Pourquoi je ne peux plus m’épiler.

Les filles sont à la sieste. Ce n’était pas prévu à cette heure-là, ce dimanche matin, d’habitude il y en a au moins une qui reste debout et a besoin de mon attention jusqu’au début d’après-midi. Mais leur fatigue me fait un cadeau, je suis seule dans le salon pour un certain temps.

Quel temps?

Ca je ne dois pas chercher à l’évaluer, un réveil peut avoir lieu n’importe quand, il suffit que je prenne goût à ce silence et cette liberté pour qu’ils soient stoppés. J’ai sauté sous la douche pour profiter de l’eau chaude sans petits yeux inquisiteurs de l’autre côte de la paroi transparente. J’ai pensé à la machine que je pourrais lancer, à l’étendoir que je pourrais libérer, à l’avance que je pourrais prendre sur la préparation du déjeuner, à mes jambes que je pourrais clarifier et adoucir, épilateur dans une main crème hydratante dans l’autre. Et puis c’est moi qui me suis réveillée, grâce à cette eau chaude et ce temps sans coupure, laissant mon esprit prendre le large pour mieux me retrouver.

Quand elles se lèveront, que je devrais à nouveau tout leur donner, ou du moins faire un trait sur une possibilité de concentration et de rêverie, comment me sentirai-je en pensant aux minutes, à l’heure peut-être, offertes et utilisées pour des tâches domestiques? Je serai frustrée, je penserai « encore un dimanche sans possibilité de créer, de faire des choses pour moi ». Alors je serai en colère, ma capacité de patience et d’empathie seront au plus bas, ma mauvaise foie leur en voudra, cherchera peut-être à le leur faire payer. Je guetterai avec impatience la prochaine sieste et les opportunités données.

En effet, m’épiler n’est pas une activité qui fait grandir mon être, qui me permet de découvrir le monde, d’y chercher une place. Quand je pense aux choses accomplies jusqu’à maintenant, les heures passées à retirer mes poils et la qualité du rendu ne sont jamais mentionnées dans mes listes de satisfaction. Et, je l’avoue, je n’ai jamais noté dans de quelconque bonnes résolutions ou plan sur la comète « m’épiler plus souvent ».

Quand je suis avec d’autres, ça ne me donne pas un sujet de discussion. Même mon homme s’en carre bien de savoir que ça m’a pris 30 minutes, que ça fait moins mal avec les années, que quand j’ai étalé la crème j’ai découvert des récalcitrants qui avaient échappé à la pince électrique, et que j’étais contrariée mais pas assez pour refaire un passage. D’ailleurs quand on s’est rencontré lui et moi, et que j’ai voulu le séduire, jamais il ne me serait venu à l’esprit d’engager une telle conversation. Il ne m’a pas épousée pour ça, fou non?! Et depuis le temps je peux dire que ce ne sont jamais les poils qui nous ont empêché de faire l’amour avec passion.

Tiens d’ailleurs, qu’est ce qui nous a freiné alors? La fatigue, oui comme beaucoup. Et cette fatigue, ce n’est pas celle de la marche au grand air, de l’effort physique galvanisant. Ce n’est pas la fatigue du projet mené à bien, du défi relevé. C’est la fatigue du quotidien, des tâches ménagères répétées, des nuits écourtées par des réveils imposés, des soucis de boulot, de famille. Surtout je crois, la fatigue des rêves mis de côté, des ambitions rangées sous l’oreiller, de voir qu’on n’a pas suivi la voie que l’on imaginait, jeunes et fringants, avant. A la fatigue s’ajoute alors l’amertume et le manque.

Or faire l’amour c’est donner son temps et son être à l’autre. Choses les plus précieuses, offertes à la naissance et reprises on ne sait quand. Pour pouvoir l’accorder, à moins d’être un saint que le don transcende, il faut en avoir. Je ne peux donner ce qui me manque. Quand mon compteur de temps avec moi même est vide, c’est un effort immense et douloureux que de le partager avec quiconque.

Ce soir mon chéri c’est une femme poilue qui partagera ton lit. A votre réveil mes filles c’est une maman en jachère et une maison en désordre que vous trouverez. Mais je vous offre mon âme maintenant que j’ai pu la déterrer. Elle était cachée sous tout ce qu’il y a à faire. Je l’ai retrouvée en m’attelant à l’essentiel, réfléchir et créer.

Alors m’épiler? Franchement?

Qu’en dire?

Vendredi j’ai une conversation sur l’accouchement avec un homme dont le métier est d’accompagner des couples et des familles. Il reçoit des confidences, capte des joies et des peines. Il me dit, en gros

 » C’est extraordinaire ce que les femmes font. D’ailleurs souvent vous (ndlr je suis une femme moi-même ), souvent vous aimeriez que cela revienne un peu aux hommes aussi, être enceinte, accoucher. Parce que ce n’est pas facile. »

Ma première réaction, cerveau reptilien

« Oh oui mon gars tu n’imagines même pas comme j’aurais aimé que mon mec et moi on se partage la grossesse un jour sur deux! »

Avoir un corps grossi, empêché de faire tout ce qu’il veut, partager neuf mois son utérus avec un coloc assez égoïste, se faire ouvrir en deux, puis prêter ses bras, sa tête, sa poitrine, soi en entier pendant encore de longues semaines, dans ces périodes-là j’ai été en colère de devoir être seule à l’assumer, abattue par la douleur, la fatigue, la charge qui m’incombait. J’aurais aimé certaines nuits que l’homme qui partage mon lit me décharge de mon coloc’ pour que je puisse dormir sur le ventre sans me prendre des coups dans l’estomac. Que ce soit lui qui ait les seins en feu et dégoulinants pour m’ôter quelques heures un peu de fatigue.

Il a fait tout ce qui était en son pouvoir de père et conjoint pour agir lui aussi dans la mise au monde puis le soin de nos bébés. Vraiment rien à dire à part merci. Mais ses pouvoirs n’allaient pas jusqu’à partager cet engagement total du corps, et j’étais seule à le vivre 24h/24.

Très vite mon cerveau plus abstrait prend le dessus, et je réponds à cet homme qui me marque son soutien, sincère

« En fait je suis heureuse d’avoir vécu cela, et je plains les hommes qui quoi qu’il arrive sont privés de cette expérience. »

Femmes ne me lancez pas de cailloux svp!

Je le sais tout au fond de moi, je suis transformée, je suis résiliente, je suis moi en mieux grâce à ces grossesses et accouchements. Qu’en dire pour que vous compreniez?

Vous l’avez lu ci-dessus, je n’ai pas été la future maman pombél’up qui continue toutes ses activités comme si de rien n’était jusqu’à ce que les contractions commencent. Si vous avez été sur ce texte vous savez que j’ai douillé comme il faut et sans grâce en m’étant au monde mes filles. (Je n’ai pas eu non plus de grossesses à risques/pathologiques ni d’accouchements compliqués.) Et pourtant je suis contente d’être celle du couple qui l’a vécu.

Vivre la fragilité

Un soir de novembre. Je suis à la fin de mon 7°mois de grossesse. Pas grande, mon gros bidou prend beaucoup de place dans mon corps et des douleurs ligamentaires incessantes me font marcher comme un canard sur une patinoire. Je dois traverser le hall d’une grande gare à l’heure de pointe. J’entre et m’arrête sur le seuil de cet immense espace où des centaines de gens marchent, courent en tous sens, avec pour seul objectif d’arriver à leur destination. Sans un regard, sans une considération pour leurs semblables, devenus sur leur chemin de simples obstacles à éviter. Je suis comme eux, d’habitude. Mais ce soir-là je suis une petite chose fragile, branlante, qui doit franchir un lieu hostile et dangereux. Je marche trop lentement, j’ai peur de glisser sur les grandes dalles lisses, je ne peux pas slalomer entre les tas et les files d’humains-fourmis. Je suis un caillou dans l’engrenage bien huilé qui s’est formé naturellement par les circulations humaines. Quand j’ose me lancer, mon pas lent crée des déviations et houles tout autour de moi. J’arrive de l’autre côté essoufflée et douloureuse. Lorsque j’entre dans le tramway après un escalier et un autre hall, je pleure presque devant les sièges tous occupés. Et range ma fierté pour demander à quelqu’un de me céder sa place, sous peine de m’effondrer et de gêner d’autant plus la marche de cette fin de journée chez les citadins.

Quand je reprends mes esprits, je remarque dans la rame des collègues de galère: le monsieur âgé qui tremble accroché à la barre centrale, la jeune fille en fauteuil roulant qui fait souffler d’énervement ceux qui doivent la contourner pour entrer, le gars avec une jambe dans le plâtre qui essaie de ne pas se faire marcher dessus. Je vois aussi la mère de famille entourée de sacs de courses et dont les cernes et le teint trahissent l’extrême fatigue bien qu’il faille encore faire la cuisine et coucher les gamins, le jeune homme obèse qui a du mal à se mouvoir dans ce lieu où tout est pensé pour des standards trop étroits.

Je ne sais pas à ce moment-ci si je tiendrai ma promesse, mais je grave dans mon esprit le souvenir de ces mois où moi aussi j’ai été handicapée, vulnérable, pour toujours faire attention aux autres comme j’aurais eu besoin que l’on fasse attention à moi alors.

Et aujourd’hui que je peux bouger comme j’en ai envie et besoin, que mes choix d’activités, de trajets, de sorties ne sont plus brimés par mon corps, je remercie chaque jour la vie pour cette chance. Je la sais éphémère et précieuse, c’est inscrit dans ma chaire même.

Nouer un lien charnel avec un autre être humain

Oh oui j’ai pesté pendant ces 18 mois d’invasion alien. Mes bébés pas de rancune, mais je vous ai souvent appelées comme ça, Aliens, et oui je pensais bien aux créatures qui essaient de tuer Sigourney Weaver pendant 6 long métrages. Les nausées, la fatigue, les douleurs, la gène pour se baisser, se retourner, les petits pieds coincés sous les côtés, les contractions, la sortie par mon vagin… bref, je n’ai pas rigolé tous les jours.

Cependant, la première fois que je t’ai senti bouger en moi D, quel chamboulement. Je suis entrée dans une autre dimension, instantanément. Il y avait de la vie là sous mon nombril, un être humain unique qui commençait son voyage sur terre par mon intermédiaire. Quelque chose s’est allumé au fond de mes yeux et ne partira plus jamais.

Ces semaines où nous avons tout partagé, les rencontres, les trajets, les réussites, les inquiétudes, les réflexions métaphysiques et les dégustations de gaufres au chocolat, la vie était plus acidulée et prometteuse avec vous contre moi. Je vous ai raconté des bêtises, des secrets, je vous ai fait des promesses et vous ai présenté le monde dans lequel vous débouliez. Je ne sais pas ce que vous garderez de tout ça. Moi je suis fière d’avoir été votre passeuse d’une rive à l’autre. Et mon Dieu je porte maintenant la chaleur de ce corps partagé comme un manteau qui protège de tout.

A présent que je vous vois grandir, que vous vous détachez de votre matrice, je vous regarde en femmes pleinement actrices de l’humanité qui me survivra. Petits bouts de chaire et de sang dont l’odeur et les caresses ont le goût de paradis dans ma vie.

Je sais que tous les hommes qui auront partagé mon intimité ne me feront jamais connaitre ce sentiment de communion que je vis avec vous. Vous êtes mes trésors à jamais.

Connaitre l’indescriptible

Quand on est une bobo comme moi, on se prépare à l’accouchement en lisant des bouquins hippys/innovants/féministes qui te conseillent plein de positions et techniques de gestion de la douleur. Dedans, comme si ça allait vraiment te rassurer, on t’explique qu’il y a un moment dans l’accouchement où tu crois que tu vas mourir. Et s’il te reste un brin de rationalité sous les hormones tu sais qu’en plus un nombre toujours trop grand de femmes et d’enfants meurent vraiment pendant ce passage.

Papapa papapapa pala! Youhou!

Comme je ne suis pas un être particulièrement extraordinaire, j’ai ressenti ce truc, à un moment du travail, oui, cette voix « Ma grande dans quoi tu t’es fourrée, franchement? Bien sûr que non tu ne vas pas survivre à cette douleur. Ton cœur va lâcher. Et s’il tient ce sont tes entrailles qui vont se déchirer et paf, plus de toi, fini, enterrée, au suivant ».

Et quand tu ressors de ça, quand tu vois cette petite tête d’humain aux grands yeux apparaitre entre tes cuisses, quand tu le tiens contre ta poitrine, si tu mets de côté les pensés du style « Et maintenant je suis vraiment responsable de sa survie? Moi? hahahaha…Bouhouhou! » , alors tu reçois un cadeau incroyable: la force.

Tu as connu la douleur, tu l’as terrassée.

Tu as souffert, tu connais maintenant le bonheur.

Aller vers le bonheur

Il m’a fallu des mois pour appréhender mon rôle de mère au quotidien. Pour équilibrer mes besoins, faire les choses avec satisfaction. Pour retrouver aussi confiance totale en mon corps, laisser partir les tensions, réparer ce qui devait l’être.

Mais aujourd’hui, ce jour où j’écris, je suis tel l’alpiniste qui a fait son plus haut sommet.

Il n’y a pas de bons mots pour vous le partager.

Comment rater l’essentiel.

J’écoute un épisode de La Poudre (podcast de Lauren Bastide produit par Nouvelles Ecoutes) qui invite chaque mois une femme à se raconter pendant une heure. Une femme engagée en politique, en art, dans un métier, un militantisme. Aujourd’hui je fais connaissance de Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG Bloom qui lutte pour la préservation des océans. Et récente lauréate du prix Goldman, prix pour l’écologie comparé au Nobel .

Je ne la connais pas mais je suis embarquée par ses paroles dans un vif esquif qui me dévoile des terres rares et désirables. Elle parle d’engagement, non de plus que ça, de comment nos actions donnent du sens à notre vie. De se regarder dans la glace en pouvant être serein de qui on y voit. Elle décrit si intensément les fonds marins que depuis mon TER tristoune je plonge et voyage comme si j’y étais. Elle cite des philosophes, abordent la question de son rôle de parent tout en portant des projets qui se veulent universels et pour la survie de l’humanité entière. Elle évoque à mots couverts les agressions dont elle et son équipe sont victimes par les lobbys désireux de faire échouer toute action internationale limitant leurs  profits financiers. Je suis indignée, je ne comprends pas que nous laissions collectivement des profiteurs égoïstes avoir de telles pratiques. Comment pouvons-nous protéger ceux qui se battent pour nous ?

Ce qui fait écho chez moi par ce matin de janvier, c’est son appel à prendre chacun notre part pour sauver notre planète. Une part à la mesure de nos compétences, de nos possibilités quotidiennes. Claire Nouvian en prend une grosse, ce qu’elle explique par son caractère. Je suis admirative, mais je ne me sens pas dévalorisée, j’entends « Regarde toi dans les yeux et fais ce qui est en ton pouvoir ». J’ai envie de lire ce qu’elle conseille, de me désaxer un brin pour moi aussi me regarder sereine chaque soir dans un miroir. Et surtout merde je sais maintenant que je ne veux plus fermer les yeux sur les sujets importants qui touchent à notre vie commune et impacteront mes enfants très vite (genre la catastrophe climatique d’une ampleur inenvisageable que nous sommes en train de créer).

Mais écoute Claire Nouvian, t’as compris elle te racontera tout ça avec beaucoup plus de fond (je ne voulais pas faire ce jeu de mot pourri mais maintenant qu’il est là…).

Une fois l’émission finie, j’assouvis ma curiosité en cherchant à quoi ressemble cette femme qui parle si bien et fait de si belles choses. Sur ma page de résultats, quelques photos et des articles de presse. Ma curiosité immédiate est rassasiée, je veux maintenant donner à manger à ma curiosité plus profonde : qu’a-t-elle fait d’autre cette Claire ? C’est quoi la loi qui veut protéger les grands fonds marins ? etc. J’ouvre une page de Libération datée du printemps.

C’est quoi cette blague ?!

La journaliste a eu la chance de rencontrer une détentrice de Nobel, une femme dont je sais par l’interview que je viens d’écouter qu’elle a de quoi raconter, sur la mission qu’elle s’est donnée, sur les lobbys qui nous polluent, sur la quête universelle du sens de la vie. Bref je ne te la refais pas.

Mais non, ce qui intéresse cette « reporter », c’est le look de Claire Nouvian, sujet qui débute l’article puis le clôt. Pardon, rien d’autre ne me vient à la langue,mais WHAT THE FUCK ?!

Alors alors alors, comment mettre de l’ordre dans tout ce que me renvoie ce traitement journalistique…

Décrédibilisation

Misogynie

Oui c’est ça.

D’abord en mettant sur le même plan la manière dont son sujet s’habille et son travail. La destruction des océans devient finalement aussi crucial qu’un look. Les compétences de la lauréate sont contrebalancées par son goût approximatif en matière de mode 2018 (oui tu comprendras assez vite que la journaliste n’a pas beaucoup de considération pour la ballerine).

Ensuite en choisissant pour comparaison un bon stéréotype qui renverra tout de suite une image précise et mettra en condition le lecteur de Libération : la mère de famille BCBG qui sort de la messe. « Vous la voyez bien là ? Allez maintenant venez je vais vous raconter rapidement les 2 3 trucs qu’elle fait quand même de sa vie qu’on se marre. »

Et là ça va plus loin dans ma tête, pourquoi une mère de famille BCBG ne pourrait être considérée comme un être pensant, actif, inséré dans la société et dont les actions mériteraient un article de presse touffu ? Mais c’est un autre sujet.

Je n’ai pas fait d’étude statistique poussée sur la question du traitement médiatique des personnalités femmes et hommes. Mais quand dans la dernière phrase l’interviewée explique que Barack Obama aussi porte chaque jour la même tenue pour se libérer du temps à faire ce qui lui importe vraiment, je me demande quand même si la journaliste aurait choisi le même angle pour un équivalent masculin.

Je te passe l’étude sémiotique de l’article, ne te donne qu’un exemple de qualificatif donnée au militantisme de Claire Nouvian : La Pasionaria. Voilà on est bien dans la femme émotive survoltée auquel personne ne peut porter crédit.

Qui est-ce qui dit merci à Libération ? Les lobbys qui avec ce même type de campagne de décrédibilisation tente d’empêcher les avancées écologiques seules à pouvoir sauver notre monde.

Allez, bonne introspection à toi.

Être libre.

Une question me taraude depuis longtemps, depuis qu’il pèse dans ma vie un comportement dont je n’arrive pas à me défaire. Pourquoi est-ce que je m’inflige des actions qui me font du mal? Pourquoi je le fais en conscience et malgré mon envie d’arrêter?

Alors pour rassurer le lecteur qui passerait par là j’écris tout de suite ce dont je ne parle pas: je ne me scarifie pas, je ne me drogue pas, je ne suis pas alcoolique et je n’ai pas de problème clinique de relation avec la nourriture. Avec le sexe non plus (sait-on jamais ce que tu as en tête lecteur?).

Mais je fais chaque jour, plusieurs fois par jour, quelque chose dont je sais que ça me rend malheureuse à petit feu, comme si je prenais une dose de poison qui additionnée aux précédentes m’enfonçait dans mon marasme et me conduisait à ma perte certaine.

Ce comportement fête cet automne ses 10 ans. Depuis presque le même nombre d’années je sais qu’il ne devrait pas faire partie de ma vie que je veux libre et… non libre est l’adjectif qui convient le mieux et se suffit.

La liberté à mes yeux est le bien le plus précieux, qui ne coûte que de la volonté et du courage mais qui rend fière et épanouie. C’est sans vantardise que je qualifie l’enfant et l’adolescente que j’ai été libre. Même si le regard et les avis des autres, surtout de mes compagnons d’école, avaient un certain poids sur mes épaules, mon caractère fait que j’ai toujours fait et dit ce qui me paraissait bon malgré eux. J’ai construit mon univers, j’ai tracé ma route, entourée de ceux qui me faisaient du bien.

Entrée à l’âge adulte j’ai fait mes propres choix, mes propres erreurs, la tête haute et ne m’en prenant qu’à moi-même en cas de regrets ou remords. Personne jamais n’a eu d’emprise au point de me dicter mes actes ou mes comportements. Et mes héroïnes sont des femmes dont la vie entière porte cette fraîcheur et audace.

Je suis loin de cette période aujourd’hui, et mon caractère est toujours celui-là. Au fond. Car bien sûr il y a eu les coups durs, les moments plus fragiles, les ardoises qui pèsent un peu et entravent parfois. Mais je sais que je suis cette femme, et surtout je veux l’être. Pourtant, une addiction m’empêche d’aller aussi loin que je le voudrais dans cette liberté.

Si j’utilise ce mot addiction, c’est après différentes lectures pour en comprendre les mécanismes, notamment celle que je fais en ce moment même du professeur Michel Lejoyeux, Du plaisir à la dépendance, Nouvelles addictions, nouvelles thérapies. Alors quels signes m’ont fait comprendre que j’étais addicte et donc en nécessité de me soigner sans compromis?

  • j’y passe plus de temps que je ne le voudrais vraiment
  • je fais cette action de manière automatique
  • cette activité comble des trous sans me satisfaire (sans aucun jeu de mot, décidément coquin de lecteur!)
  • je manque de temps pour faire des choses identifiées qui m’épanouiraient
  • je sais pour l’avoir analysée que cette activité engendre un mal être chez moi, qu’elle est nocive pour ma santé
  • quand j’ai réussi à m’être en pause cette activité je m’en suis rapidement trouvée mieux
  • malgré ce savoir je continue cette activité

Et pourquoi alors me demanderas-tu?

Parce que j’y trouve certains côtés agréables et positifs. Mais aussi parce que j’y suis addicte. Surtout pour ça en fait si je suis honnête.

Cette activité, je t’ai fait languir, c’est l’utilisation des réseaux sociaux.

J’ai un peu honte de l’écrire, de le crier ici. Mais un peu moins depuis que j’ai appris du professeur Lejoyeux que bien des facteurs involontaires prédisposaient une personne à un comportement addictif à telle ou telle substance. Donc tout n’est pas de mon fait dans cette situation.

Ce qui dépend de moi c’est de prendre le taureau par les cornes pour me sortir de cela, comme un fumeur mâcherait de la gomme nicotinique, et surtout mettrait en place des astuces pour changer ses habitudes. Je te donne les astuces que je m’applique à partir de demain

  • Choisir une date de fin de la pratique, la noter d’une pierre blanche et faire comme tu vois dans les films dans des réunions d’alcooliques anonymes « Cela fait 10 jours que je ne suis plus allée consultée le réseau social numérique qui me pourrissait » (Note à moi-même: créer et commercialiser des badges jours/semaines/mois/année?)
  • Supprimer mes différents comptes (Instagram, Facebook, Twitter). Tu le sais, celui qui a décidé de totalement arrêter de boire ne reprend pas « un verre comme ça juste un ». No, 0.
  • Remplacer cette habitude par d’autres que je trouve meilleures. Pour le moment je pense à ne rien faire pour vider mon esprit, être concentrée sur ce qui se passe autour de moi, appeler un ami, lire un article du journal auquel je suis abonnée, cuisiner, ouvrir un roman, marcher, colorier un putain de mandala à la mode Hugge Hygge

Mais mais mais, je me relis et je vois que je ne t’ai pas expliqué en quoi ce comportement était nocif pour moi.

D’abord sache qu’il est nocif pour tout le monde. Je te mets ce lien vers cette vidéo qui a accéléré mon envie de changer, évidemment tu trouveras pléthore de documentation dans le même sens. Je suis aussi la démarche du blogueur Ploum qui a terminé de me convaincre en exposant les bienfaits d’une déconnexion adaptée à ses besoins réels.

Pour ma petite personne égocentrée, quels effets nocifs à reprocher à mon utilisation des réseaux sociaux (je te parle de Facebook et Instagram)

  • une comparaison aux autres toujours en ma défaveur
  • une surcharge mentale insupportable
  • un temps volé qui s’oppose à ma recherche de liberté

C’est tout, mais c’est beaucoup. Car ceci entraine fatigue mentale, baisse de mes capacités de concentration, difficultés à créer, culpabilité, et manque de place pour faire ce qui me rend vraiment heureuse.

Et ma liberté est entravée. Je fais quelque chose contre ma volonté. Insupportable!

Je m’arrête là pour ce texte.
Mais je te préviens qu’un prochain traitera de la surcharge mentale, notion que j’ai envie de plus explorer.

Si tu veux on peut aussi discuter dessous de tes propres entraves à ta liberté.

A bientôt.

 

Décider pour soi.

Sans ordre et comme ça me vient, je voudrais:

  • m’occuper du mieux possible de mes enfants
  • être une super amante pour mon homme
  • être la meilleure amie de cet homme
  • avoir une carrière intéressante
  • être musclée, sculptée
  • manger sain
  • manger équitable, local, fait maison, sans gaspillage
  • savoir me coiffer
  • assortir mes tenues à mes bijoux
  • décorer ma maison
  • sortir et m’encanailler
  • être une bonne vivante
  • rester des journées entières avec un livre, sous un plaid
  • écrire, écrire, écrire bien, de mieux en mieux
  • apprendre à dessiner
  • danser
  • profiter de mes amis
  • prendre soin d’eux
  • me rapprocher de ma famille
  • prendre soin d’elle
  • jardiner
  • lire la presse
  • retenir tout ce que je lis
  • être une femme idéale
  • me foutre des dictats et ne surtout pas chercher à être une femme idéale
  • ne pas compter les verres de vin et les parts de gâteaux au chocolat. Et surtout oublier que je ne les compte pas
  • m’aimer
  • être aimée
  • être libre. Vraiment.
  • être reliée à ceux qui comptent
  • qu’on puisse compter sur moi
  • ne devoir de comptes à personne
  • .
  • ..

Cette liste prend étrange tournure.

Je crois comprendre d’où vient ce constant sentiment d’inconstance,

cette culpabilité de ne pas être assez volontaire ni persévérante

ce goût râpeux trop souvent sur ma langue.

C’est le bordel dans ma tête.

Mais là dans ce début de fouillis mis en mots, commence à poindre une ligne directrice. Moi. Je suis là, sous les désirs des autres, sous les injonctions des biens pensants à la mode, sous l’éducation qui m’a faite, sous les certitudes qu’un jour j’ai crue miennes et qu’aujourd’hui je veux déconstruire.

Je vais continuer cette liste, je vais faire la poussière sur mes étagères trop remplies, je vais remplacer l’obsolète par les bonnes idées qui ont poussé dessus. Je vais mettre plus de moi dans mon cockpit secret. Et me réinstaller aux manettes.

« Go! Voguons moi et moi, à la conquête de l’univeeeeeeeers!!!! »

Accoucher est toujours héroïque.

Il se trouve que mon deuxième accouchement a eu lieu sans péridurale, sortie du bébé par « voie naturelle » comme disent les pro et les mamans. J’en avais l’envie, entourée de plein de si (si CA ne dure pas trop longtemps, si LA Douleur n’est pas trop grosse, si Je le sens sur le moment…). Et cela s’est fait.

A la maternité, puis lors de mes divers RDV médicaux post-partum, tout le monde me félicitait. « Bravo c’est courageux! » « Vous avez réalisé une sacrée prouesse! ». Une sage-femme que je n’avais vue que quelques minutes en étant prise en charge aux urgences est même descendue en salle de naissance après pour me féliciter en personne d’avoir mené à bien « mon projet ». J’avais l’impression d’être une héroïne, Laure Manaudou au sortir du bassin après un record battu devant les caméras du monde entier.

Ayant vécu un premier accouchement avec péridurale, je me crois en bonne position pour donner un avis. Et puis, j’en ai envie.

En me posant calmement plusieurs semaines après ces événements, et en examinant rationnellement mon expérience personnelle de l’accouchement (environ 25 heures en cumulées, l’équivalent d’une bonne formation professionnelle), me vient cette analyse toute simple et modérée:

WHAT THE FUCK?!

Ou en langage plus profane,

c’est quoi le délire bordel?!

Alors là dans ma tête c’est la tempête Irma, toutes les idées me viennent d’un coup, englobées dans un sentiment de colère ininterrompu. Mettons-y un peu d’ordre.

1- Accoucher est toujours une expérience traumatisante pour le corps.

La douleur, aucune femme qui parle de mise au monde ne l’oublie dans son récit. Quelle ai lieu pendant les semaines de grossesse par des maux divers, et/ou pendant l’accouchement, pendant les heures de travail et/ou au moment de la délivrance, et/ou après lorsque le corps doit se remettre d’avoir sorti un être vivant de quelques grammes à quelques kilos, par « voie naturelle » ou par césarienne (à croire que la peau de l’utérus et la paroi abdominale ne sont pas naturelles… bref).

J’en ai vues, et lues, des femmes qui ayant accouché par césarienne se rappelaient longtemps ce moment par des douleurs lancinantes et une cicatrice difficile à cacher. Des femmes ayant eu une péridurale, mais devant supporter plusieurs semaines après une douleur si grande au périnée qu’elles ne pouvaient plus s’asseoir ni marcher.

Moi même j’ai eu le temps de bien sentir dans ma chaire ce qu’était le « travail », pendant les sept premières heures avant que l’on puisse me poser le fameux analgésique, mais aussi les suivantes et jusqu’au grand déchirement final. J’ai pleuré, j’ai crié, j’ai juré qu’on ne m’y prendrait plus, pendant mes deux accouchements tout autant.

Et je choisis ici de ne pas parler des souffrances psychologiques, pouvant aller du baby blues à la dépression sévère, choisissant leur proie au hasard et demandant beaucoup de force et de courage pour en guérir.

2- Quelques avantages de la non péridurale quand on peut accoucher par « voie basses »(autre nom pour dire par le petit trou du vagin, comme « voie naturelle »).

Pour être tout à fait transparente, en comparant mes deux expériences, et sans vouloir les élever au rang de vérité universelle, je retenterai le « sans péridurale » si j’étais assez folle pour me relancer dans une grossesse si la vie m’offrait un troisième enfant.

Pour une raison toute simple, mon corps s’est beaucoup mieux remis. Sans doute parce que j’ai pu bouger comme je voulais pendant tout le travail, et sentir les mouvements adéquates à faire avec plus d’instinct et de sensations, évitant ainsi les courbatures et douleurs musculaires post-crispation que j’avais connues suite à la péridurale.

Petit détour rapide pour casser un mythe cependant (mythe auquel tu t’intéresses si toi même tu te prépares à pondre un mini mammifère, sinon il est quand même moins connu que celui d’Hercule, par exemple). Je me suis préparée à la naissance de mes filles en faisant de l’haptonomie, sciences qui te permet de communiquer et de jouer avec ton bébé in utero. (Enfin lui il est in utero, toi tu restes gentiment de l’autre côté de la porte. Mais ça marche, pour de vrai.) J’ai fait du yoga. J’ai lu un bouquin sur la gestion de la douleur sans analgésique. J’ai écouté les méditations de Christophe André. Et le papa s’est formé aussi et s’il souhaite se reconvertir, franchement c’est le meilleur coach en accouchement que je connaisse. Les sages-femme voulaient toutes me le piquer des papillons dans les yeux (pour le boulot ou plus, je n’ai pas demandé…). Bref, j’étais « préparée » pour un accouchement physiologique, celui que tu as la chance de pouvoir choisir en toute sécurité si tu vis dans un pays avec un bon système de santé. Dans d’autres endroits les femmes prient simplement pour ne pas mourir, ni leur bébé.
Mais donc j’étais la bonne candidate pour me passer de péridurale et faire partie du mythe de la naissance douce, naturelle, beaucoup plus simple et sereine pour ton bébé.

Mwahahahaha!!!!

J’ai déjà écrit plus haut non j’ai pleuré, j’ai crié, j’ai juré qu’on ne m’y prendrait plus?
Je rajoute:
– j’ai mordu tout ce qui me passait sous la dent, bras de mon mec inclus
– j’ai engueulé la sage-femme (pourtant super, mais quand elle m’a dit que ma seule chance pour m’en sortir était de faire sortir le crâne et les épaules qui dépassaient de mon col, alors que moi je voulais juste qu’on arrête le schmilblik et qu’on me laisse pioncer tranquille, j’avoue que j’ai haussé le ton)
– j’ai hurlé « Sortez-moi de cette baignoire de dilatation je vais mourir dans votre truc si on me laisse une minute de plus! »
– je n’ai jamais réussi à m’accroupir vraiment ni à utiliser une quelconque position « physiologique-tu-vas-voir-accoucher-c’est-naturel-et-merveilleux-si-tu-écoutes-ton-corps »
D’ailleurs une fois que tout était fini et calme (je confirme, une fois que la tête et tout le reste sont sortis de ton vagin tu te sens beaucoup plus zen, la nature est pas si mal faite…) la sage-femme m’a dit
« Votre accouchement m’en a rappelé un autre fait il y a quelques jours dans un dispensaire au fin fond d’un pays d’Afrique où je vais en tant que bénévole. Cette femme aussi avait complètement perdu pied. »
!

Donc si je peux conseiller à quiconque de choisir cette option, c’est surtout pour les avantages APRES. Dès l’enfant posé sur moi, j’étais d’aplomb et prête à vivre mon bonheur de mère. Pas de vapes, pas de tuyaux dans le dos qui me gênaient. Avec la médicalisation accentuée de la péridurale, j’avais l’impression d’être une malade et cela créait en moi sentiment de faiblesse et d’infériorité par rapport au corps médical. Sans cela, je me suis crue plus maitresse de la situation, et tout simplement jeune accouchée qui se dit « ça c’est fait, aller la suite, Hop on y va! ». C’est très psychologique et personnel, difficilement exprimable et si tu ne comprends pas ce que je veux dire ce n’est pas grave, je passe à la partie 3.

3- Comment accoucher est-il devenu un défi à relever et un élément de comparaison entre mères?

Dans mon cercle rapproché, et par les choix de professionnels de santé que j’ai fait, l’accouchement par voie basse et sans péridurale est clairement le Graal. Il est prôné pour des vertus médicales (travail plus rapide, moins de déchirures et d’épisiotomie) mais aussi (et surtout?) pour des combats idéologiques (les femmes reprennent le contrôle de leur accouchement, le bébé n’est pas abandonné tout seul à la douleur quand la mère se prélasse tranquille avec son anesthésie (LOL tu l’as compris.) ). Loin de moi l’idée de juger les choix de quiconque à ce sujet, chaque couple est libre, et je suis bien placée pour savoir que cet événement est tellement énorme dans une vie qu’on a le droit de le préparer de la manière que l’on juge la plus appropriée.

Moi-même j’ai voulu tenter l’aventure de la non péridurale, et les circonstances m’ont permis de la vivre dans les meilleures conditions possibles en France en 2018.

Mais vraiment, vraiment, vraiment, en quoi suis-je plus méritante que celle de la salle d’à côté qui avait une anesthésie, ou celle de la salle d’opération qui subissait une césarienne?

Surtout pourquoi lorsque j’ai accouché avec péridurale personne ne m’a félicité comme on l’a fait alors? Pourquoi ne m’a-t-on pas dit « Bravo madame vous avez vécu plus de 16 heures d’accouchement, vous allez devoir vous remettre d’une cicatrice à l’endroit le plus intime et le plus sollicité de votre corps, de 9 mois de grossesse et tout ça sans vous reposer sur vos lauriers car il y a ce bébé qui a besoin de vous en forme. » ?

Quand est-ce que accoucher naturellement est devenu un fantasme porté par tant, une image d’Epinal de la femme naturelle, sorte d’Eve béate dans son jardin d’éden malgré les marmots qui lui déchirent les entrailles? Savent-ils qu’un demi million de femmes meurent chaque année de leur accouchement, principalement dans les endroits du monde où les naissances ont lieu de façon naturelle?

Si je me tourne vers mon propre cas, le seul sans doute sur lequel je sois légitime pour parler, je crois qu’il me fallait me prouver quelque chose. Je sais bien que je suis une petite femme bien à l’abri dans mon monde occidental, à la vie facile. Et je tenais là, encouragée par des sage-femmes militantes, une occasion d’être autre chose. D’être une sorte d’Amazone immortelle, une femme forte qui défie les épreuves de la vie, et sans se plaindre s’il vous plait. Reste de ce rêve sans doute, lorsque j’ai été recousue, sans analgésique donc, avec un fil qui ressemblait au contact à celui qu’on utilise pour ficeler un rôti, j’ai souri en me prenant pour Rambo.

Non mais franchement?!

Donner la vie est quelque chose de magique si on l’a voulu et qu’on y arrive.
C’est une épreuve, toujours et quelle que soit la forme. Alors que tu aies eu ton enfant en accouchant par césarienne ou par voie basse, avec ou sans péridurale, bravo tu es une héroïne.
Et ne l’oublies jamais car ce n’est que le début d’une aventure bien plus grande, bien plus difficile et qui demande bien plus de courage encore, celle d’élever un autre être humain.

Attendre du printemps.

Attendre le soleil d’abord surtout oh oui le soleil.
La lumière qui se réveillerait avant nous, préparant notre lever en parant la rue de gaieté. Elle dirait dans le salon « Bonjour! », dans la cuisine « Bon matin! » , dans la salle de bain « La journée sera belle, profites-en. »

Attendre le chant des oiseaux dans les arbres rhabillés. L’herbe verte partout où elle peut pousser. Les fleurs toutes petites qui percent l’asphalte et le pied des arbres.

Attendre les jours les plus longs, les soirées qui n’en finissent pas, et les plats de fruits sucrés à manger dehors. Le temps doux qui nous déshabille, les chemisettes fines parfois soulevées par une brise légère, les jambes trop blanches dévoilées avec gourmandise.

Faire des balades à n’en plus pouvoir, marcher au bord de l’eau douce, salée, calme, tumultueuse, dans les sous-bois un peu frais, dans les parcs trop remplis, dans les champs vides. Faire des haltes, souvent, aux terrasses des cafés, au bord des fontaines publiques, sur les parvis des gares, profitez du bus en retard pour rester un peu plus là, dehors.

Faire des fêtes pour rien et de rien. Boire un coup, manger un gâteau, grignoter des tapas, sortir le barbecue. Et inviter des amis, des voisins, mettre une nappe comme on ne le fait jamais et des bougies dessus, des fleurs dans les vases, une bonne bouteille et du saucisson.

Croquer les tomates rouges, ranger les légumes racines qu’on ne peut plus voir.
Faire son lit de draps légers, ranger les couvertures polaires.
Eteindre la télé et faire l’amour sur le canapé.

Vivre et ne plus penser. Ne plus attendre.
Vivre ce jour de printemps ensoleillé ou pluvieux, en tenue légère ou encore en manteau.

Vivre cette ville où le vert est trop absent, et lever le nez pour constater que le ciel est bien là quand même. Vivre le quotidien qui ne ressemble pas encore aux vacances, et ouvrir ses yeux pour voir qu’il est beau pareil. Vivre ce que l’on choisit et ce que l’on ne choisit pas. Mais choisir plus.

Faire son printemps.