Jour 6

Réveil: bruits de cavalcade dans l’escalier des voisins. Tu reviens progressivement dans le monde réel. Encore une surprise quand ta conscience te rappelle ce qui se passe. Le monde se résume à ton appartement, dehors il n’y a que le gris et le silence. La boule reprend sa place au fond de ta gorge. Tu t’étires en fixant le plafond.

Pas de boulangerie ce matin. Tu n’es pas sortie depuis jeudi. Au lieu de te faire du bien, ces quelques pas dehors ont gravé sur ta rétine des images de fin du monde. Les gazouillis d’oiseaux comme seul bruit de vie, au milieu des rangées de maisons et immeubles en briques bien alignés. Les quelques voitures en circulation semblaient rouler trop vite, moteur crevant la mélodie à intervalles espacés, pneus crissant trop fort devant les feux rouges. Les conducteurs fuyaient quelque chose. Leur déplacement dans l’espace public était obligatoire mais devait durer le moins longtemps possible. Comme pour toi piéton hagard.

Le plus gros choc fut ce premier passant à descendre marcher sur la chaussée pour te croiser. Puis il y eut ta voisine âgée, nez dans son col de manteau relevé qui t’a fuie du regard sans un bonjour. Le silence dans ton petit commerce, la plupart des gens gantés de plastique, les moitiés de visages recouverts de masques verdâtres ou gris. Quand tu as remercié la caissière de continuer son travail, vous permettant ainsi de manger, ses yeux t’ont rendu ton sourire. Toi tu as pleuré sur le trottoir, tes bras lestés de courses « de premières nécessités « .

En claquant la porte de ton domicile, tu t’es adossée à ce pan de bois qui te protège du monde. Avant il représentait l’entrée de ton monde intime autant que le passage vers la frénésie de la vie, la rencontre et les découvertes. Une barricade, voilà ce que tu as vu en tournant la clef, et t’étonnes qu’il n’y ait pas de sacs de sable tout contre.

En coupant tes carottes en rondelles ce dimanche midi, tu regardes ta pièce de vie. Elle n’a jamais aussi bien portée son nom. Toute ta vie ici. L’appartement ne fera bientôt plus qu’un avec ton enveloppe de peau et de chaire. Tu es ce mammifère palpitant et ce sol carrelé, ce canapé qui a pris la forme de tes fesses, cette radio qui pense pour toi, cette fenêtre où tes yeux reviennent sans cesse.

-Finalement mon espace s’élargit. D’un corps d’1m70 sur 60cm je passe à 40m2 rempli d’air et d’objets divers!

Tu éteins les infos qui commencent à ressasser les mêmes « nouvelles » depuis 48h. Il y aura de moins en moins de choses à dire. La guerre se joue dans le confinement des chambres et les couloirs d’hôpitaux. Une routine s’est mise en place. Alors on se met à compter le nombre de verbalisations pour occuper le temps et les bandes sonores médiatiques. Il y a des gens qui « ne pensent qu’à eux », « ne comprennent rien » et continuent un semblant de vie sociale dans les espaces publics laissés aux chats errants et bourrasques de vent. Personne ne se demandent qui ils sont, combien font une balade d’agréments et combien menacent vraiment de sauter de la fenêtre de leur immeuble sans bouffée d’extérieur.  Puisqu’il n’y a rien à reprocher à un virus, déversons nos peurs, frustrations, incompréhensions sur des boucs émissaires humains. La chasse aux « méchants voisins » est ouverte!

Nina Simone. Pourquoi avoir attendu 6 jours pour faire raisonner sa voix? Ta respiration ralentit imperceptiblement. La lumière de la pièce te paraît plus chaude. Tu te félicites te t’être lancée dans ce modeste pot-au-feu. Cet après-midi tu feras le ménage. Après tout tu fais bien l’effort de passer sous la douche tous les jours. Ton extension de béton mérite elle aussi un peu de soin.

Cette première semaine était mon entraînement. Maintenant ça commence pour de bon.

Une partie de tes activités ne peuvent plus se faire, l’autre doit changer de forme. Mais la seule question est de savoir quelle personne tu as envie d’être pendant ce confinement.

 

 

Jour 1

Tu ouvres les yeux. En quelques secondes tu te rappelles. Aujourd’hui est le début d’un nouveau quotidien, que tu n’as pas choisi. Ca te noue immédiatement l’estomac. Toute cette histoire te parait tellement irréelle, tu te demandes si tu n’as pas juste une grosse gueule de bois. Non, hier soir déjà les temps n’étaient pas à la fête.

Il faut du pain. Pas encore besoin de papier autorisant de marcher dans la rue. Mais déjà le silence augmente ta nausée quand tu longes le boulevard. En passant devant le fleuriste, qui a fermé ses rideaux de fer pour une durée indéterminée, tu te demandes qui fait la liste des commerces vitaux. Tu aurais bien besoin de mettre quelques couleurs entre tes 4 murs. Tu les imagines se refermer autour de toi, sans issue offerte. Et tu ne sais pas comment tu vas le supporter. Alors tu traines sur les quelques centaines de mètres de ce trajet quotidien. Tu voudrais avoir besoin de pain à longueur de journées.

Est-ce par ce que tu n’arrives pas vraiment à y croire? Parce que tu ne veux pas te retrouver tout à fait couper du monde? Tu essaies d’élargir ton espace en harpantant les réseaux numériques. Sociaux. Tu te prends les angoisses des autres, l’agressivité de la peur et les conseils moralisateurs comme autant de mauvaises vagues frappant de plein fouet un marcheur sur la digue. Tu lances aussi tes propres maux, mais ça ne libère en rien ton estomac engorgé.

-Putain ça va être ça la vie?

Tu t’enfouies sous la couette, yeux rivés vers les nuages. Tu as « la chance  » d’avoir un vélux au dessus de ton lit. Oui, tu commences à chercher tous les détails faisant de toi une chanceuse, par rapport aux autres. Les mal logés, les non logés, les mal accompagnés, les vrais seuls. Tu as peur, tu as mal au coeur, et en plus tu culpabilises de ne pas être contente de ton sort de privilégiée qui va pouvoir lire, et glander, et « profiter de la vraie vie » tout son saoûl. La vraie vie…

-Ok, j’arrête les réseaux sociaux.

Tu fermes les yeux.

La vague, elle est aussi en toi.

C’est la tempête.

Ca gronde, ça chahute les entrailles, ça fait mal.

-J’ai mal! Merde!
Merdemerdemerdemerdemerdemerdemerdemerde!!!!!

Et alors ça coule par les yeux. Ca coule sur les joues, le menton, le long du cou, dans les lobes des oreilles.

Demain peut-être tu te lèveras pour faire face. Petit soldat de ta propre guerre.
Ce soir tu te retires. Ta tranchée ne pue pas la boue, mais à cet instant il y fait bien froid.

Une promesse

L’eau sur ton corps a bien du mal à effacer l’envie de te recoucher.
Ta peau est encore inerte, et tes muscles te font l’effet de petits loirs endormis blottis les uns contre les autres. Ton esprit essaie tant bien que mal de réveiller tout le monde.

Le petit déjeuner te parait bien long, étourdie par le flot de paroles sortant de ta radio et des membres de ta famille tout autour de toi. Ca piaille, avale, se plaint, renverse du lait, exige une tartine, chante, pleure, rit, attend une réponse mais tu n’as pas écouté la question.

Tout à coup le temps semble s’être recroquevillé, pouf!, t’abandonnant lâchement au moment le plus critique. Vite essuyer une bouche, vite la queue aux toilettes, vite les chaussures, vite remonter chercher cette veste, vite consoler celui qu’on a trop houspillé, vite ne pas s’oublier soi-même quelque part entre la cuisine et le seuil de la porte.

– Tout le monde dehors, poussez-vous je n’arrive pas à fermer la porte, là encore un peu descend la marche, merci, allez c’est bon.

Clac!

Il te faut quelques minutes, après avoir rassemblé ta troupe et commencé la marche.
Mais quand tu t’en aperçois, tout se remet en place en toi. Et le sourire retrouve ton visage. Il fait jour ce matin. Il fait jour à cette heure-ci.

– Enfin!

Et alors tu chantes à ton tour.

 

Courir.

On marche. Il y a des sols durs et gris, d’autres verts et humides. De l’herbe, j’adore. Je voudrais observer chaque brin. Au milieu il y a toujours quelque chose à trouver. Et c’est beau surtout, ces longues tiges aux nuances si diverses. Chacune est différente, je voudrais toutes les connaitre.

Ils ne m’en laissent pas le temps.

Je m’approche de l’eau.

« Non! Reviens. »

Je vais sur l’asphalte au milieu de la chaussée. Elle renvoie la chaleur du soleil et mes pieds claquent dessus.

« Non, il y a des voitures, c’est dangereux! »

On me tire par le bras.

Je dois rester dans le maigre espace qu’on me délimite, et aller tout droit, en avant. Toujours en avant, ne jamais s’arrêter, aller plus vite. On a un but, lequel je ne sais pas mais eux l’ont en tête et n’aiment pas que je les fasse dévier.

Ils me gonflent.

Je retourne vers l’eau.

« NON! »

Je vais sur la chaussée.

« Mais c’est pas vrai ça qu’est-ce-qu’on t’a dit?! »

Alors je regarde droit devant, là où ils veulent m’emmener. Et je cours.

J’entends qu’on me dit de ralentir, d’attendre. Ils ne savent pas ce qu’ils veulent.

Je me retourne pour les regarder. Ils sont lents et mal assortis à cette journée si belle et pleine de promesses. Les pauvres, si lourds. Leurs corps sont vieux, leurs mouvements sont balauds, leurs rêves sont aussi étroits que leurs trottoirs.

Et moi je vole. Je souris.

Elle me renvoie ce sourire, et là, elle rit. Elle se met à courir.

Je reporte mon regard devant, nous courrons. Nos cris s’envolent et repoussent les nuages. Le soleil est plus orange, l’air s’est adouci. Elle se rapproche. J’aimerais m’arrêter et me laisser aller dans ses bras. Mais plus tard. Son rire est si beau. Mêlé au mien c’est le son des anges.

Elle arrive à me doubler, elle s’arrête devant moi.

Elle n’a pas pu se retenir, elle.

Elle se baisse, écarte les bras.

Je lui fonce dessus. Et je m’enfouis dans sa chaleur. C’est bon…

Dans son cou ça sent le mer, le sel. Sa joue est douce. Je ne comprends pas bien ce qu’elle dit mais ça a le son de l’amour. Hmmmmm.

Elle se relève, son sourire me regarde, ses  yeux sont fiers de moi.

Nous reprenons la marche.

Des canards sortent de l’eau et viennent à moi. Je voudrais les toucher.

« NON! »

Allons droit devant.

 

Fantôme.

C’est une histoire de fantôme. Ca commence par un plancher qui grince. Il est minuit et dix-huit minutes. 25 novembre 2018. Tu frissonnes et ouvres les yeux.
Le vent dehors, sa plainte sur le toit, les arbres qui pleurent. Le rideau laisse entrer une lumière orange de crépuscule, là sur le mur en face de toi. Tu transpires, ton cœur s’accélère, tu es paralysé.

C’est une histoire d’enfance. Ca commence par un coup frappé sur le plancher au-dessus de ta tête. 25 novembre 1992. Un sursaut, tu es réveillé, tu regardes le plafond.
Paf encore un. On dirait un meuble que l’on a déplacé. Non, une jambe de bois qui traine derrière son propriétaire. Ou la lourde chaussure de l’arrière-tante boiteuse morte avant même la naissance de papa. Oui c’est ça, c’est le bruit d’un pied bot. N’est-ce pas le rire étouffé d’une revenante caché par les grincements du bois de la bâtisse?
Le bruit s’éloigne.
Le bruit revient. Ailleurs, moins haut, plus près… LA! Au bout du couloir. La claudication caractéristique. Tu peux déjà voir le corps décharné, la chaire qui pend, le regard mauvais. Béatrice, c’est ça Béatrice. Elle ne doit plus ressembler du tout à la photo en noir et blanc du gros album du salon. Elle doit avoir faim, et porter beaucoup de rancœur. N’est-elle pas morte à 27 ans, vieille fille moquée de tous? Les enfants ne lui crachaient-ils pas dessus dans la rue quand elle se portait jusqu’à la boulangerie? Les enfants, mais oui elle les a en horreur. Là elle t’a senti, elle est revenu pour toi.
Pas PAS pas PAS pas PAS.

Clac.
Blam.

AHHHHHHHHHHHHHHH!

C’est une histoire de souvenirs. Il est minuit et vingt minutes. 25 novembre 2018. La maison n’est pas la même. Le bruit est différent. Tu n’es pas seul dans ton lit. Mais tout est pareil: les boyaux qui se tordent, le corps tendu, les pieds qui cherchent la protection de la couverture, la main qui hésite à allumer la lampe de chevet, quand le choix entre voir et ignorer n’est pas si aisé.
Ce que tu n’arrives pas à déchiffrer, c’est que l’angoisse qui t’étreint cette nuit est d’oublier Béatrice, d’oublier le bruit de cette maison, de perdre le regard énigmatique de ta grand-mère au matin qui te raconte entre deux tartines qu’en effet, elle aussi entend untel et untel faire leurs vies au second étage quand les vivants dorment. Tu crèves de trouille de ne plus pouvoir raconter à tes enfants d’où ils viennent, de devenir, surtout, un adulte sans mémoire, un être sans histoire.

Alors tu refermes les yeux, tu sers fort le corps chaud qui partage ton sommeil et tu écoutes le battement dans tes tempes.

PaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAsPaSpAs

Si belle.

Sa peau veloutée sent la cacahouète. Le creux de sa hanche annonce le mont de ses fesses. Ses jambes ne battent pas le pavé, elles soulèvent et font danser les herbes volantes et le pollen qui épaissit l’air de la ville. Elle habite le monde.

Dans ses yeux l’énergie, sur sa bouche la gourmandise, dans ses cheveux la volupté des ébats, derrière son oreille les mots suaves partagés. Il voudrait la croquer, lécher chaque centimètre carré de son corps, la posséder toute entière. Il la trouve si belle.

– J’ai encore grossi. Je le sens ma robe me boudine, j’ai l’air d’avoir 50 ans sous ce gras. Ma peau respire la fille qui se relâche. Négligée, j’ai l’air négligée. Je suis négligée. Comment font-elles les femmes, les vraies femmes qui gardent leur ventre plat, leurs bras longilignes, leurs jambes musclées? Comment font-elles pour se coiffer si bien, pour s’habiller avec tant de goût? Je suis si moche.

Une femme, il aime une femme et c’est si bon. De sentir son corps doux, vibrant. De visiter ses paysages toujours inattendus, qui éblouissent à chaque fois, au détour d’une épaule, dans le creux d’un genou, entre les seins gonflés, au sommet du mont de Vénus. Elle est si désirable. Quelle chance d’être accepté d’elle.

C’est si beau de la voir bouger, se déplacer, porter, cuisiner, révasser, dormir, caresser une joue, croquer dans un dessert, savourer un vin, danser dans la cuisine, pleurer de bonheur, crier de colère, rire de toutes ses dents, proférer des injures injustes, lire les yeux plissés, se hisser sur la pointe des pieds pour attraper le chocolat, s’accroupir pour faire une grimace à l’enfant sur son tapis. Plus les années passent plus son regard est plein, plus ses gestes sont assurés, plus ce corps est habité. Se doutent-elles du pouvoir qu’elle a sur lui?

– Le temps passe et je me flétris. Où est passée la fille légère et sans défaut qui était moi ? Comment ai-je perdu ce corps facile à habiller, cette peau tendue, cette fluidité des mouvements? Je me sens avachie et molle. On ne voit que ça. Je dois faire pitié.

Elle est si forte. Elle porte ses rêves, elle construit sa vie. Elle étreint ceux qui ont besoin d’elle, elle se couche après les autres pour finir une tâche, elle se lève avant eux pour choisir un vêtement, dessiner un œil coquin. Elle exige d’elle-même le sourire face aux événements, l’action face aux difficultés. Elle choisit de construire son bonheur, tous les matins quand elle éveille son corps pour la journée qui arrive.

Il le voit dans chacun de ses gestes, dans les nuances colorées de sa peau, dans les nouveaux pleins et déliés de sa silhouette. Il sait ce que veut dire ce pli au coin de son sourire, ces griffures rouges sur les hanches. Il est si fier de faire parti de ces événements qui l’ont construite. Que tout le monde le voit! Que ce corps crie au monde leur amour!

Comment faire pour me reprendre?

Comment continuer de la faire rire?

Pourrais-je m’accepter un jour toute entière?

Faire silence.

Il n’en peut plus.

Ses pensées ne peuvent plus donner quoi que ce soit, elles vont et viennent comme les vagues sur la plage, sans qu’il puisse les saisir.

Cette chaleur tout à coup, l’impression d’être une cocotte minute. Le bruit, les données qui se succèdent, jamais le silence, jamais le vide. Il est plein. Il va déborder.

Je me lève avec la radio. Elle me réveille puis me tient compagnie sous la douche. Quand mes mains sont libres je navigue sur mon téléphone. Dans les transports j’écoute mes podcast fétiches. Arrivé au bureau, après les discussions de machine à café ce sont les mails, toute la journée les mails, interrompus par des essais de tâches de fond. Puis le soir cela recommence dans l’autre sens, podcast, internet, série et musique pour trouver le sommeil. Desécrans-dutexte-duson-desimages-desmots-dits-rédigés-affichés-hurlés-desconcepts-desinfos-desnouvelles-deslike-desmiley-lafamille-lesinconnus
WHAAAAAAA!

Il est 7h et il éteint la radio aussitôt qu’il ouvre les yeux.
Le silence de la salle de bain est de la même chaleur douce que l’eau qui coule sur sa peau. Les muscles se détendent, il repense à cette fille croisée à Nation et ça lui donne un peu plus chaud encore. Il sourit.

Le bruit de la cafetière semble si vivant, tout comme son odeur amère qui mêlée à celle des miettes noires du fond du grille-pain annonce le commencement de la journée.

Manger avec pour accompagnement les bruits des autres appartements (l’eau qui coule dans toutes les tuyauteries, Télématin au 5°gauche, les cris des parents pressés au 5°droite, les éboueurs au pied de la fenêtre et la porte d’entrée qui claquera 43 fois) c’est être au cœur de la vie de l’immeuble.

A Nation il se croit dans un film de Woody Allen et il cherche la fille.
Mais couper ses prothèses numériques ne transforme quand même pas la vie en comédie romantique.

Avec son deuxième café, au bruit de gobelet éjecté des circuits cette fois, il écoute pour la première fois Pierre parler de son petit garçon.

– Ce gars a une famille?! Mais depuis quand?

Devant son ordinateur il prend la grande décision de ne lire ses mails qu’en arrivant puis de se plonger dans ses vraies tâches pour de bon. Il se sent compétent, concentré, grand, fort…

Je suis génial.

Comme il a du temps et l’esprit clair en arrivant chez lui, il décide de rappeler enfin son frère qui lui avait laissé un message il y a 10 jours. C’était sympa.

– C’est vrai que c’était cool.

Après avoir regardé un film, et pas seulement vu comme il faisait en checkant ses fils d’actualité divers hier encore, il décide de reprendre un abonnement au cinéma. Un pour deux personnes.

On sait jamais.

Il se couche, fatigué mais pas vidé. Il n’aurait jamais cru que faire silence le nourrirait autant.