Laila met au monde une fille.

D’abord rongée par la jalousie, Mariam va finir par trouver une alliée en sa rivale. Toutes deux victimes de la violence et de la misogynie de leur mari, elles vont unir leur courage pour tenter de fuir l’Afghanistan.

Mais parviendront-elles jamais à s’arracher à cette terre afghane sacrifiée, et à leur ville, Kaboul, celle qui dissimulait autrefois derrière ses murs « mille soleils splendides »?

(Résumé babelio.com)

Ce livre est d’abord un voyage. Voyage en Afghanistan, de 1959 à 2003. Le récit commence dans un village de campagne, puis s’installe dans la capitale, Kaboul. A travers  la vie ordinaire de Mariam, le lecteur découvre l’histoire pour le moins agitée d’un pays. Conflit contre les Russes, guerres civiles incessantes, régime taliban, le tout sur pratiques religieuses et culturelles oppressantes. Particulièrement pour les femmes.

Ce livre est ensuite (et surtout) un grand récit de l’intime. Nous découvrons ce qui palpite au creux des deux femmes, d’abord chacune dans leurs vies, puis cohabitant sous le même toit, avec le même mari. Le style de l’auteur est particulièrement immersif. J’ai été envoutée, j’ai dévoré les pages.

Ce livre est évidemment une virulente critique sociale. Si les injustices de classe et de sexe sautent aux visages dès les premières pages, la violence envahit le récit avec une force croissante. Jusqu’à l’insoutenable. Une scène de torture domestique restera à jamais imprégnée sur ma rétine.

Ce livre enfin est un plaidoyer à la sororité. Sans grandiloquence ni aucun discours théorique. Par le poids de l’expérience simplement. Quand elles comprennent que le seul responsable de leurs malheurs est l’homme qui partage leur toit, quand elles acceptent de devenir amies, ces deux femmes changent de vie. Et révèlent toute leur humanité.

Ce livre est dur. Il est aussi plein de beauté, dans toutes les petites attentions que les opprimés peuvent avoir les uns pour les autres. L’ombre n’aura jamais aussi bien révélé la lumière.

Ecrire cet avis en cette période de confinement raisonne particulièrement. En revoyant Mariam et Laila dans leur enfer domestique, je pense à toutes mes voisines, proches et lointaines, dont le malheur ne franchit pas la porte. J’ai mal. Et plus que jamais je sais la nécessité d’être féministe.

Opalyne, que tu connais peut-être par sa chaine booktube éponyme, est à l’origine du FeminiBooksChallenge. Il s’agit de découvrir, tout au long du mois de mars, des livres traitant du féminisme. Romans, essais, BD, en France, en Afrique, pourquoi pas dans l’espace… 30 booktubeurs et auteurs de blogs te proposent chaque jour (mieux que le relais de la flamme olympique!) un ou plusieurs titres qui les ont marqués. Hier c’était Eole, demain RDV chez Mangeons les livres. Et pour tout savoir sur le challenge, rien de mieux que la vidéo d’Opalyne.

Voyage chez les femmes. L’expérience du film Les Rivières de Mai Hua.

les rivièresDeux enfants, aux bouches grandes ouvertes sur leurs rires et leurs quelques dents de lait encore accrochées. Des baisers à leur mère, sauvages, voraces, heureux, animales. L’écran transpire ce lien viscéral entre eux trois.
Voilà l’heure de quitter le nid pour rejoindre leur père, quelques jours dans un autre foyer.
Plan suivant, la mère, seule, caméra lui filmant le profil. On dirait qu’elle a tout installé pour nous parler. Mais qu’elle n’a pas réussi. Elle pleure.

Ces premières minutes du film Les Rivières de Mai Hua disent d’emblées « Mes choix impactent ceux que j’aime. Je les fais du mieux que je peux au moment voulu. Mais n’y-a-t-il pas une autre force qui agit en moi à mes dépens? Quand ces choix me rendent malheureuse, dois-je les assumer quand même? »
Mai pense être victime d’une malédiction familiale touchant les 4 générations de femmes dont elle est issue: l’incapacité à vivre des amours heureux. Pour briser la chaine et sauver sa fille, elle décide de partir à la compréhension de son histoire familiale, faisant parler les vivants et les morts.

Pourquoi ce film?

Mai Hua est coloriste, autrice de blog, vidéaste. Tout le travail qu’elle met à disposition en ligne montre son humanisme. Cette femme aime les gens. Elle les interviewe pour mieux les comprendre, leur fait la vie belle par son art des couleurs, offre ses réflexions et mots pour permettre à des inconnus de cheminer à sa suite. Tout est en accès sur son blog .

Ce film laisse libre court à ce savoir-faire.

Enquêtant d’abord pour elle-même, Mai comprend vite combien sa quête est universelle, et dès lors y intègre le récit filmé qui permettra le partage. 2 ans et demi de tournage, autant de montage. Le chemin pour renouer avec sa lignée est long. Car il nécessite de mettre en confiance ses proches, de se laisser le temps de la rencontre, puis d’intégrer tout ce qu’on aura découvert sur eux, et sur soi. La caméra, on le voit vite, est un outil précieux. Elle met d’abord à distance la fille qui a encore peur de briser les tabous et pudeurs. Elle semble aussi inciter les autres à « jouer le jeu ». Pas dans les faux-semblant, mais en allant au bout de la demande qui leur ai faite. Et quels échanges nous sont offerts! Quels cheminements découvrons-nous!

Le talent de la réalisatrice est de laisser du temps au spectateur également. Par des scènes longues, qui n’ont pas peur de prendre toutes les répétitions, incohérences, fulgurances des échanges familiaux. Par des images qui défilent, entractes autant que courts poèmes, pendant lesquelles on reprend son souffle. Toute la violence de ce qui est vécu s’apaise dans les musiques et couleurs choisies. Le film est aussi peu binaire que l’est la vie elle-même. Il est doux et percutant.

L’histoire de Mai est bien sûr singulière, ses blessures n’appartiennent qu’à elle. Cependant elle parle à chacun.e. Nous avons tous une histoire familiale, et son propos tend vers l’universel: qu’est-ce qui nous détermine?

Pour connaitre sa réponse, il faut voir Les Rivières.

Mon premier Cercle de femmes

Mai Hua diffuse son film par la vente en ligne directement au spectateur. Grâce aux nombreux retours positifs, des projections publiques s’organisent petit à petit. J’ai eu la chance de participer à l’une d’elles.

Chance car croyant qu’elles ne se faisaient qu’à Paris je n’en avais pas cherchées pour moi. Pourtant je suis le travail de Mai depuis quelques années, et mes réflexions personnelles sur la famille font que je m’intéresse particulièrement à ce projet-ci. C’est par hasard que je tombe sur l’annonce d’une projection, en présence de la réalisatrice, à côté de chez moi, en province 😉 . D’abord sur liste d’attente, j’obtiens une place. Les planètes alignées telles une flèche de Motel Tu dois voir ce film et participer à ce cercle de femmes! 3 jours plus tard j’y suis.

Pour la première fois Mai propose à l’issue de la projection, un temps d’échange entre femmes. Un espace pour partager les émotions mises à jour par l’œuvre cinématographique. D’abord timides, au fur et à mesure que la parole tourne nous nous livrons avec plus de détails. Chaque témoignage est unique mais débloque bien des questions tournant dans ma tête depuis longtemps.

L’ambiance bienveillante, douce et gaie que crée notre hôtesse y est pour beaucoup. Mai est dans la vie ce qu’elle montre sur ses réseaux numériques: d’abord simple, attentive à l’autre, prête à dévoiler ses fragilités pour mieux partager ses forces. Nous avons toutes envie de lui redonner la pareil, et nos paroles sont sincères pour mieux développer le propos du film. La majorité d’entre nous sont venues à deux, mais le cercle de 30 femmes nous est principalement inconnu, et ce qui est dit ne sortira pas de ce lieu. Cela aide aussi à oser. Surtout, nous comprenons vite que nos pensées intimes, souvent honteuses puisqu’il est question de devoir filial, de regret, de rejet, ce que nous portons depuis toujours comme des secrets sont le lot de toutes nos sœurs femmes.

J’ai eu et j’ai des amies femmes. Pourtant depuis que j’ai quitté l’adolescence et les longues heures étudiantes, j’ai vécu peu de moments où la parole touche autant l’essentiel de l’être. Pourquoi est-il plus facile de parler de ses hémorroïdes post-partum que de ses angoisses profondes de mère (et un retard de poussée dentaire n’en fait pas partie, savoir si on en fera un adulte aussi névrosée qu’on pense l’être oui)?
Le temps disponible pour créer le climat propice à ces échanges se réduit comme peau de chagrin avec les obligations quotidiennes. Les dîners à plusieurs prennent souvent le pas sur les rencontres interpersonnelles. Je pense cependant ces difficultés surmontables. Plus dures à briser sont les exigences de perfection intégrées, qui nous rendent très vulnérables aux « confessions ».

La sororité, mot à faire vivre dans nos bouches et dans nos relations.
La sororité, lieu de vie à bâtir.

Les hommes aussi ont une place là-dedans. Ils ressentent, souffrent, cherchent comme tout être humain.
Quelques heures après cette première expérience de cercle de femmes, me vient cette pensée. Il est bon de parler avec un homme de ses questions existentielles. Il est bon de parler avec un être élevé en femme dans un monde patriarcal, et dont l’utérus renvoie chaque mois à un rôle de transmission.

 

Lectures d’hiver

HIVER 2019

 

Tu sais si tu as lu d’autres choses ici, que j’ai testé les challenges littéraires, notamment le Pumpkin Autumn (tu peux lire mes retours ici, ici et ici). Et tu te doutes qu’avec mon besoin de moins d’internet, et de réseaux sociaux, je me suis retirée de ce type de courses. Mais mon goût pour la lecture m’amène toujours à suivre quelques booktubeurs, parce que j’aime voir des passionnés qui comme moi passent des heures le nez entre des pages, mais plus mordus et doués que je ne le suis le partagent en vidéo cool. Quand je veux faire une pause dans mon roman, je me mets devant ces capsules que je prends comme de multiples conseils de libraires ou copains. Et oui, dis-le vas-y, je fais grossir la liste de mes envies littéraires au lieu de consacrer ce temps à profiter de ceux que j’ai déjà chez moi… Même histoire pour les heures que je passe en librairie, à fureter et remplir mon panier, au lieu de me poser dans le café en face pour avancer le texte en cours.

En fait, chercher des livres, découvrir les lectures des autres, connaitre les titres du moment, ramener des nouveaux exemplaires chez moi, est aussi bon que de lire.

Pourquoi cette intro bien trop longue? Pour expliquer comment les 3 premiers romans que je vais chroniquer dans ce billet sont arrivés entre mes mains.

1- J’ai suivi les conseils entendus chez moult booktubeurs pendant des années et me suis lancée dans La Passe-Miroir de Christelle Dabos (fantasy destinée d’abord à un public collégien).

Et bien bingo pour moi aussi, j’ai plongée tête la première dans cet univers fantaisiste et étrange, curieuse de découvrir ses multiples recoins et habitants. L’héroïne est une jeune femme intrépide et tout aussi palpitante que son monde. Les intrigues humaines et politiques captent l’attention avec intelligence. La description des décors permet une immersion totale. Et le style convient très bien à un lecteur adulte (contrairement pour moi A la croisée des mondes, commencé en suivant mais abandonné pour « âge limite dépassé »).

 

2- J’ai voulu comprendre ce qui avait tant accroché Pikiti qui nous a fait suivre en vlog de Noël sa lecture de Dry de Neal et Jarrod Shusterman (Young adultes, futur apocalyptique).

Le thème principal abordé ici est « qu’est-ce qui fait mon humanité et jusqu’où suis-je capable de la porter avant de tomber dans la bestialité pour survivre? ».

Du jour au lendemain une zone entière de la Californie est privée d’eau courante suite à la sécheresse et une mauvaise gestion humaine. On suit une adolescente dans son quartier résidentiel privilégié et sa course pour trouver de l’eau. A tout prix? Certains prennent cette option, d’autres se demandent comment ils pourront continuer à se regarder dans un miroir et à côtoyer leurs voisins après. Différentes stratégies se mettent en place, égoïstes ou coopératives. Et j’ai trouvé cela bien dosé, réaliste.

De plus la narration, tant par son style que ses choix de péripéties, tient complètement en haleine. Vraiment une lecture addictive, questionnante, et totalement flippante!

 

3- Un conseil lecture de Bulledop est arrivé pile à une période où j’avais besoin de feelgood sans le savoir moi-même. Révélation devant sa chronique de Changer l’eau des fleurs, il me le fallait là maintenant (de Valérie Perrin, roman contemporain).

La plume de l’autrice et sa capacité à nous rendre ses personnages si proches en font une lecture captivante. C’est vrai que le personnage principal, cinquantenaire gardienne de cimetière au passé douloureux, agit comme un baume sur nos propres soucis. Les faits racontés sont loin d’être gais, mais on en ressort quand même rasséréné et optimiste.

Je crois que ce qui m’a touchée c’est la diversité des personnages, le récit de leurs vies, rêves, malheurs. C’est une galerie de portraits de gens ordinaires qui font du mieux qu’ils peuvent au quotidien. Et je me suis immergée dans le décor du cimetière, personnage à part entière, comme je serai partie en vadrouille. Lecture dépaysante et distrayante.

 

Voici ensuite mon retour sur un cadeau de Noël, Le Guetteur de Christophe Bolanski.

L’auteur cherche ici à mieux connaitre qui était sa mère, en remontant le fil de son existence au travers ses habitudes, rencontres et journaux intimes. Ce n’est pas linéaire, ça ne cherche pas à être absolument véridique. On ne sait pas si on lit la vie de cette femme ou ce qu’en imagine son fils.

Pas d’intrigues haletantes, pas de narration aux multiples actions et péripéties. Mais une plume qui happe. Tout en lisant sans pouvoir le fermer, je me demandais pourquoi j’aimais tellement ce récit. Le personnage principal n’est pas une héroïne, elle nous échappe jusqu’à la fin. Sans doute est-ce pour cela que j’ai aimé cette femme. Tout comme le narrateur, redevenu un enfant dans cette quête, partageant avec nous ses manques et douleurs qui jamais ne pourront être soignés. D’ailleurs est-ce elle ou lui le héros du récit?

Lors d’une de mes visites dans la librairie près de chez moi, je suis repartie avec la bande dessinée La saga de Grimr de Jérémie Moreau.

Difficile d’expliquer pourquoi un dessin nous parle. Mais ici le trait et les couleurs ont parfaitement joué leur rôle pour faire revivre cette Islande du 18° siècle, si rude et rugueuse. Le visage du héros, Grimr, m’a captée comme s’il cherchait à me parler directement. J’ai vécu ses coups durs et ses tentatives de rester libre. J’ai senti le vent, la morsure du froid, la faim et le poids du destin qui pèse si lourd sur les épaules.

Voilà pour mes lectures de décembre et janvier. Un bon cru!