Répondre à un drôle de défi

Un jour une bande d’inconnus se réunit complètement par hasard sur un réseau social pour répondre à un drôle de défi !

Ils devaient regarder la densité des milliers de brins d’herbe qui habillaient le petit jardin de vert et y chercher les mots pas encore chantant que leurs bouches rendraient mélodieux. Le vent les emporta dans ses mouvements ascendants à travers des paysages inattendus. L’un d’eux en perdit même une chaussure qu’un oiseau rattrapa au vol !

Avec une seule chaussure ils se sentaient plus libres, pleins d’imagination, et sans courir tels des enfants ils marchaient d’un pas plus dansant, de multiples possibilités dans la tête. Leurs mains les guidaient mieux que leurs outils dans la transformation de la matière en art. C’était comme une musique des doigts sur une peau humide, un désir naissant dont on ne savait se défaire, ou qu’il fallait assouvir, yeux grands ouverts et battements du cœur mesurés. Le soleil était aveuglant ! Ils respiraient avec calme des parfums exotiques et étranges.

Quand soudain un oiseau se mit à chanter, ce qui leur souleva le cœur, non de plaisir, mais d’une nostalgie agrippante, de celle qui vous attrape et tétanise, les mains crispées autour de la gorge et l’envie de hurler affleurant au fond de la langue.

Ils fermèrent l’heure du nuage qui les entourait et entamèrent la lente et indicible descente vers le réel ; mais la frontière entre le monde infini du rêve et celui du quotidien était devenue bien poreuse, le tangible ayant à jamais changé de couleurs.

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Cadavre exquis écrit à quatre mains, avec Eugénie Baylac, rencontrée dans le cadre du #defibrutal.

Cette semaine j’ai écrit chaque jour sur mes différents réseaux, portée par les challenges que lançait Alexandra Martel.
En ce dernier jour j’ai aimé partager l’univers d’une autre artiste en nous lançant dans cette musique surréaliste.
Merci pour cette belle aventure !

Mère

J’ouvre les volets et laisse entrer la lumière. Toute la lumière, le plus de lumière.
Alors je pars.
Épuisée
Douloureuse
Salie.
Qui a fabriqué un autre être humain,

Vulnérable ?
Viens dans mon cou que l’on se respire.
Se faire ouvrir en deux, puis prêter ses bras, sa tête, sa poitrine, soi en entier.
Offrir au monde.

J’ai envie de serrer cette mère dans mes bras
Et tout déferle comme une grosse vague gluante.

Mon cœur va lâcher. Et s’il tient ce sont tes entrailles qui vont se déchirer.
Je suis telle l’alpiniste qui a fait son plus haut sommet.
Je suis transformée, je suis résiliente, je suis moi en mieux.
Nous avons souffert.
Des machines
Devant être révisées.

Alors là dans ma tête c’est la tempête, toutes les idées me viennent, englobées dans un sentiment de colère ininterrompu.
J’embrasse le coin chaud derrière ton oreille. Je compte tes orteils et t’apprends à tirer la langue.

Tu me regardes fort. Si fort.

Douleur.
J’ai pleuré, j’ai crié, j’ai juré qu’on ne m’y prendrait plus.
Enterrée.
Il y avait de la vie là sous mon nombril.

Très vite la question se renverse. Que pousse-t-il lui, ce germe, cet embryon de vie ?
Que force-t-il en toi pour se faire sa place à lui ?
Des graines j’en ai plein le ventre.

Je me sens à nouveau faible incapable amputée
Mais j’ai peur de la faire pleurer.


J’ai pu bouger comme je voulais pendant tout le travail
Une image d’Épinal de la femme naturelle, sorte d’Êve béate dans son jardin d’éden
Malgré les marmots qui lui déchirent les entrailles.
Câliner ce bout d’humain et le laisser m’explorer le fond de l’âme
De ses yeux plantés dans les miens.

Lorsque j’entre dans le tramway après un escalier et un autre hall, je pleure presque devant les sièges tous occupés.
Quelque chose s’est allumé au fond de mes yeux.

Je porte maintenant la chaleur de ce corps partagé
comme un manteau qui protège de tout.
Je ne le savais pas

Angoisse

Je souffle et cale mon dos contre le dossier de la chaise.
Mes doigts eux continuent de trembler.
Je suis traversée d’une corde épaisse qui vibre
en moi
et ne peux la stoper.
Son battement varie en rythme
sans jamais laisser tout à fait mes organes au repos.

La chaleur s’étend plus ou moins
marée aux cycles brefs
qui bouscule mes prévisions.

Je voudrais être calme
je voudrais être rationnelle
je devrais être professionnelle
remiser ma peur à plus tard.

Est-ce qu’en l’écrivant je pourrais la dompter ?

Mes doigts eux continuent de trembler.

Ma rencontre avec un poème

Il y a quelques temps, dans le recueil de poésies féminines Quand les femmes parlent d’amour (Françoise Chandernagor, Editions Le Cherche Midi 2016), j’ai rencontré Denise Jallais. Son court poème Berceuse pour mon enfant mort m’a touchée comme peu de textes le font. Je ne suis pas la seule, il a été traduit dans le monde entier. Pourtant aujourd’hui aucune de ses oeuvres n’est encore publiée.

Au prétexte d’un atelier d’écriture, j’ai essayé de mieux la connaitre, je me suis imaginée qui elle était. Je vous livre mon poème.

Biographie de Denise Jallais

Il faut sans doute aimer la vie
Pour la peindre avec vibration
En si peu de mots
Et donner les vers à manger
Au lecteur en pleurs
Devant ton enfant mort.

Toi tu naquis en 1930 face à l’Atlantique
Et aux îles bretonnes qui y flottent en escadrilles.
Saint-Nazaire a le goût du fer le poids des caisses le bruit des cargos camions
La couleur des containers empilés.
Comment était ton Paris de femme adulte et journaliste et poétesse ?
Quelle odeur faisait-il au seuil de l’été 2020
Celui que tu ne vis pas
Quand ton dernier souffle s’envola ?

Être remarquée à 17 ans par Elsa Triolet et Aragon
Éditée déjà dans Les Lettres Françaises
Puis se marier à 18, remettre le couvert à 30
Avec un autre
Avoir cinq enfants
Et la folie d’écrire
Encore
Toujours
Plus
Sans froufrous
Au milieu des revues pour femmes de l’après-guerre
Qui se firent un peu féministes grâce à des plumes comme la tienne.

Tu fus récompensée du prix Louise-Labé pour ton œuvre poétique
Et du prix Jasmin pour tes critiques littéraires de parfums.
Joseph Kosma mit tes mots en musique
Ta fonction de Grand Reporter te donna de vivre des moments historiques
Et de rencontrer des Importantes et des Illustres
Nicole Corbassière Pompidou Hélène Lazareff Giscard entre autres.

Poétesse du sensible
Du Matin triste de L’arbre et la terre
Quelles couleurs donnas-tu à la mer ?
Je dois le lire.
Tes chevaux sont sauvages
Tu veux exalter la vie quotidienne
Tu racontes La Lionne assise et La Tsarine et La Princesse
Venise, juste en face.

Tu veux des Poèmes de vie
Celui qui fit ta renommée parle de ton bébé
La terre prête à pénétrer sa bouche
T’attendant sous les rosiers.

Moi aussi il me fit pleurer.