Avoir son bac.

Je me souviens de l’air d’été caressant mes épaules. De la légèreté de mes jambes parcourant l’asphalte. Je n’ai jamais autant marché que lors de mes années de lycée ; des jours passés tant dans l’enceinte du bahut que dans les rues bordelaises. Encore plus en ce mois de juin sentant la vie devant soi.

Vous l’avez, cette odeur de tous les possibles, de l’été entre le bac et… la vie ?

Moi j’avais l’impression qu’une porte s’ouvrait sur un monde plein de promesses. D’abord celles des longues journées sans révisions, sans horaires, avec pour seule compagnie les potes et les heures libres, le droit d’aller où je voulais, les nuits lumineuses et les rêves.

C’était il y a 18 ans. L’âge que je célébrais alors, dans le mini bikini léopard que mes amis m’avaient offert comme cadeau d’anniversaire, au milieu de nos rires et serments d’amitié à la vie à la mort.

L’avenir a tenu ses promesses d’inconnu, de rencontres, de changements. Pas ceux que j’imaginais, et heureusement. J’aime tellement les surprises !

Ce que je n’avais pas prévu, et dont je ne veux toujours pas, ce sont les poids qui petit à petit ont rendu mes pas moins légers sur l’asphalte. Les plus lourds viennent des concessions faites au fil des ans, et des hontes nées de certains de mes comportements.

J’ai découvert que je ne pouvais pas toujours me faire confiance. La première fois ce fut lorsque je quittai un amour, sur un coup de folie et sans regarder en arrière. J’avais blessé quelqu’un. La seconde quand je m’enfermai dans un job qui me rendait plus malheureuse qu’il ne me transportait. J’y restai par peur du vide. Ce vide qui, petit à petit, prenait dans mon corps et ma tête la place de l’énergie dont j’avais pourtant débordé, lorsque je m’imaginais adulte. Il arriva un moment où tout servait à le remplir, comme lorsque, affamé, on mange sans regarder ce que notre main porte à notre bouche. La troisième fut quand je ne me reconnus pas sur une photo. J’étais devenue une femme qui me faisait horreur lorsque j’étais ado. Ce sans le décider et sans l’aimer.

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de coller parfaitement à nos visions d’enfant une fois atteints les grands âges qu’on regardait alors de loin. Bien de mes a priori et affirmations d’alors me paraissent aujourd’hui stupides. Parce que j’ai appris, forgé mes opinions. Mais je me demande pourquoi j’en suis arrivée à avoir peur d’être ambitieuse pour ma vie. Pourquoi j’ai refermé si vite la porte de tous les possibles.

Les 18 années écoulées sont passées comme un torrent tumultueux, vite et avec pas mal de coups. De la joie aussi. Je tourne les yeux vers l’arrière. Je vois des paysages inhospitaliers où je ne reviendrai pas. D’autres qui me manqueront toujours mais qui demeureront désormais hors de portée. En faisant le point sur mon équipement, pour la suite de l’aventure, je trouve la naïveté froissée en boule dans le sac de déchets. Cela me rend un peu nostalgique. Pourtant, maintenant que j’en suis débarrassée, le niveau de ma confiance est un peu remonté.

Face à ce nouvel été devant moi, je rêve de marches légères et de temps suspendu. D’une pause dans mes responsabilités et de vide choisi. Mais je garde mon vieux canoë fait d’expériences et de liens humains.

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