Voyage chez les femmes. L’expérience du film Les Rivières de Mai Hua.

les rivièresDeux enfants, aux bouches grandes ouvertes sur leurs rires et leurs quelques dents de lait encore accrochées. Des baisers à leur mère, sauvages, voraces, heureux, animales. L’écran transpire ce lien viscéral entre eux trois.
Voilà l’heure de quitter le nid pour rejoindre leur père, quelques jours dans un autre foyer.
Plan suivant, la mère, seule, caméra lui filmant le profil. On dirait qu’elle a tout installé pour nous parler. Mais qu’elle n’a pas réussi. Elle pleure.

Ces premières minutes du film Les Rivières de Mai Hua disent d’emblées « Mes choix impactent ceux que j’aime. Je les fais du mieux que je peux au moment voulu. Mais n’y-a-t-il pas une autre force qui agit en moi à mes dépens? Quand ces choix me rendent malheureuse, dois-je les assumer quand même? »
Mai pense être victime d’une malédiction familiale touchant les 4 générations de femmes dont elle est issue: l’incapacité à vivre des amours heureux. Pour briser la chaine et sauver sa fille, elle décide de partir à la compréhension de son histoire familiale, faisant parler les vivants et les morts.

Pourquoi ce film?

Mai Hua est coloriste, autrice de blog, vidéaste. Tout le travail qu’elle met à disposition en ligne montre son humanisme. Cette femme aime les gens. Elle les interviewe pour mieux les comprendre, leur fait la vie belle par son art des couleurs, offre ses réflexions et mots pour permettre à des inconnus de cheminer à sa suite. Tout est en accès sur son blog .

Ce film laisse libre court à ce savoir-faire.

Enquêtant d’abord pour elle-même, Mai comprend vite combien sa quête est universelle, et dès lors y intègre le récit filmé qui permettra le partage. 2 ans et demi de tournage, autant de montage. Le chemin pour renouer avec sa lignée est long. Car il nécessite de mettre en confiance ses proches, de se laisser le temps de la rencontre, puis d’intégrer tout ce qu’on aura découvert sur eux, et sur soi. La caméra, on le voit vite, est un outil précieux. Elle met d’abord à distance la fille qui a encore peur de briser les tabous et pudeurs. Elle semble aussi inciter les autres à « jouer le jeu ». Pas dans les faux-semblant, mais en allant au bout de la demande qui leur ai faite. Et quels échanges nous sont offerts! Quels cheminements découvrons-nous!

Le talent de la réalisatrice est de laisser du temps au spectateur également. Par des scènes longues, qui n’ont pas peur de prendre toutes les répétitions, incohérences, fulgurances des échanges familiaux. Par des images qui défilent, entractes autant que courts poèmes, pendant lesquelles on reprend son souffle. Toute la violence de ce qui est vécu s’apaise dans les musiques et couleurs choisies. Le film est aussi peu binaire que l’est la vie elle-même. Il est doux et percutant.

L’histoire de Mai est bien sûr singulière, ses blessures n’appartiennent qu’à elle. Cependant elle parle à chacun.e. Nous avons tous une histoire familiale, et son propos tend vers l’universel: qu’est-ce qui nous détermine?

Pour connaitre sa réponse, il faut voir Les Rivières.

Mon premier Cercle de femmes

Mai Hua diffuse son film par la vente en ligne directement au spectateur. Grâce aux nombreux retours positifs, des projections publiques s’organisent petit à petit. J’ai eu la chance de participer à l’une d’elles.

Chance car croyant qu’elles ne se faisaient qu’à Paris je n’en avais pas cherchées pour moi. Pourtant je suis le travail de Mai depuis quelques années, et mes réflexions personnelles sur la famille font que je m’intéresse particulièrement à ce projet-ci. C’est par hasard que je tombe sur l’annonce d’une projection, en présence de la réalisatrice, à côté de chez moi, en province 😉 . D’abord sur liste d’attente, j’obtiens une place. Les planètes alignées telles une flèche de Motel Tu dois voir ce film et participer à ce cercle de femmes! 3 jours plus tard j’y suis.

Pour la première fois Mai propose à l’issue de la projection, un temps d’échange entre femmes. Un espace pour partager les émotions mises à jour par l’œuvre cinématographique. D’abord timides, au fur et à mesure que la parole tourne nous nous livrons avec plus de détails. Chaque témoignage est unique mais débloque bien des questions tournant dans ma tête depuis longtemps.

L’ambiance bienveillante, douce et gaie que crée notre hôtesse y est pour beaucoup. Mai est dans la vie ce qu’elle montre sur ses réseaux numériques: d’abord simple, attentive à l’autre, prête à dévoiler ses fragilités pour mieux partager ses forces. Nous avons toutes envie de lui redonner la pareil, et nos paroles sont sincères pour mieux développer le propos du film. La majorité d’entre nous sont venues à deux, mais le cercle de 30 femmes nous est principalement inconnu, et ce qui est dit ne sortira pas de ce lieu. Cela aide aussi à oser. Surtout, nous comprenons vite que nos pensées intimes, souvent honteuses puisqu’il est question de devoir filial, de regret, de rejet, ce que nous portons depuis toujours comme des secrets sont le lot de toutes nos sœurs femmes.

J’ai eu et j’ai des amies femmes. Pourtant depuis que j’ai quitté l’adolescence et les longues heures étudiantes, j’ai vécu peu de moments où la parole touche autant l’essentiel de l’être. Pourquoi est-il plus facile de parler de ses hémorroïdes post-partum que de ses angoisses profondes de mère (et un retard de poussée dentaire n’en fait pas partie, savoir si on en fera un adulte aussi névrosée qu’on pense l’être oui)?
Le temps disponible pour créer le climat propice à ces échanges se réduit comme peau de chagrin avec les obligations quotidiennes. Les dîners à plusieurs prennent souvent le pas sur les rencontres interpersonnelles. Je pense cependant ces difficultés surmontables. Plus dures à briser sont les exigences de perfection intégrées, qui nous rendent très vulnérables aux « confessions ».

La sororité, mot à faire vivre dans nos bouches et dans nos relations.
La sororité, lieu de vie à bâtir.

Les hommes aussi ont une place là-dedans. Ils ressentent, souffrent, cherchent comme tout être humain.
Quelques heures après cette première expérience de cercle de femmes, me vient cette pensée. Il est bon de parler avec un homme de ses questions existentielles. Il est bon de parler avec un être élevé en femme dans un monde patriarcal, et dont l’utérus renvoie chaque mois à un rôle de transmission.

 

Comment les poux détruiront ma vie.

« Ce n’est pas sale. »
« Il y a des choses plus graves. »
« Vos enfants sont en bonne santé, c’est ça qui compte! »

Heureux les innocents, le royaume des cieux est à eux.
Pour moi ce sera le royaume des sèche-linge, le Lavomatic en bas de la rue.

Au bout de 3 jours à essayer d’endiguer l’invasion de notre foyer par des « insectes aptères de petite taille, parasites des mammifères et de certains oiseaux dont ils sucent le sang » (définition du CNRTL), je tente de trouver sur internet des astuces pour m’aider (Spoiler: mauvaise idée, échec). Une maman n’ayant même plus de larmes pour pleurer explique dans une vidéo des Maternelles qu’elle s’est battu un mois et demi pendant l’été contre les bestioles. Vacances de rêve quoi, et angoisse d’un deuxième round à l’automne. 6 semaines. Je ne tiendrai pas. Heureusement ce soir c’est le réveillon, le champagne opacifiera mon début de dépression.

Jour 16, par acquis de conscience je passe le peigne Pouxit dans ma tignasse. 24h que je n’ai rien vu sur le crâne de mes chérubins, mais une intuition. L’instinct maternelle sans doute, deux poux se débattent sur les dents en acier. Je pleure.

Je commençais juste à voir la fin de notre tas de linge à décontaminer. Car jouer à « qui va au congélo pour une extermination par le froid, qui se fait confiner dans un sac poubelle pour mort par suffocation et qui plonge dans la machine à 60° pour cramage sans merci? » CA-VA-UN-MOMENT! Scrogneugneu! (Oui les épisodes de Petit Ours Brun en replay, pour les séances d’épouillage journalière avec enfants quasi statiques, ont des effets néfastes sur les adultes. Le ravage des écrans…)

Au-delà du fait que l’idée d’avoir une famille de parasites sur la tête me rend littéralement dingue (on a les névroses qu’on mérite), l’affaire me renvoie en pleine face tout ce que les tâches ménagères créent comme frustration, charge mentale et temporale, ainsi que remise en questions de mes choix de vie. J’aime mon mec, j’aime nos filles, être conjointe et maman constitue pour moi une aventure humaine palpitante, blablabla et c’est vrai. Cependant, la logistique du foyer est une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Et quand elle te tombe sur la gueule ça fait mal: sentiment de devenir une cendrillon sans avenir, tension dans le couple, paroles désagréables prononcées trop vite qui entraineront sans doute des années de thérapie (Mais non ma chérie, ce n’est pas toi que je traitais de sale-petit-emmerdeur-tu-me-fais-chier-mais-j’aurai-ta-peau-de-bâtard.) De quoi penser qu’on aurait peut-être dû rester libre, c-a-d célibataire sans enfant.

Une religion permettrait de vivre cette épreuve divine avec calme et joie profonde, le Slow. Le Slow-food, le Slow-Café, le Slow-toutcequetuveux, même la doctrine de vie simple de Dominique Loreau. Ce qu’elle prône? Vivre les temps de tâches quotidiennes comme des moments de connexion avec soi et le monde, comme des offrandes de soi-même à la Vie, comme une discipline intérieure qui t’élève l’âme. Autant dire qu’en ce moment je suis en prière constante, m’élevant à vitesse grand V vers le titre de Bouddha de l’année. Mais, je n’en ai aucune envie, voilà le problème! Pour moi ces poux c’est l’équivalent des sauterelles que les pauvres égyptiens se sont reçu, une plaie. Ca fait mal, ça cicatrise trop lentement et ça m’handicape dans mes projets.

Moi je suis une égoïste pas une nonne. Je veux écrire tous les projets que j’ai en tête, lire les romans et essais de mes bibliothèques, sortir de chez moi pour m’ouvrir au monde, jouer et câliner mes filles, câliner mon mari (^^^^), pas faire des p*ù$@% de lessives jusqu’à ma mort.

Mais, attends, c’est mon premier article ici depuis mai dernier.
Ces poux seraient-ils vraiment une épreuve divine qui m’aurait permis de retrouver l’insipration et de me révéler? Le temps passé à gérer du linge a-t-il vraiment dégager de la place mentale pour mon imaginaire? L’épreuve m’a-t-elle obligée à me battre pour retrouver ma liberté intellectuelle? Ou la folie s’est-elle totalement emparée de moi?
A toi d’en juger. Je crois que Dieu a quand même d’autres choses à faire.

Pourquoi je ne peux plus m’épiler.

Les filles sont à la sieste. Ce n’était pas prévu à cette heure-là, ce dimanche matin, d’habitude il y en a au moins une qui reste debout et a besoin de mon attention jusqu’au début d’après-midi. Mais leur fatigue me fait un cadeau, je suis seule dans le salon pour un certain temps.

Quel temps?

Ca je ne dois pas chercher à l’évaluer, un réveil peut avoir lieu n’importe quand, il suffit que je prenne goût à ce silence et cette liberté pour qu’ils soient stoppés. J’ai sauté sous la douche pour profiter de l’eau chaude sans petits yeux inquisiteurs de l’autre côte de la paroi transparente. J’ai pensé à la machine que je pourrais lancer, à l’étendoir que je pourrais libérer, à l’avance que je pourrais prendre sur la préparation du déjeuner, à mes jambes que je pourrais clarifier et adoucir, épilateur dans une main crème hydratante dans l’autre. Et puis c’est moi qui me suis réveillée, grâce à cette eau chaude et ce temps sans coupure, laissant mon esprit prendre le large pour mieux me retrouver.

Quand elles se lèveront, que je devrais à nouveau tout leur donner, ou du moins faire un trait sur une possibilité de concentration et de rêverie, comment me sentirai-je en pensant aux minutes, à l’heure peut-être, offertes et utilisées pour des tâches domestiques? Je serai frustrée, je penserai « encore un dimanche sans possibilité de créer, de faire des choses pour moi ». Alors je serai en colère, ma capacité de patience et d’empathie seront au plus bas, ma mauvaise foie leur en voudra, cherchera peut-être à le leur faire payer. Je guetterai avec impatience la prochaine sieste et les opportunités données.

En effet, m’épiler n’est pas une activité qui fait grandir mon être, qui me permet de découvrir le monde, d’y chercher une place. Quand je pense aux choses accomplies jusqu’à maintenant, les heures passées à retirer mes poils et la qualité du rendu ne sont jamais mentionnées dans mes listes de satisfaction. Et, je l’avoue, je n’ai jamais noté dans de quelconque bonnes résolutions ou plan sur la comète « m’épiler plus souvent ».

Quand je suis avec d’autres, ça ne me donne pas un sujet de discussion. Même mon homme s’en carre bien de savoir que ça m’a pris 30 minutes, que ça fait moins mal avec les années, que quand j’ai étalé la crème j’ai découvert des récalcitrants qui avaient échappé à la pince électrique, et que j’étais contrariée mais pas assez pour refaire un passage. D’ailleurs quand on s’est rencontré lui et moi, et que j’ai voulu le séduire, jamais il ne me serait venu à l’esprit d’engager une telle conversation. Il ne m’a pas épousée pour ça, fou non?! Et depuis le temps je peux dire que ce ne sont jamais les poils qui nous ont empêché de faire l’amour avec passion.

Tiens d’ailleurs, qu’est ce qui nous a freiné alors? La fatigue, oui comme beaucoup. Et cette fatigue, ce n’est pas celle de la marche au grand air, de l’effort physique galvanisant. Ce n’est pas la fatigue du projet mené à bien, du défi relevé. C’est la fatigue du quotidien, des tâches ménagères répétées, des nuits écourtées par des réveils imposés, des soucis de boulot, de famille. Surtout je crois, la fatigue des rêves mis de côté, des ambitions rangées sous l’oreiller, de voir qu’on n’a pas suivi la voie que l’on imaginait, jeunes et fringants, avant. A la fatigue s’ajoute alors l’amertume et le manque.

Or faire l’amour c’est donner son temps et son être à l’autre. Choses les plus précieuses, offertes à la naissance et reprises on ne sait quand. Pour pouvoir l’accorder, à moins d’être un saint que le don transcende, il faut en avoir. Je ne peux donner ce qui me manque. Quand mon compteur de temps avec moi même est vide, c’est un effort immense et douloureux que de le partager avec quiconque.

Ce soir mon chéri c’est une femme poilue qui partagera ton lit. A votre réveil mes filles c’est une maman en jachère et une maison en désordre que vous trouverez. Mais je vous offre mon âme maintenant que j’ai pu la déterrer. Elle était cachée sous tout ce qu’il y a à faire. Je l’ai retrouvée en m’attelant à l’essentiel, réfléchir et créer.

Alors m’épiler? Franchement?

Qu’en dire?

Vendredi j’ai une conversation sur l’accouchement avec un homme dont le métier est d’accompagner des couples et des familles. Il reçoit des confidences, capte des joies et des peines. Il me dit, en gros

 » C’est extraordinaire ce que les femmes font. D’ailleurs souvent vous (ndlr je suis une femme moi-même ), souvent vous aimeriez que cela revienne un peu aux hommes aussi, être enceinte, accoucher. Parce que ce n’est pas facile. »

Ma première réaction, cerveau reptilien

« Oh oui mon gars tu n’imagines même pas comme j’aurais aimé que mon mec et moi on se partage la grossesse un jour sur deux! »

Avoir un corps grossi, empêché de faire tout ce qu’il veut, partager neuf mois son utérus avec un coloc assez égoïste, se faire ouvrir en deux, puis prêter ses bras, sa tête, sa poitrine, soi en entier pendant encore de longues semaines, dans ces périodes-là j’ai été en colère de devoir être seule à l’assumer, abattue par la douleur, la fatigue, la charge qui m’incombait. J’aurais aimé certaines nuits que l’homme qui partage mon lit me décharge de mon coloc’ pour que je puisse dormir sur le ventre sans me prendre des coups dans l’estomac. Que ce soit lui qui ait les seins en feu et dégoulinants pour m’ôter quelques heures un peu de fatigue.

Il a fait tout ce qui était en son pouvoir de père et conjoint pour agir lui aussi dans la mise au monde puis le soin de nos bébés. Vraiment rien à dire à part merci. Mais ses pouvoirs n’allaient pas jusqu’à partager cet engagement total du corps, et j’étais seule à le vivre 24h/24.

Très vite mon cerveau plus abstrait prend le dessus, et je réponds à cet homme qui me marque son soutien, sincère

« En fait je suis heureuse d’avoir vécu cela, et je plains les hommes qui quoi qu’il arrive sont privés de cette expérience. »

Femmes ne me lancez pas de cailloux svp!

Je le sais tout au fond de moi, je suis transformée, je suis résiliente, je suis moi en mieux grâce à ces grossesses et accouchements. Qu’en dire pour que vous compreniez?

Vous l’avez lu ci-dessus, je n’ai pas été la future maman pombél’up qui continue toutes ses activités comme si de rien n’était jusqu’à ce que les contractions commencent. Si vous avez été sur ce texte vous savez que j’ai douillé comme il faut et sans grâce en m’étant au monde mes filles. (Je n’ai pas eu non plus de grossesses à risques/pathologiques ni d’accouchements compliqués.) Et pourtant je suis contente d’être celle du couple qui l’a vécu.

Vivre la fragilité

Un soir de novembre. Je suis à la fin de mon 7°mois de grossesse. Pas grande, mon gros bidou prend beaucoup de place dans mon corps et des douleurs ligamentaires incessantes me font marcher comme un canard sur une patinoire. Je dois traverser le hall d’une grande gare à l’heure de pointe. J’entre et m’arrête sur le seuil de cet immense espace où des centaines de gens marchent, courent en tous sens, avec pour seul objectif d’arriver à leur destination. Sans un regard, sans une considération pour leurs semblables, devenus sur leur chemin de simples obstacles à éviter. Je suis comme eux, d’habitude. Mais ce soir-là je suis une petite chose fragile, branlante, qui doit franchir un lieu hostile et dangereux. Je marche trop lentement, j’ai peur de glisser sur les grandes dalles lisses, je ne peux pas slalomer entre les tas et les files d’humains-fourmis. Je suis un caillou dans l’engrenage bien huilé qui s’est formé naturellement par les circulations humaines. Quand j’ose me lancer, mon pas lent crée des déviations et houles tout autour de moi. J’arrive de l’autre côté essoufflée et douloureuse. Lorsque j’entre dans le tramway après un escalier et un autre hall, je pleure presque devant les sièges tous occupés. Et range ma fierté pour demander à quelqu’un de me céder sa place, sous peine de m’effondrer et de gêner d’autant plus la marche de cette fin de journée chez les citadins.

Quand je reprends mes esprits, je remarque dans la rame des collègues de galère: le monsieur âgé qui tremble accroché à la barre centrale, la jeune fille en fauteuil roulant qui fait souffler d’énervement ceux qui doivent la contourner pour entrer, le gars avec une jambe dans le plâtre qui essaie de ne pas se faire marcher dessus. Je vois aussi la mère de famille entourée de sacs de courses et dont les cernes et le teint trahissent l’extrême fatigue bien qu’il faille encore faire la cuisine et coucher les gamins, le jeune homme obèse qui a du mal à se mouvoir dans ce lieu où tout est pensé pour des standards trop étroits.

Je ne sais pas à ce moment-ci si je tiendrai ma promesse, mais je grave dans mon esprit le souvenir de ces mois où moi aussi j’ai été handicapée, vulnérable, pour toujours faire attention aux autres comme j’aurais eu besoin que l’on fasse attention à moi alors.

Et aujourd’hui que je peux bouger comme j’en ai envie et besoin, que mes choix d’activités, de trajets, de sorties ne sont plus brimés par mon corps, je remercie chaque jour la vie pour cette chance. Je la sais éphémère et précieuse, c’est inscrit dans ma chaire même.

Nouer un lien charnel avec un autre être humain

Oh oui j’ai pesté pendant ces 18 mois d’invasion alien. Mes bébés pas de rancune, mais je vous ai souvent appelées comme ça, Aliens, et oui je pensais bien aux créatures qui essaient de tuer Sigourney Weaver pendant 6 long métrages. Les nausées, la fatigue, les douleurs, la gène pour se baisser, se retourner, les petits pieds coincés sous les côtés, les contractions, la sortie par mon vagin… bref, je n’ai pas rigolé tous les jours.

Cependant, la première fois que je t’ai senti bouger en moi D, quel chamboulement. Je suis entrée dans une autre dimension, instantanément. Il y avait de la vie là sous mon nombril, un être humain unique qui commençait son voyage sur terre par mon intermédiaire. Quelque chose s’est allumé au fond de mes yeux et ne partira plus jamais.

Ces semaines où nous avons tout partagé, les rencontres, les trajets, les réussites, les inquiétudes, les réflexions métaphysiques et les dégustations de gaufres au chocolat, la vie était plus acidulée et prometteuse avec vous contre moi. Je vous ai raconté des bêtises, des secrets, je vous ai fait des promesses et vous ai présenté le monde dans lequel vous débouliez. Je ne sais pas ce que vous garderez de tout ça. Moi je suis fière d’avoir été votre passeuse d’une rive à l’autre. Et mon Dieu je porte maintenant la chaleur de ce corps partagé comme un manteau qui protège de tout.

A présent que je vous vois grandir, que vous vous détachez de votre matrice, je vous regarde en femmes pleinement actrices de l’humanité qui me survivra. Petits bouts de chaire et de sang dont l’odeur et les caresses ont le goût de paradis dans ma vie.

Je sais que tous les hommes qui auront partagé mon intimité ne me feront jamais connaitre ce sentiment de communion que je vis avec vous. Vous êtes mes trésors à jamais.

Connaitre l’indescriptible

Quand on est une bobo comme moi, on se prépare à l’accouchement en lisant des bouquins hippys/innovants/féministes qui te conseillent plein de positions et techniques de gestion de la douleur. Dedans, comme si ça allait vraiment te rassurer, on t’explique qu’il y a un moment dans l’accouchement où tu crois que tu vas mourir. Et s’il te reste un brin de rationalité sous les hormones tu sais qu’en plus un nombre toujours trop grand de femmes et d’enfants meurent vraiment pendant ce passage.

Papapa papapapa pala! Youhou!

Comme je ne suis pas un être particulièrement extraordinaire, j’ai ressenti ce truc, à un moment du travail, oui, cette voix « Ma grande dans quoi tu t’es fourrée, franchement? Bien sûr que non tu ne vas pas survivre à cette douleur. Ton cœur va lâcher. Et s’il tient ce sont tes entrailles qui vont se déchirer et paf, plus de toi, fini, enterrée, au suivant ».

Et quand tu ressors de ça, quand tu vois cette petite tête d’humain aux grands yeux apparaitre entre tes cuisses, quand tu le tiens contre ta poitrine, si tu mets de côté les pensés du style « Et maintenant je suis vraiment responsable de sa survie? Moi? hahahaha…Bouhouhou! » , alors tu reçois un cadeau incroyable: la force.

Tu as connu la douleur, tu l’as terrassée.

Tu as souffert, tu connais maintenant le bonheur.

Aller vers le bonheur

Il m’a fallu des mois pour appréhender mon rôle de mère au quotidien. Pour équilibrer mes besoins, faire les choses avec satisfaction. Pour retrouver aussi confiance totale en mon corps, laisser partir les tensions, réparer ce qui devait l’être.

Mais aujourd’hui, ce jour où j’écris, je suis tel l’alpiniste qui a fait son plus haut sommet.

Il n’y a pas de bons mots pour vous le partager.

Comment rater l’essentiel.

J’écoute un épisode de La Poudre (podcast de Lauren Bastide produit par Nouvelles Ecoutes) qui invite chaque mois une femme à se raconter pendant une heure. Une femme engagée en politique, en art, dans un métier, un militantisme. Aujourd’hui je fais connaissance de Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG Bloom qui lutte pour la préservation des océans. Et récente lauréate du prix Goldman, prix pour l’écologie comparé au Nobel .

Je ne la connais pas mais je suis embarquée par ses paroles dans un vif esquif qui me dévoile des terres rares et désirables. Elle parle d’engagement, non de plus que ça, de comment nos actions donnent du sens à notre vie. De se regarder dans la glace en pouvant être serein de qui on y voit. Elle décrit si intensément les fonds marins que depuis mon TER tristoune je plonge et voyage comme si j’y étais. Elle cite des philosophes, abordent la question de son rôle de parent tout en portant des projets qui se veulent universels et pour la survie de l’humanité entière. Elle évoque à mots couverts les agressions dont elle et son équipe sont victimes par les lobbys désireux de faire échouer toute action internationale limitant leurs  profits financiers. Je suis indignée, je ne comprends pas que nous laissions collectivement des profiteurs égoïstes avoir de telles pratiques. Comment pouvons-nous protéger ceux qui se battent pour nous ?

Ce qui fait écho chez moi par ce matin de janvier, c’est son appel à prendre chacun notre part pour sauver notre planète. Une part à la mesure de nos compétences, de nos possibilités quotidiennes. Claire Nouvian en prend une grosse, ce qu’elle explique par son caractère. Je suis admirative, mais je ne me sens pas dévalorisée, j’entends « Regarde toi dans les yeux et fais ce qui est en ton pouvoir ». J’ai envie de lire ce qu’elle conseille, de me désaxer un brin pour moi aussi me regarder sereine chaque soir dans un miroir. Et surtout merde je sais maintenant que je ne veux plus fermer les yeux sur les sujets importants qui touchent à notre vie commune et impacteront mes enfants très vite (genre la catastrophe climatique d’une ampleur inenvisageable que nous sommes en train de créer).

Mais écoute Claire Nouvian, t’as compris elle te racontera tout ça avec beaucoup plus de fond (je ne voulais pas faire ce jeu de mot pourri mais maintenant qu’il est là…).

Une fois l’émission finie, j’assouvis ma curiosité en cherchant à quoi ressemble cette femme qui parle si bien et fait de si belles choses. Sur ma page de résultats, quelques photos et des articles de presse. Ma curiosité immédiate est rassasiée, je veux maintenant donner à manger à ma curiosité plus profonde : qu’a-t-elle fait d’autre cette Claire ? C’est quoi la loi qui veut protéger les grands fonds marins ? etc. J’ouvre une page de Libération datée du printemps.

C’est quoi cette blague ?!

La journaliste a eu la chance de rencontrer une détentrice de Nobel, une femme dont je sais par l’interview que je viens d’écouter qu’elle a de quoi raconter, sur la mission qu’elle s’est donnée, sur les lobbys qui nous polluent, sur la quête universelle du sens de la vie. Bref je ne te la refais pas.

Mais non, ce qui intéresse cette « reporter », c’est le look de Claire Nouvian, sujet qui débute l’article puis le clôt. Pardon, rien d’autre ne me vient à la langue,mais WHAT THE FUCK ?!

Alors alors alors, comment mettre de l’ordre dans tout ce que me renvoie ce traitement journalistique…

Décrédibilisation

Misogynie

Oui c’est ça.

D’abord en mettant sur le même plan la manière dont son sujet s’habille et son travail. La destruction des océans devient finalement aussi crucial qu’un look. Les compétences de la lauréate sont contrebalancées par son goût approximatif en matière de mode 2018 (oui tu comprendras assez vite que la journaliste n’a pas beaucoup de considération pour la ballerine).

Ensuite en choisissant pour comparaison un bon stéréotype qui renverra tout de suite une image précise et mettra en condition le lecteur de Libération : la mère de famille BCBG qui sort de la messe. « Vous la voyez bien là ? Allez maintenant venez je vais vous raconter rapidement les 2 3 trucs qu’elle fait quand même de sa vie qu’on se marre. »

Et là ça va plus loin dans ma tête, pourquoi une mère de famille BCBG ne pourrait être considérée comme un être pensant, actif, inséré dans la société et dont les actions mériteraient un article de presse touffu ? Mais c’est un autre sujet.

Je n’ai pas fait d’étude statistique poussée sur la question du traitement médiatique des personnalités femmes et hommes. Mais quand dans la dernière phrase l’interviewée explique que Barack Obama aussi porte chaque jour la même tenue pour se libérer du temps à faire ce qui lui importe vraiment, je me demande quand même si la journaliste aurait choisi le même angle pour un équivalent masculin.

Je te passe l’étude sémiotique de l’article, ne te donne qu’un exemple de qualificatif donnée au militantisme de Claire Nouvian : La Pasionaria. Voilà on est bien dans la femme émotive survoltée auquel personne ne peut porter crédit.

Qui est-ce qui dit merci à Libération ? Les lobbys qui avec ce même type de campagne de décrédibilisation tente d’empêcher les avancées écologiques seules à pouvoir sauver notre monde.

Allez, bonne introspection à toi.

Être libre.

Une question me taraude depuis longtemps, depuis qu’il pèse dans ma vie un comportement dont je n’arrive pas à me défaire. Pourquoi est-ce que je m’inflige des actions qui me font du mal? Pourquoi je le fais en conscience et malgré mon envie d’arrêter?

Alors pour rassurer le lecteur qui passerait par là j’écris tout de suite ce dont je ne parle pas: je ne me scarifie pas, je ne me drogue pas, je ne suis pas alcoolique et je n’ai pas de problème clinique de relation avec la nourriture. Avec le sexe non plus (sait-on jamais ce que tu as en tête lecteur?).

Mais je fais chaque jour, plusieurs fois par jour, quelque chose dont je sais que ça me rend malheureuse à petit feu, comme si je prenais une dose de poison qui additionnée aux précédentes m’enfonçait dans mon marasme et me conduisait à ma perte certaine.

Ce comportement fête cet automne ses 10 ans. Depuis presque le même nombre d’années je sais qu’il ne devrait pas faire partie de ma vie que je veux libre et… non libre est l’adjectif qui convient le mieux et se suffit.

La liberté à mes yeux est le bien le plus précieux, qui ne coûte que de la volonté et du courage mais qui rend fière et épanouie. C’est sans vantardise que je qualifie l’enfant et l’adolescente que j’ai été libre. Même si le regard et les avis des autres, surtout de mes compagnons d’école, avaient un certain poids sur mes épaules, mon caractère fait que j’ai toujours fait et dit ce qui me paraissait bon malgré eux. J’ai construit mon univers, j’ai tracé ma route, entourée de ceux qui me faisaient du bien.

Entrée à l’âge adulte j’ai fait mes propres choix, mes propres erreurs, la tête haute et ne m’en prenant qu’à moi-même en cas de regrets ou remords. Personne jamais n’a eu d’emprise au point de me dicter mes actes ou mes comportements. Et mes héroïnes sont des femmes dont la vie entière porte cette fraîcheur et audace.

Je suis loin de cette période aujourd’hui, et mon caractère est toujours celui-là. Au fond. Car bien sûr il y a eu les coups durs, les moments plus fragiles, les ardoises qui pèsent un peu et entravent parfois. Mais je sais que je suis cette femme, et surtout je veux l’être. Pourtant, une addiction m’empêche d’aller aussi loin que je le voudrais dans cette liberté.

Si j’utilise ce mot addiction, c’est après différentes lectures pour en comprendre les mécanismes, notamment celle que je fais en ce moment même du professeur Michel Lejoyeux, Du plaisir à la dépendance, Nouvelles addictions, nouvelles thérapies. Alors quels signes m’ont fait comprendre que j’étais addicte et donc en nécessité de me soigner sans compromis?

  • j’y passe plus de temps que je ne le voudrais vraiment
  • je fais cette action de manière automatique
  • cette activité comble des trous sans me satisfaire (sans aucun jeu de mot, décidément coquin de lecteur!)
  • je manque de temps pour faire des choses identifiées qui m’épanouiraient
  • je sais pour l’avoir analysée que cette activité engendre un mal être chez moi, qu’elle est nocive pour ma santé
  • quand j’ai réussi à m’être en pause cette activité je m’en suis rapidement trouvée mieux
  • malgré ce savoir je continue cette activité

Et pourquoi alors me demanderas-tu?

Parce que j’y trouve certains côtés agréables et positifs. Mais aussi parce que j’y suis addicte. Surtout pour ça en fait si je suis honnête.

Cette activité, je t’ai fait languir, c’est l’utilisation des réseaux sociaux.

J’ai un peu honte de l’écrire, de le crier ici. Mais un peu moins depuis que j’ai appris du professeur Lejoyeux que bien des facteurs involontaires prédisposaient une personne à un comportement addictif à telle ou telle substance. Donc tout n’est pas de mon fait dans cette situation.

Ce qui dépend de moi c’est de prendre le taureau par les cornes pour me sortir de cela, comme un fumeur mâcherait de la gomme nicotinique, et surtout mettrait en place des astuces pour changer ses habitudes. Je te donne les astuces que je m’applique à partir de demain

  • Choisir une date de fin de la pratique, la noter d’une pierre blanche et faire comme tu vois dans les films dans des réunions d’alcooliques anonymes « Cela fait 10 jours que je ne suis plus allée consultée le réseau social numérique qui me pourrissait » (Note à moi-même: créer et commercialiser des badges jours/semaines/mois/année?)
  • Supprimer mes différents comptes (Instagram, Facebook, Twitter). Tu le sais, celui qui a décidé de totalement arrêter de boire ne reprend pas « un verre comme ça juste un ». No, 0.
  • Remplacer cette habitude par d’autres que je trouve meilleures. Pour le moment je pense à ne rien faire pour vider mon esprit, être concentrée sur ce qui se passe autour de moi, appeler un ami, lire un article du journal auquel je suis abonnée, cuisiner, ouvrir un roman, marcher, colorier un putain de mandala à la mode Hugge Hygge

Mais mais mais, je me relis et je vois que je ne t’ai pas expliqué en quoi ce comportement était nocif pour moi.

D’abord sache qu’il est nocif pour tout le monde. Je te mets ce lien vers cette vidéo qui a accéléré mon envie de changer, évidemment tu trouveras pléthore de documentation dans le même sens. Je suis aussi la démarche du blogueur Ploum qui a terminé de me convaincre en exposant les bienfaits d’une déconnexion adaptée à ses besoins réels.

Pour ma petite personne égocentrée, quels effets nocifs à reprocher à mon utilisation des réseaux sociaux (je te parle de Facebook et Instagram)

  • une comparaison aux autres toujours en ma défaveur
  • une surcharge mentale insupportable
  • un temps volé qui s’oppose à ma recherche de liberté

C’est tout, mais c’est beaucoup. Car ceci entraine fatigue mentale, baisse de mes capacités de concentration, difficultés à créer, culpabilité, et manque de place pour faire ce qui me rend vraiment heureuse.

Et ma liberté est entravée. Je fais quelque chose contre ma volonté. Insupportable!

Je m’arrête là pour ce texte.
Mais je te préviens qu’un prochain traitera de la surcharge mentale, notion que j’ai envie de plus explorer.

Si tu veux on peut aussi discuter dessous de tes propres entraves à ta liberté.

A bientôt.

 

Décider pour soi.

Sans ordre et comme ça me vient, je voudrais:

  • m’occuper du mieux possible de mes enfants
  • être une super amante pour mon homme
  • être la meilleure amie de cet homme
  • avoir une carrière intéressante
  • être musclée, sculptée
  • manger sain
  • manger équitable, local, fait maison, sans gaspillage
  • savoir me coiffer
  • assortir mes tenues à mes bijoux
  • décorer ma maison
  • sortir et m’encanailler
  • être une bonne vivante
  • rester des journées entières avec un livre, sous un plaid
  • écrire, écrire, écrire bien, de mieux en mieux
  • apprendre à dessiner
  • danser
  • profiter de mes amis
  • prendre soin d’eux
  • me rapprocher de ma famille
  • prendre soin d’elle
  • jardiner
  • lire la presse
  • retenir tout ce que je lis
  • être une femme idéale
  • me foutre des dictats et ne surtout pas chercher à être une femme idéale
  • ne pas compter les verres de vin et les parts de gâteaux au chocolat. Et surtout oublier que je ne les compte pas
  • m’aimer
  • être aimée
  • être libre. Vraiment.
  • être reliée à ceux qui comptent
  • qu’on puisse compter sur moi
  • ne devoir de comptes à personne
  • .
  • ..

Cette liste prend étrange tournure.

Je crois comprendre d’où vient ce constant sentiment d’inconstance,

cette culpabilité de ne pas être assez volontaire ni persévérante

ce goût râpeux trop souvent sur ma langue.

C’est le bordel dans ma tête.

Mais là dans ce début de fouillis mis en mots, commence à poindre une ligne directrice. Moi. Je suis là, sous les désirs des autres, sous les injonctions des biens pensants à la mode, sous l’éducation qui m’a faite, sous les certitudes qu’un jour j’ai crue miennes et qu’aujourd’hui je veux déconstruire.

Je vais continuer cette liste, je vais faire la poussière sur mes étagères trop remplies, je vais remplacer l’obsolète par les bonnes idées qui ont poussé dessus. Je vais mettre plus de moi dans mon cockpit secret. Et me réinstaller aux manettes.

« Go! Voguons moi et moi, à la conquête de l’univeeeeeeeers!!!! »